Le dixième séminaire intergouvernemental franco-russe, que j’ai coprésidé avec mon homologue russe Mikhaïl Fradkov, s’est tenu à Paris le 10 décembre 2004. Cette session a encore une fois démontré le caractère concret et opérationnel de cet instrument de concertation, qui s’adapte constamment aux exigences du partenariat entre la France et la Russie.
La relation franco-russe englobe des dimensions multiples. Sur le plan politique, la concertation est constante, fructueuse, organisée par des rencontres régulières au niveau des deux chefs d’Etat, la tenue annuelle du séminaire gouvernemental, de la grande commission parlementaire, ou des réunions de collectivités locales sur des dossiers précis.
Le Conseil de Coopération sur les Questions de Sécurité réunit deux fois par an les ministres des Affaires Étrangères et de la Défense des deux pays, et permet un dialogue sur les grandes questions de sécurité. La proximité de nos vues s’est manifestée en particulier à l’occasion de la crise en Irak, où la France et la Russie ont chacune plaidé pour une solution dans le cadre des résolutions des Nations Unies, de même qu’elle se manifeste sur le règlement de la question nucléaire en Iran.
Notre partenariat repose sur des projets ambitieux et structurants. Le domaine spatial en est une illustration forte. La France joue ainsi un rôle moteur et assume une grande part du financement de l’implantation du lanceur Soyouz à Kourou, qui élargira la gamme de lanceurs dont disposera l’Europe et permettra à la Russie de faire valoir au mieux sa technologie et son expérience dans ce domaine. Ce sont deux volontés convergentes, de conforter un outil d’indépendance et de rayonnement technologique, qui se rencontrent au bénéfice des deux pays, mais aussi au bénéfice de l’Europe. Dans le domaine aéronautique, les deux pays ont convenu, à l’occasion du dernier séminaire gouvernemental de soutenir la participation de leurs entreprises - SNECMA pour la France - au projet d’avion régional russe RRJ146, exemple d’une coopération originale et ambitieuse dans un secteur où les deux pays ont une longue tradition d’innovation.
Nos échanges économiques trouvent ainsi à se développer et je relève à cet égard que les exportations françaises vers la Russie ont crû de 21 % sur les 8 premiers mois de 2004. Cela témoigne de la qualité de l’offre française aussi bien que de la vitalité de l’économie de la Russie. Le domaine de l’énergie est actuellement le lieu de la mise en oeuvre de liens stratégiques, qui permettent de conjuguer ressources naturelles, hautes technologies, financements et alliances.
Les grands projets comme la volonté croissante d’implication des PME, nourrissent les liens franco-russes, mais ceux-ci ne prennent leur vraie dimension qu’accompagnés d’un partenariat de l’intelligence. La connaissance de la langue et de la culture de l’autre sont ainsi indispensables aux échanges entre les sociétés civiles des deux pays, de même qu’elle est bénéfique pour l’expansion des relations économiques. Les deux Ministres de l’Education, à l’occasion du séminaire gouvernemental de décembre, ont signé un accord sur l’enseignement de la langue du partenaire. Je confierai très prochainement à un personnalité française reconnue dans ce domaine le soin de réaliser un bilan de la situation du russe en France, et de faire des propositions pour stimuler l’appétence de cette langue qui appartient à la culture commune de l’Europe, et ouvre l’esprit sur un champ de la création intellectuelle et littéraire d’une immense richesse. Cela s’inscrit aussi, dans notre combat pour la diversité culturelle. Dans le même esprit, nos deux pays ont convenu de coopérer pour l’association de la Russie à l’espace universitaire européen, organisé sur les principes du système Licence-Mastère-Doctorat.
Par ailleurs, la France est au nombre des premiers États de l’Union Européenne à avoir signé avec la Russie, un accord sur la question des visas, qui s’inscrit dans la perspective future d’un espace de circulation des personnes entre la Russie et l’Union.
L’avenir de l’Europe ne se conçoit pas sans une relation forte et saine de l’UE et de ses membres avec la Russie. La fin des divisions de la Guerre Froide a offert une perspective sans égale pour conforter cette relation. La France a décidé de s’y investir pleinement, qui a engagé avec la Russie la construction d’un véritable partenariat stratégique. Elle entend jouer un rôle d’impulsion et de proposition au sein de l’Union Européenne, au service d’une ambition renouvelée pour l’intégration de notre continent.
C’est largement sous l’impulsion de la France que l’Union Européenne et la Russie ont décidé, lors du sommet de Saint-Pétersbourg en mai 2003, de renouveler les termes de leurs relations. Les quatre "espaces communs" de coopération et d’intégration définis alors - dans le domaine des affaires intérieures et de la justice, dans le domaine de l’économie, dans le domaine de l’éducation et de la recherche et, enfin, dans le domaine de la sécurité et de la défense, couvrent tous les éléments d’une relation dense, mue par une nouvelle ambition. Un mécanisme de concertation régulier, permet de suivre l’application des engagements souscrits, et d’anticiper le cas échéant, sur les difficultés inévitables, dans un esprit constructif et pragmatique.
Je suis déterminé à oeuvrer, dans le cadre bilatéral comme dans le cadre de l’Europe, à faire fructifier une relation avec la Russie, qui valorise pleinement nos potentiels, et délivre définitivement l’Europe des divisions du passé.