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imprimer cet article  Mobilisation contre des expulsions : des réfugiés moldaves menacés

Il aura fallu une grève de la faim de 19 jours et une importante mobilisation pour que le cas d’une famille moldave de Saint-Lô trouve un semblant de solution. Sergheï Cohut, sa femme et sa fille sont arrivés de Moldavie il y a trois ans et demi. Ils sont depuis en attente d’une régularisation à Saint-Lô. Sergheï estimait quant à lui la menace suffisamment grave pour avoir mené une grève de la faim du 24 octobre au 12 novembre dernier.

Sergheï Cohut, sa femme Stella, et sa fille Ana âgée de 9 ans, vivent en France depuis 3 ans maintenant. Dans notre pays, la famille Cohut n’a aujourd’hui plus aucun droit car sa carte de séjour est périmée. Après avoir tenté en vain tous les recours qu’offre l’Etat français pour les demandeurs d’asile, aujourd’hui, Sergheï a décidé de continuer son combat à travers une grève de la faim. Jusqu’à son 18ème jour de jeûne, les propositions la préfecture ne permettait pas d’envisager une issue acceptable. Aujourd’hui, la mobilisation a permi d’entamer un dialogue qui on l’espère débouchera sur une situation viable.

Sergheï a repris les études en France en étant admis en DUT Services et Réseaux de Communication à Saint-Lô. En effet, voilà plus d’un an qu’on le côtoie sur les bancs de l’IUT et tout ce temps nous a permis de le connaître, toujours assidu en cours, attentif envers nous. Plus qu’un élève parmi tant d’autres, Sergheï est devenu un ami pour nous. Nous nous sommes battu pour qu’il puisse rester étudier a l’IUT, et aujourd’hui nous voulons qu’il reste en France car de par sa fréquentation quotidienne, nous pouvons témoigner des efforts énormes de sa part pour son intégration, et de son excellente réussite.

Sergheï s’engage aussi dans la vie de son quartier la Dollée, et la famille est connue de tout le voisinage.

Sergheï et sa famille participent en effet activement à la vie associative de son quartier. Preuve en est, encore une fois, de leur intégration dans notre société.

Sa fille Ana a très vite appris à parler français, qu’elle maîtrise très bien, et elle est désormais parmi les meilleurs éléments de sa classe. Son avenir se joue ici, car en cas d’expulsion, les parents Cohut ont le droit de la faire rester, même si ils devaient se séparer de leur fille.

M. le Préfet est le seul, grâce à son pouvoir discrétionnaire, à pouvoir sauver la vie de Sergheï.

Si lui et sa famille repartent en Moldavie, ils s’exposent au danger qui les ont poussé a partir de chez eux pour rejoindre notre pays. Ce sont des menaces de mort qu’il a subi du fait de sa lutte pour conserver les droits des anciens combattants de son pays, suite à la guerre civile.

Ce n’est donc pas par hasard que les Cohut se sont réfugiés au Pays des Droits de l’Homme.

Tout ce que l’on souhaite, c’est que cette famille puisse poursuivre une vie qu’ils ont construit pendant trois ans, et c’est aujourd’hui, faute d’un papier qu’ils n’ont jamais eu, qu’ils doivent être reconduit à la frontière.

Nous ressentons donc un profond sentiment d’incompréhension, du fait que les Cohut aujourd’hui français, ne puissent obtenir les papiers administratifs nécessaires qu’ils méritent après trois années de citoyenneté française exemplaire.


Sergheï a repris ses études à l’IUT, sa fille, âgée de 9 ans, est scolarisée, et la famille s’est investie dans le milieu associatif. Mardi 2 novembre, la police est intervenue à leur domicile, afin de procéder à leur expulsion. Mais la famille s’était cachée chez des amis.

Les étudiants de l’IUT ont décidé de se mettre en grève pour obtenir la régularisation de Sergheï et sa famille. Mercredi 3 novembre, ils ont une première fois manifesté jusqu’à la préfecture. La délégation reçue par le directeur de cabinet n’a pas obtenu de réponse. Malgré de nombreux témoignages collectés par Sergheï dans son dossier de recours, émanant de membres d’organisations de défense des droits de l’homme, la préfecture met en doute les risques que lui et sa famille encourent s’ils retournent dans leur pays. Sergheï estimait quant à lui la menace suffisamment grave pour avoir mené une grève de la faim du 24 octobre au 12 novembre dernier.

Les étudiants de Saint-Lô ont amplifié leur lutte pour soutenir la famille : occupation de leur IUT, pétitions sur le marché. Des contacts ont été pris avec les étudiants des autres sites de la région. Des pétitions ont circulé à l’université de Caen dès le jeudi 4 novembre, pendant qu’à Cherbourg les élèves de l’IUT ont manifesté en distribuant des tracts aux passants.

La mobilisation ne s’est pas démentie. La manifestation du mardi 9 novembre a regroupé 1500 personnes à Saint-Lô, ce qui est considérable pour la ville. Des passants venus faire leurs courses dans le centre-ville rejoignaient le cortège. Le même jour, près de 200 personnes manifestaient à Cherbourg, et 400 étudiants à Caen.

À l’heure où nous écrivons, la grève de la faim est arrêtée. Sergheï a perdu 13 kilos et a été hospitalisé. La préfecture s’est engagée à ce qu’une solution, "conciliant le respect du droit français et l’aspiration de la famille Cohut à s’installer à Saint-Lô, se concrétise". Mais elle ne veut pas perdre la face et oblige la famille à repartir en Roumanie pour quelques jours, afin d’effectuer sa demande d’un pays situé en dehors de l’espace européen, comme le prévoit la loi. C’est en effet l’ambassade de France en Roumanie qui délivre les passeports de longue durée aux Moldaves. Une collecte a été organisée pour payer le billet aller et retour.

Grâce à une forte mobilisation étudiante, il semble que le cas soit en voie de règlement. Le comité de soutien qui s’est constitué autour de la famille a pris toutes les précautions nécessaires pour que cela se passe bien en Roumanie. La famille ne partira que lorsqu’elle aura les papiers nécessaires à l’obtention du visa : passeport et contrat de travail en France visé par l’Office des migrations internationales. Le comité a par ailleurs noué les contacts en Roumanie pour vérifier que tout se passe bien là-bas.

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