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imprimer cet article  Cérémonial des fiançailles de la Grande duchesse russe Marie et du duc Leuchtenberg

Le 17 décembre 1838 - Annexe à la dépêche du Baron de Barante, ambassadeur de France en Russie / Archives diplomatiques.
Fiançailles à la cour impériale russe : ’J’ai vu peu de choses à comparer pour la magnificence et la solennité à l’entrée de l’Empereur dans cette chapelle étincelante de dorures. Il a paru, s’avançant avec l’Impératrice et suivi de toute la cour : aussitôt mes regards et ceux des assistants se sont fixés sur lui ; nous avons ensuite admiré sa famille, les deux jeunes époux brillaient entre tous.’

Avant la bénédiction deux pigeons gris avaient été lâchés selon l’usage dans la chapelle : au bout d’un moment, ils se sont posés sur une corniche dorée qui faisait saillie juste au dessus de la tête des deux époux, et là ils n’ont fait que se becqueter pendant toute la messe.

Un mariage d’inclination sous des habits brodés et dans des lieux si pompeux, c’est une rareté qui met le comble à l’intérêt de la scène. Voilà ce que tout le monde disait autour de moi ; mais moi je ne puis m’empêcher de voir une intention politique dans tout ce qu’on fait et dit ici. L’Empereur s’y trompe peut-être lui-même ; il croit faire acte de tendresse paternelle, tandis qu’au fond de sa pensée l’espoir de quelqu’ avantage à venir a décidé son choix. [...] Quand on réfléchit aux conquêtes diplomatiques et autres de cette puissance, naguère encore comptée pour peu dans les affaires du monde civilisé, on se demande si ce qu’on voit est un rêve. L’Empereur lui-même ne me semblait pas très accoutumé à ce qui se passait devant lui, car à chaque instant il quittait son prie-Dieu et faisait quelques pas de côté et d’autre pour venir redresser les fautes d’étiquettes de ses enfants ou de son clergé. [...] tout semblait soumis à sa direction minutieuse quoique suprême ; j’aurais trouvé plus digne de laisser aller les choses comme elles pouvaient, et j’aurais voulu qu’une fois dans la chapelle il ne pensât plus qu’à Dieu, laissant chaque homme s’acquitter de ses fonctions sans rectifier scrupuleusement la moindre faute de discipline religieuse ou de cérémonial de cour. Mais dans ce singulier pays, l’absence de liberté se révèle partout ; on la retrouve même au pied des autels. Ici, l’esprit de Pierre-le Grand domine tous les esprits.

Marquis de Custine, La Russie en 1839 (lettre onzième), Paris, 1843


Monsieur le Comte,

Les fiançailles de la Grande-duchesse Marie avaient été seulement une cérémonie domestique et intérieure. L’Empereur a voulu leur donner un caractère plus solennel et plus religieux. Hier, dans la chapelle du Palais de l’Hermitage, elles ont été célébrées suivant le cérémonial que je joins à cette lettre.

Depuis son retour de Moscou, comme avant son voyage, l’Empereur a paru uniquement occupé de tout ce qui se rapporte au mariage de sa fille. Outre qu’il peut lui convenir de se montrer indifférent aux affaires de l’Europe, je dois ajouter que les affections de famille tiennent réellement une grande place dans sa vie ; et qu’il en peut recevoir de vives émotions et s’en préoccuper beaucoup.

Il ne faut pas avoir vu souvent ni avoir fort étudié le duc de Leuchtenberg pour être convaincu que le principal, le seul motif peut-être de la tendre préférence de l’Empereur, ou même de sa fille, c’est l’idée qu’il pourra devenir complètement russe et sera entièrement absorbé par la nouvelle position où il va entrer. [...]

Toutes les stipulations du contrat de mariage ont été combinées de façon à enchaîner le Prince, autant que possible, au sol de la Russie.

Le duc de Leuchtenberg n’a nullement vu le corps diplomatique [...] Les ministres ou chargés d’affaires n’ont point trouvé qu’il fût de rang ou de position à avoir droit à une première visite. Sans s’exprimer trop hautement, ils ont manifesté peu de bienveillance pour ce mariage et se seraient gardés de paraître empressés.

Fiançailles de la Grande-duchesse Marie et du duc de Leuchtenberg, dépêche du Baron de Barante, ambassadeur de France en Russie, 17 décembre 1838.

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