Les partisans d’un ambitieux projet russe de détournement fluvial pensent pouvoir dans le même temps ressusciter la mer d’Aral, stimuler l’économie chancelante de certains Etats instables d’Asie Centrale et contrer le risque d’un changement de climat brutal.
Comme cela a été rapporté par le magazine New Scientist, leur plan - un projet datant de l’ère soviétique visant à détourner les eaux des fleuves Ob et Irtych vers la région d’Aral par le biais d’un canal de 2’500 kilomètres - vise à amener l’eau vers les plantations de coton des régions arides du Kazakhstan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan.
Tous ces pays veulent augmenter leur production de coton et les faiblesses de leurs économies, basées principalement sur cette culture, pourraient contribuer à une instabilité politique de cette région sensible.
Les partisans du projet affirment également qu’une partie de cette eau pourrait alimenter la mer d’Aral asséchée par le détournement d’une grande partie de l’eau des rivières Amou-Daria et Syr-Daria pour irriguer les champs de coton. Ils affirment également que l’Ob et l’Irtych déversent plus d’eau douce dans l’océan Arctique qu’auparavant, mettant en danger le courant global thermohalin qui maintient un climat tempéré en Europe. Selon eux le projet de détournement pourrait aider à réduire ce risque.
Ses opposants voient dans ce plan un travail titanesque inutile de plus, l’assurance d’un désastre écologique, un moyen pour la Russie d’affirmer son pouvoir dans la région et un moyen de pression sur les gouvernements des pays riverains, qui ont laissé les canaux d’irrigation se dégrader au point de perdre jusqu’à 60 % de l’eau qu’ils acheminent. Les opposants doutent qu’une partie de l’eau puisse véritablement arriver à la mer d’Aral, qui a perdu les trois quarts de son volume depuis 1960.
Le plan de détournement de l’Ob ne fait qu’étendre les projets d’irrigation intensive qui depuis longtemps caractérisent la politique agricole de la région. Ces pratiques ont contribué à imbiber les sols d’eau, à augmenter leur salinité, ainsi qu’à contaminer les nappes phréatiques par les pesticides et les engrais. Ce projet doit faire face à de nombreuses oppositions, mais selon certaines sources, le Président russe Vladimir Poutine souhaiterait laisser ce canal de détournement comme monument-souvenir de son mandat.
Tom Prugh / Worldwatch Institute