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imprimer cet article  Vladimir Poutine s’en prend à Deripaska devant les caméras

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a accablé cette semaine le milliardaire Oleg Deripaska, qualifiant l’une de ses usines de ’décharge’ et dénonçant les retards de paiement des ouvriers.

Oleg Deripaska, qui était l’homme le plus riche de Russie en 2008, a vu sa fortune décimée par la crise. Il contrôle notamment le constructeur automobile russe GAZ, associé au canadien Magna pour la reprise de l’allemand Opel.

M. Poutine a effectué une visite surprise dans une usine de BaselCement, acquise en 2007 par la holding de M. Deripaska à Pikalevo, dans la région de Saint-Pétersbourg, et théâtre depuis plusieurs semaines de mouvements sociaux.

"Pourquoi votre usine est-elle si négligée ? On en a fait une vraie décharge", a lancé le Premier ministre, vêtu d’une chemise à col ouvert et d’un blouson gris, sur un ton sévère.

Le directeur adjoint de la filiale de construction de Basic Element, Glavstroï, Evgueni Ivanov, a assuré à son interlocuteur que le groupe avait trouvé le site dans cet état lorsqu’il en a fait l’acquisition.

"Tous les salaires non payés - qui s’élèvent à 41,24 millions de roubles (près d’un million d’euros) - doivent être versés. La date limite, c’est aujourd’hui", a encore lancé M. Poutine, selon des images retransmises à la télévision.

La société affirme de son côté que "tous les paiements pour mars, avril et mai ont eu lieu. Il s’agit de toutes les dettes de la compagnie envers les travailleurs".

Mardi, des salariés en colère de l’usine et de deux autres cimenteries avaient bloqué une autoroute pendant plusieurs heures, dans un rare mouvement de protestation sociale en Russie, afin de réclamer le versement de leurs salaires, non payés depuis des mois.

Les dirigeants de l’usine "ont pris en otage des milliers de personnes en raison de leurs ambitions, de leur manque de professionnalisme et peut-être tout simplement de leur cupidité", a poursuivi M. Poutine. "C’est tout simplement inacceptable. Où est la responsabilité sociale du monde des affaires ?", a martelé le chef du gouvernement, coutumier de ces coups de poing sur la table toujours très médiatisés.

M. Poutine a ensuite présenté un contrat destiné à relancer la production à Pikalevo. "Oleg Vladimirovitch (Deripaska) a-t-il signé ?", a-t-il lancé, parlant de M. Deripaska.

"Je ne vois pas votre signature. Venez et signez", a-t-il dit en jetant un crayon dans sa direction. M. Deripaska, tête basse, s’est alors pressé de venir signer le document, avant de retourner à son siège.


Oleg Deripaska, magnat de l’aluminium russe est à la tête d’un empire industriel immense.

Les médias russes assurent en effet que l’ensemble des actifs du jeune milliardaire à 14 milliards de dollars, lui attribuant la première fortune de Russie, devant celle de Roman Abramovitch.

Brun, les cheveux très courts, le regard dur, l’homme d’affaires de 38 ans est né le 2 janvier 1968 à Djerzhinsk, dans une famille juive, il a été élevé par ses grand-parents dans une ferme de la région de Krasnodar à Oust-Labinsk, dans le sud de la Russie, avant de connaître une ascension très rapide.

Etudiant en chimie, il n’attend pas la fin de ses études pour sa lancer dans les affaires. Pendant son cursus à la faculté de physique de la prestigieuse université moscovite Lomonossov - qu’il complètera ensuite par un diplôme d’économie de Plekhanov -, il commence à arrondir ses fins de mois en spéculant sur les matières premières, dans la foulée de la chute de l’URSS.

Grâce à des transactions juteuses sur les actions d’entreprises russes d’aluminium, il comprend vite le potentiel de ce secteur phare de l’industrie nationale et comment tirer partie des privatisations en cours.

Jeune étudiant, on pouvait le voir frissonnant dans le froid à l’entrée de l’usine de Saïansk (Sibérie) en 1993, rachetant aux ouvriers leurs parts de l’usine, rapporte l’hebdomadaire Dengui.

Deux ans plus tard, il dirige cette usine et après être sorti indemne d’une véritable guerre pour le contrôle de l’aluminium sibérien qui fera plusieurs morts, il fonde en 1996 le groupe Sibal.

Ce groupe deviendra en 2000, après une fusion avec le département aluminium de Sibneft, Rusal, troisième producteur mondial d’aluminium et numéro un russe du secteur qu’il a commencé à construire à la faveur des privatisations troubles des années 1990.

Peu de détails sur cette époque sont connus, mais les transactions qui lui ont permis de bâtir un empire de l’aluminium lui vaudront de longues procédures judiciaires avec d’anciens partenaires ou concurrents.

Son association avec les frères Tchernoï, qui l’auraient aidé à bâtir son empire, a nuit à sa réputation au point qu’il s’est vu refuser une invitation au forum de Davos, en Suisse, en 2001. L’un des frères Tchernoï, Mikhaïl, homme d’affaires à la réputation sulfureuse, s’est d’ailleurs rappelé à son souvenir cette année en lui réclamant via les médias russes et britanniques la somme de 3 milliards de dollars, à laquelle il estime avoir droit en vertu d’un accord sur la vente d’une part de 20% de Rusal. Installé en Israël depuis 1994, l’homme est aujourd’hui en difficulté, interdit de quitter le pays et sous le coup d’une enquête judiciaire liée à une tentative de racheter illégalement 20 % de Bezeq, la plus grosse société de téléphones mobiles israélienne. Mais ses affaires russes ne cessent de prospérer. Et Vladimir Poutine n’a jusqu’à maintenant rien eu à y redire.

D’Israël, M. Tchernoï a continué ses affaires. Immobilier aux Etats-Unis puis au Canada ; finance en Suisse et dans les paradis fiscaux ; banque et télécommunications en Bulgarie - associé en cela à Grigori Louchanski, visé par plusieurs enquêtes européennes - ; et la Russie, "où j’ai 80 % de mon business", dit-il. Mais depuis plus d’un an, la justice israélienne est à ses trousses. M. Tchernoï s’est vu confisquer son passeport, ne peut plus quitter le territoire et bataille avec le général Moshe Mizrahi, du ministère de la sécurité intérieure. Mikhaïl Tchernoï est accusé d’avoir tenté d’acheter illégalement, via des sociétés-écran et avec de l’argent douteux, 20 % de la principale société de téléphones mobiles israélienne Bezeq. Le ministère de la défense, qui contrôle ce groupe, suspecte que l’entrepreneur Gad Zeevi, candidat à ce rachat, est un prête-nom masquant des financements suspects. En Israël, Mikhaïl Tchernoï peut retrouver un de ses partenaires des années 1990 : Arcadi Gaydamak, visé par un mandat d’arrêt international et principal protagoniste, avec Pierre Falcone, de l’affaire des ventes d’armes vers l’Angola.

En créant la holding Bazovy Element, Oleg Deripaska a encore élargi encore son empire, avec des participations dans l’industrie automobile, puis dans l’assurance, le papier, l’énergie, l’agriculture et plusieurs aéroports dans le sud du pays.

Devenu un membre à part entière de ce qu’on appelle la "Famille" (les membres influents de l’entourage de l’ex-président Boris Eltsine) en 2001 en épousant Paulina, la fille de Valentin Ioumachev, gendre et éminence grise de Boris Eltsine, il a su par la suite obtenir l’appui du nouveau maître du Kremlin, Vladimir Poutine, et ses affaires connaissent depuis une expansion redoublée.

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