’Rébellion : l’affaire Litvinenko’, un documentaire à charge contre le régime russe, d’une heure et 50 minutes, est signé par le cinéaste Andreï Nekrassov, 48 ans, un proche de l’ex-agent russe devenu opposant, assassiné à Londres avec une substance radioactive le 23 novembre 2006 à 43 ans.
La politique a fait intrusion au 60e Festival de Cannes avec l’arrivée-surprise d’un film sur Alexandre Litvinenko, l’ex-agent russe assassiné à Londres.
"Rébellion : l’affaire Litvinenko", un documentaire à charge contre le régime russe, d’une heure et 50 minutes, est signé par le cinéaste Andreï Nekrassov, 48 ans, un proche de l’ex-agent russe devenu opposant, assassiné à Londres avec une substance radioactive le 23 novembre 2006 à 43 ans.
Co-réalisateur du film avec Olga Konskaïa, Nekrassov a suivi Litvinenko dans les deux années précédant son décès, précise son distributeur Rezo.
Selon une source qui l’a vu, "Rébellion", qui cite notamment des anciens agents secrets russes, est une charge "hallucinante" contre les services secrets russes et le régime de Vladimir Poutine.
(Russie.net : Nous n’avons pas pu voir ce film)
A la question de savoir qui a tué l’ancien agent russe, assassiné à Londres avec une substance radioactive et décédé le 23 novembre dernier, Andreï Nekrassov, interrogé, reconnait "qu’il ne sait pas", ajoutant : "je ne suis pas policier et je laisse cette affaire aux policiers".
La veuve de Litvinenko, Marina, donnera une conférence de presse samedi à Cannes, le jour de la projection du film en séance spéciale, hors compétition. Marina Litvinenko doit publier le 4 juin un livre sur l’histoire et la mort de son mari.
Le documentaire contient de nombreux témoignages de proches de Litvinenko, ainsi que de la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre.
"C’est un documentaire très factuel et un film de mémoire, qui raconte non pas l’affaire Litvinenko dans ses derniers développements, mais plutôt qui était Litvinenko et qui sont les gens qui, en Russie, essaient de faire vivre une presse libre", a proclamé le délégué artistique du Festival, Thierry Frémaux.
Le Festival est ainsi en phase avec l’actualité la plus brûlante, puisque la Russie a refusé mardi d’extrader l’ancien agent du KGB Andreï Lougovoï, poursuivi par la justice britannique pour le meurtre de l’ex-agent russe.
HISTORIQUE
La Piste de Boris BEREZOVSKI
Alexandre Litvinenko, 43 ans, ex-lieutenant-colonel du FSB (ex-KGB), avait passé neuf mois en prison entre 1999 et 2000, accusé d’avoir abusé de son poste, puis finalement acquitté. Il a ensuite gagné la Grande-Bretagne. M. Litvinenko avait reçu l’asile politique en Grande-Bretagne en 2001 après avoir déjoué un complot présumé du FSB contre l’oligarque russe Boris Berezovski, résidant également au Royaume-Uni.
L’ex-espion soviétique, qui serait citoyen britannique depuis le mois dernier, s’intéressait de près au meurtre récent de la journaliste russe d’opposition Anna Politkovskaïa, d’après son ami Alex Goldfarb, qui a aidé Litvinenko dans sa requête d’asile politique il y a six ans.
Boris Berezovski accuse le Kremlin d’avoir commandité l’empoisonnement de cet homme très critique à l’égard de Vladimir Poutine. Il admettait toutefois ne pas avoir de preuve d’une implication du Kremlin.
Tous les chemins mènent vers Boris Berezovski, mais combien y en a-t-il ?
1. C’est bien Berezovski qui a arrangé le transfert de Litvinenko à Londres. Litvinenko a affirmé ensuite qu’il déjoué un complot présumé du FSB contre l’oligarque russe. S’agit-il d’un geste de reconnaissance ?
2. Un autre journaliste américain d’origine russe, Paul Khlebnikov, avait été tué en Russie. Il travaillait également sur les problèmes en République tchétchène. Il fut tué après la publication de son livre Conversations avec un barbare. Le « barbare » en question n’était autre que Khoj-Akhmed Noukhaiev, le « financier » du séparatisme nord-caucasien vivant en Israël et ancien partenaire d’affaires du Britannique Lord McAlpine lié à Boris Berezovski. Klebnikov était le gendre du banquier John Train, l’ennemi de Larouche. En 2005, Anna Politkovskaïa avait reçu la « médaille du courage civil » du fonds John Train/Northcote Parkinson.
3. Dans une interview accordée à la radio Echo de Moscou, Berezovski a affirmé qu’il se préparait à financer un « renversement du régime russe par la force ».
4. "Le meurtre de A. Politkovskaia a causé à la Russie (...) plus de dégâts et de dommages que ses publications", selon l’opinion russe. Pour le politologue Sergueï Markov, "le pouvoir russe n’avait pas intérêt à tuer Politkovskaïa" et que "donc le commanditaire de ce meurtre doit être recherché parmi ceux qui veulent nuire au pouvoir". Pour M. Markov, il s’agit de Boris Berezovski", en exil à Londres.
5. Le Vice-Premier Ministre séparatiste tchétchène, Akhmed Zakaïev, a aussi demandé l’asile politique à Londres. Et c’est bien l’oligarque en exil, Boris Berezovski, qui a payé ses avocats internationaux. Comme par hasard, Akhmed Zakaïev, a rendu visite à M. Litvinenko à l’hôpital dimanche en début d’après-midi....avec une déclaration en faveur de Berezovski et contre le Kremlin.
6. Mais qui est Boris BEREZOVSKI ?
Berezovski est l’un de ces "oligarques" russes qui a amassé une grosse fortune sous le mandat du président Boris Eltsine. Il est accusé de commerce illégal et de blanchiment d’argent en Russie. Avec la perestroïka, il se lance dans le "business" de voitures et s’enrichit de toute une multitude de compagnies aérienne (Aeroflot) et pétrolière, banques, journaux, télés. La justice russe accuse Berezovski d’avoir escroqué plus de 60 milliards de roubles l’administration de la région de Samara durant les deux années (1994 et 1995) où il était directeur de l’entreprise LogoVaz..
En octobre 2002, la justice russe avait délivré un nouveau mandat d’arrêt international contre Berezovski, Doubov et un troisième associé, Badri Patarkatsichvili, dans le cadre d’une enquête sur le vol de voitures chez Avtovaz. L’enquête porte sur le vol de 13 millions de dollars.
Conclusion : la presse et la télévision déclarent que Litvinenko a enquêté à Londres sur le meurtre de A. Politkovskaia. Supposons... Mais Litvinenko, refugié politique, ne travaillait pas ou n’a pas travaillé sur commande. Alors qui était le mystérieux commanditaire de Litvinenko concernant le meurtre de A. Politkovskaia ? A toute évidence, il manque une pièce essentiel du puzzle.
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Alexandre Litvinenko a travaillé pour Leonid Nevzlin qui se cache en Israël
L’ancien espion russe Alexandre Litvinenko, décédé à Londres des suites d’un mystérieux empoisonnement, s’est rendu en Israël au cours des semaines qui ont précédé sa mort dans le cadre d’une enquête sur la liquidation du groupe pétrolier Ioukos par le Kremlin, selon le quotidien britannique The Times.
Le dossier, qui contient des preuves, aurait du être présenté à la police britannique, précise le journal. L’ancien espion a transmis le dossier à Leonid Nevzlin, ancien numéro deux du groupe pétrolier quasi démantelé. Craignant pour sa vie après la prise de contrôle de Ioukos par l’Etat russe, ce dernier avait fui à Tel Aviv.
"Alexandre avait des informations sur les délits commis par le gouvernement russe", a affirmé M. Nevzlin au Times. "Il m’a récemment remis, à moi et à mes avocats, des documents qui jettent la lumière sur l’affaire Ioukos", a-t-il poursuivi.
Citant des enquêteurs ayant requis l’anonymat, le Times écrit que Litvinenko a découvert des preuves "renversantes" sur ce qui s’est passé dans cette affaire. Plusieurs membres de l’ex numéro un du pétrole russe ont disparu ou sont morts dans des circonstances mystérieuses, alors que d’autres comme son patron Mikhaïl Khodorkovski ont été jetés en prison, selon l’enquête.
Ce dernier, ancienne première fortune de Russie, a été condamné à huit ans de prison en Sibérie pour escroquerie et fraude fiscale à l’issue d’une vaste campagne judiciaire contre lui, son groupe et ses principaux associés et collaborateurs, considérée comme inspirée par le Kremlin. Il fut un temps où Leonid Nevzline participait activement à la vie publique en Russie, comme membre du Conseil de la Fédération russe (élu en 2001) et président du Congrès juif. Devenu citoyen israélien, l’oligarque russe ex-dirigeant du géant pétrolier Ioukos, poursuivi par le Parquet général russe, Leonid Nevzline mène son combat contre Vladimir Poutine. Agé de 45 ans, cet oligarque russe vit depuis août 2003 en Israël, où il s’est réfugié pour fuir la justice russe.
Sa fortune, évaluée en 2003 à 2 milliards de dollars par le magazine Forbes, a subi le contrecoup des poursuites judiciaires et des saisies d’actifs visant Ioukos, mais elle reste conséquente.
En Israël, il compte comme soutiens l’ancien dissident Natan Chtcharanski, "un des leaders mondiaux de la pensée politique" , selon lui, et Benyamin Nétanyahou. Leonid Nevzline coordonne ses activités avec d’autres oligarques russes en exil. Parmi eux :
son ami actionnaire de Ioukos, Mikhaïl Broudno, qui vive à Tel-Aviv ;
l’ancien magnat de groupe médiatique russe, Vladimir Goussinski,
Boris Berezovski, qui a obtenu le statut de réfugié politique à Londres, et un proche associé de ce dernier,
l’homme d’affaires Badri Patarkatsichvili, réfugié en Géorgie. Tous ces millionnaires recherchés par la justice russe sont d’origine juive, ce qui fait dire à Leonid Nevzline, qui se revendique "sioniste et russophile" , que la politique du Kremlin serait animée de forts relents d’antisémitisme...