’Pour la santé morale de la jeunesse’, tel est l’intitulé du projet de loi que l’administration de la région d’Irkoutsk est en train d’élaborer.
Son objectif principal est l’interdiction de l’avortement qui, selon son initiateur, le président du comité régional pour une politique de la jeunesse, Alexandre Belomestnykh, devrait sauver la situation démographique de la région. Selon Alexandre Belomestnykh, depuis 1993, en raison d’un fort taux de mortalité, la région d’Irkoustk a perdu 16 000 habitants. Le taux de natalité est très faible, sur 100 femmes, les démographes comptent 126 naissance tandis que la norme est de 215. Le comité pour la jeunesse estime que cette situation n’est pas le résultat des conditions de vie particulièrement difficiles dans la région mais qu’elle est due à la perte des valeurs morales. « Nous sommes confrontés à une décomposition morale, à une expansion de l’alcoolisme, de la toxicomanie » souligne Alexandre Belomestnykh, pour qui les campagnes contre le sida et l’éducation sexuelle dans les écoles font partis de la même déchéance morale. L’apogée de cette déchéance est, selon lui, « l’attitude légère vis-à-vis de l’avortement ». Un groupe de travail composé de juristes et de sociologues est en train d’élaborer un programme spécial pour stimuler les naissances, l’interdiction de l’avortement doit être le point majeur de ce programme. Les initiateurs du projet soulignent que la nouvelle loi ne devrait pas contredire la juridiction fédérale. On voit mal comment cela pourrait être possible alors que le droit à l’avortement a été l’un des premiers droits instaurés par le régime soviétique et qu’il n’a été interdit que pendant la période stalinienne.
En plus de l’interdiction de l’avortement, les partisans du retour de la morale, souhaitent stimuler les habitants de la région à former des familles nombreuses et s’inquiètent de la hausse du nombre des divorces. Toutefois, l’interdiction des divorces ne semble pour l’instant pas à l’ordre du jour.
Les femmes de la région se disent inquiètes du sort du projet de loi et espèrent qu’il ne sera pas adopté. « L’avortement doit rester un choix possible dans notre société. Son interdiction ne ferait qu’augmenter le nombre des avortements illégaux » tranche une mère de deux enfants, habitante d’Irkoutsk.
Izvestia 23-04-02