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imprimer cet article  Le tour du monde avec Igor Ivanov

Interview d’I.S.Ivanov, Ministre des affaires étrangères de la Russie, accordée à la ’Rossiyskaya gazeta’ (la Gazette russe)
Le Ministre des affaires étrangères dresse le bilan de 2002. En cette année qui s’en va, j’ai eu à accompagner le Ministre dans plusieurs de ses visites étrangères. Et chaque fois nous journalistes, avons vu, on dirait, deux Ivanov. Après les rencontres officielles au sol, lui, comme il sied au diplomate haut placé, évalue en bref, en phrases assez rondes, les événements et les résultats des négociations.

Et dans l’air, au bord de l’avion, I. Ivanov venait d’habitude dans notre salon, la cravate déjà enlevée, en tricot sportif ou en jean. C’est là que se passaient les conversations informelles, dans lesquelles le Ministre changeait le langage du protocole diplomatique en langue courante, détaillant (parfois ce que nous appelons off, c’est-à-dire à ne pas publier) ce qu’il n’avait pas eu le temps de dire au sol à chaud des événements.

Prologue, ou diplomatie russe en un an et une heure

Pendant l’année écoulée, I. Ivanov a passé 112 jours en missions, visité 31 pays (certains plusieurs fois). Son dernier voyage en 2002 est devenu le tour du monde Moscou-Manille-Tokyo-Washington-Moscou avec deux escales techniques à Dubaï et San Francisco (l’Iliouchine 62 de la compagnie aérienne "Rossia", loin d’être le plus récent, qui transporte les personnes VIP de la politique russe, ne peut pas franchir les grandes distances sans ravitaillement au sol). Chacun de ces points présentait son propre intérêt, son sujet de discussion. A Manille - la piste Asie-Pacifique de la politique étrangère russe, qui se développe activement. A Tokyo - les relations bilatérales avec un des principaux acteurs de l’arène internationale, avec lequel Moscou ne peut toujours pas surmonter l’héritage de la Seconde guerre mondiale encore. A Washington - le règlement proche-oriental, ainsi que les perspectives de la coopération de la Russie et des Etats-Unis, qui, depuis voilà plus d’un an déjà, mènent un dialogue réciproque plus que de confiance...
Certes, cette liste des problèmes clé internationaux, dont est préoccupée la diplomatie russe, n’est pas exhaustive. Il y a encore l’Europe, la CEI, la Chine, l’Irak, la péninsule Coréenne, d’autres points où, cette fois, l’avion du ministre n’a pas atterri, mais que Moscou observe assez attentivement. Quarante heures passées en vol au cours de ce tour du monde de décembre d’Igor Ivanov constituent un délai suffisant pour essayer de voir du haut de 10 mille mètres, la carte du monde qui est, à proprement parler, la "zone d’action" de la politique étrangère russe dans l’année qui s’en va. Une heure sur ces quarante, le Ministre l’a consacrée aux réponses aux questions de V.N.Dymarski, rédacteur en chef adjoint de la "RG".

Entretien

Pour "amorcer" la conversation, j’ai demandé à Igor Ivanov de citer trois événements importantissimes, de son point de vue, de 2002.

Réponse : Du point de vue des conséquences éventuelles pour notre politique étrangère et pour la situation dans le monde en général, je mettrais à la première place les rapports de la Russie avec les USA. Cette année, nous avons réussi à traverser une période très compliquée, liée au retrait unilatéral des Américains du Traité ABM, et non seulement ne pas glisser vers la confrontation qui, pour la Russie, aurait été lourde de plusieurs moments désagréables, mais maintenir les dispositions constructives de partenariat. C’est lui qui nous a permis dans les délais assez serrés, d’aboutir à la signature du nouveau Traité sur la réduction des arsenaux stratégiques offensifs, offrant pour la prochaine décennie des perspectives réelles de leur réduction de presque trois fois, et de signer une importante déclaration politique, qui formule les principes des relations entre nos pays dans les domaines importantissimes pour la Russie - politique, militaire, économique. Tout cela a permis de continuer les efforts conjoints dans la lutte contre le terrorisme international, et non seulement en Afghanistan.

Question : Malgré les assurances des politiciens, qui parlent beaucoup du rapprochement de la Russie et des USA, on a l’impression que les deux parties, tout en déclarant un niveau de partenariat inouï jusqu’à présent, n’ont pas pour autant abandonné l’ancienne logique de l’opposition. Apparemment, nous sommes amis, mais dans notre for intérieur, on se considère toujours comme adversaires.

Réponse : Peut-être y a-t-il aux Etats-Unis, y compris dans l’administration américaine, ceux qui vivent toujours des notions de "la guerre froide", des approches d’avantages unilatéraux. Naturellement, cela touche les intérêts non seulement de la Russie, mais de beaucoup d’autres pays, y compris les proches alliés des USA. Mais dans l’administration américaine, il existe aussi des partisans de l’approche multilatérale. Ils comprennent que les Etats-Unis, étant objectivement la puissance la plus forte économiquement et militairement, ne peuvent pas vivre isolés et espérer - surtout après le 11 septembre - pouvoir résoudre eux-mêmes tous les problèmes.
Je pense que la société américaine, y compris l’élite politique, connaît l’opposition entre ces deux principales, mais pas uniques, tendances, qui se répercutent parfois dans la politique étrangère des USA. Néanmoins, le président Bush ne fait pas que déclarer, mais mène en pratique le cap, basé sur l’approche multilatérale. D’où les résultats dont j’ai parlé. Cela ne veut pas dire que dans nos relations avec l’Amérique, tout va bien et sans différends. Ils existent et ont un caractère tant objectif que subjectif. Car il est tout à fait évident et naturel qu’il existe une certaine différence des intérêts, différences des évaluations et des approches à tel ou tel autre événement. Mais il ne faut pas dramatiser la situation.
Quelque chose de semblable a lieu dans la société russe également. Certains politiciens croient que nous n’avons pas de raisons valables de parler des relations de partenariat avec les USA, citant en exemple l’agissement de l’Amérique uniquement dans ses propres intérêts, au détriment des intérêts de la Russie. Mis hors contexte, ces exemples peuvent être interprétés de cette manière-là. Mais le fait est qu’en politique, on ne peut pas examiner les faits ou événements isolés, en-dehors de leur liaison. L’exemple le plus évident en a été fourni par l’apparition des bases militaires américaines en Asie Centrale. D’aucuns chez nous ont eu hâte de déclarer que les Etats-Unis utilisaient les événements afghans pour renforcer leurs positions dans cette région d’importance stratégique pour la Russie. Autrement dit, ils ont crié à l’expansion. Mais rappelons-nous les antécédents. Nous avons toujours dit que la menace à nos intérêts, et une menace réelle, venait du sud, avant tout depuis le territoire de l’Afghanistan. Il est clair que résoudre les tâches de liquidation du foyer du terrorisme en Afghanistan, la Russie elle-même, seule, le pouvait à peine. On a réussi à les résoudre grâce aux efforts de la coalition internationale. Est-ce que, de ce fait, nos frontières sur sont devenues plus sures ? Assurément. Bien que les problèmes restent - et la drogue, et l’émigration. Mais du point de vue de la sécurité nationale, certes, ce flanc s’est vu sensiblement renforcé. Oui, on a à faire des compromis, l’un d’eux, c’est l’apparition dans la région des militaires américains, et pas qu’américains, qui résolvent la tâche afférente à l’opération internationale en Afghanistan.
D’autre part, les décisions d’octroyer leur territoire aux Américains ont été prises par les états souverains. La discipline dite de blocs est périmée, au même titre que les blocs adversaires eux-mêmes. Et aujourd’hui, il est incorrect et erroné d’espérer qu’on peut toujours dicter à tel ou tel état les décisions à prendre. Il est réel et possible de construire avec ses voisins les rapports qui tiennent compte des intérêts réciproques. Il ne faut pas tant craindre l’expansion de quiconque qu’agir activement soi-même. Et alors, ni la politique, ni le domaine militaire ne connaîtront le vide qui est comblé par les représentants des autres états. Un autre exemple - le Traité ABM. Nous voulions obtenir son maintien. Mais un traité est un traité. S’il prévoit la possibilité du retrait, ni nous, ni quiconque ne possédons de leviers pour s’y opposer. Nous n’avons pas abandonné nos principes, nous avons fermement lutté pour le maintien du traité, mais les Américains ont agi à leur guise. Et c’est là que se sont manifestées les nouvelles approches de notre politique étrangère. Si cela avait eu lieu, disons, il y a 10-20 ans, nous en serions inévitablement été réduits à la confrontation, aurions cherché des réponses asymétriques ou autres, le tout passant par la course aux armements. Mais nous avons su, dans cette situation compliquée, faire aboutir les USA aux pourparlers et obtenir un traité qui réponde à nos intérêts et à ceux de la stabilité internationale. En d’autres termes, nous avons tout de même avancé au lieu de reculer.

Question : Vous avez dit qu’il y a 10-20 ans, cela aurait été impossible. Mais est-ce que ce n’est pas le 11 septembre qui a fait le point de rupture ?

Réponse : Je crois que le 11 septembre est plutôt une étape qui n’a pas tant influé sur la formation de la politique étrangère de la Russie que sur la mentalité et le mode d’agir des Etats-Unis et de l’Occident en général. Ainsi, depuis de longues années déjà, nous avons parlé de la menace émanant de l’Afghanistan, puisque nous l’avons subie nous-mêmes, nous savions que c’est de là-bas que venaient armes, finances, que c’est là qu’on formait les guerriers. Mais on nous avait à peine prêté l’oreille, croyant que ce n’était pas à eux de résoudre le problème de l’Afghanistan. Et si la Russie s’en préoccupe, si c’est son problème, c’est donc à elle de s’en dépêtrer. Aujourd’hui, cela arrive aussi, mais, face aux nouvelles menaces, la compréhension de la nécessité d’une solidarité plus grande prend de l’ampleur.

Question : Quel second événement citeriez-vous parmi les plus importants ?

Réponse : Par son importance pour notre politique étrangère, je mettrais à la deuxième place la création de l’Organisation de coopération de Shanghai. Peut-être sa voix n’est-elle encore pas assez forte, puisqu’elle passe par la période de son devenir. Par sa géographie, par sa configuration, l’OCS recèle un immense potentiel. La Russie et la Chine, quatre états centrasiatiques ont intégré l’organisation, et ainsi, nous créons les conditions pour un développement sûr à nos frontières sud et proche-orientales. De plus, l’OCS n’est pas créée que dans l’intérêt de la lutte contre le terrorisme, bien que cela soit une de ses tâches prioritaires, mais aussi pour mettre en pratique de grands projets économiques. A-t-on besoin de dire, combien c’est important pour la Sibérie et Extrême-Orient. Du point de vue du mécanisme de son fonctionnement, l’organisation n’a pas encore atteint plein régime, mais elle possède d’ores et déjà les documents statutaires, son secrétariat, d’autres structures se forment. Et aujourd’hui déjà, elle jouit d’un énorme intérêt, surtout en Asie-Pacifique, il existe la déclaration officielle de l’Inde sur son désir d’adhérer à l’OCS en qualité d’observateur ou de membre plénipotentiaire. On mène des pourparlers sur l’établissement des contacts entre l’OCS et l’ASEAN, entre l’OCS et d’autres structures régionales. Cela témoigne des possibilités en puissance de l’organisation et de son futur rôle dans l’espace de l’AP.

Question : Que vient-t-il en troisième place dans le rating du Ministre ?

Réponse : La prise par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la résolution 1441 concernant l’Irak. Ce n’est pas un secret que les sceptiques ont été beaucoup plus nombreux que les optimistes, en ce qui concernait la possibilité d’aboutir à un consensus dans la situation, dans laquelle ce document avait été adopté. Partant de la composition actuelle du Conseil de Sécurité, on faisait toutes sortes de spéculations, on affirmait que le projet de la résolution était voué à l’échec, qu’il n’aurait pas la majorité de voix, qu’il connaîtrait le veto... Néanmoins, au cours de la toute dernière nuit précédant la séance, on a trouvé le consensus, ce qui a, certes, dans une certaine mesure levé l’acuité du problème irakien. Cela ne veut pas dire qu’il est définitivement résolu, certes, nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle crise. Mais le fait qu’on ait réussi à faire adopter la résolution témoigne d’une situation foncièrement nouvelle qui se forme dans le monde.
La communauté internationale en vient à la compréhension de la nécessité d’agir de manière solidaire dans la solution des problèmes internationaux aigus. Car tout récemment encore, la scission au sein du Conseil de Sécurité avait été savamment mis au profit par ceux qui, pour une raison ou une autre, manquaient à leurs obligations internationales. La prise à l’unanimité de la résolution, premièrement, consolide les positions des observateurs internationaux, deuxièmement, montre à l’Irak qu’il n’y a plus d’espace pour biaiser - il faut soit appliquer la résolution, soir répondre pour sa violation.
Troisièmement, cela est important pour l’ONU même et son Conseil de Sécurité. Je me rappelle qu’au sommet du millenium à New York, beaucoup ont noté que l’ONU, à force de raisons objectives (ainsi, en fait ses Statuts n’ont pas changé depuis la création de l’organisation) commence à être dépassée par les événements, perd ses capacités. Il y a, je pense, du vrai dans ce qu’ils disent, certes, les réformes, l’adaptation de l’ONU aux réalités modernes s’imposent, mais néanmoins, l’organisation reste le mécanisme unique, l’instrument pour résoudre les problèmes internationaux les plus aigus. C’est pourquoi la résolution concernant l’Irak est devenue un soutien moral et psychologique de l’ONU.

Question : Passons maintenant aux choses moins agréables. De quoi n’avez-vous pas été satisfaits cette année ?

Réponse : Je vais y citer trois points aussi, d’accord ? Le premier - toutes nos idées concernant la CEI n’ont pas été mises en pratique. On ne peut pas dire que nous n’ayons rien fait, que nous stagnions. On avance, et assez substantiellement, sur certaines pistes. La CEEurAs, structures réelle de la coopération économique, se consolide. Le Traité sur la sécurité collective a été transformé en organisation internationale. Néanmoins, on aimerait avoir plus d’ordre, d’efficacité, de conséquence et de résultats concrets. Bref, c’est la piste, à laquelle, de mon point de vue, il faudra en 2003 prêter encore plus d’attention.
Continuons. On aurait pu essayer d’obtenir plus dans nos rapports avec l’Union Européenne. Et là encore, nous avançons sans reculer. Mais on aimerait toujours en avoir plus. Je vois les raisons tant objectives que subjectives de notre insatisfaction. Les objectives sont liées avec le processus compliqué de l’extension de l’Union Européenne même. Ce n’est qu’en décembre 2002 que ce processus avait pris la forme d’une décision, avant, c’était une très âpre discussion interne, ce qui, certes, freinait l’activité de l’UE sur d’autres pistes, y compris la russe. Cela se répercutait aussi sur les réformes à l’intérieur de l’Union Européenne. En particulier, les questions de la sécurité et de la politique étrangère, qui connaissaient aussi certaines difficultés intérieures. Cependant, il ne faut pas en reléguer toute la faute à l’autre partie. Nous non plus, nous n’aurions pas toujours déployé d’efforts assez énergiques.
Tertio. On ne peut pas ne pas être préoccupé par les conflits régionaux non réglés le long du périmètre de la frontière russe. Avant tout, ce sont le Nagorny Karabakh, l’Abkhazie, la Transnistrie. Malgré nos grands efforts, on est loin encore d’y parler d’avancement réel. Et cela est, certes, un facteur grave, aggravant encore notre activité tant au Caucase que dans le cadre de la CEI tout entière. Et nous aurons à chercher de manière plus créatrice, non standard, des réponses à ces problèmes.

Question : De temps en temps, on commence à parler de la révision du concept de notre politique étrangère. Bien qu’on ait l’impression qu’il ait déjà été "révisé" par le cours même des événements après le 11 septembre, par la formation de la coalition antiterroriste.

Réponse : Tout concept connaît des discussions menées autour de lui, il y aura toujours des pessimistes, des sceptiques. Certains estiment en général qu’on n’a besoin d’aucun concept. Aujourd’hui, quand, avec le temps, on peut tirer des conclusions, je suis persuadé que le concept avait été nécessaire, il nous a aidé à construire une politique étrangère plus claire, compréhensible, prévisible.
Cependant, un concept n’est pas un dogme. La vie change très vite, beaucoup de choses nouvelles et inconnues apparaissent. Mais cela ne signifie pas qu’il faille chaque année adopter un nouveau concept. Il existe d’autres formes de "réaction rapide" aux changements - messages et appels du Président, d’autres documents qui permettent de corriger rapidement les pistes de la politique étrangère de la Russie.
Certes, à une étape, il faudra renouveler le concept aussi. Moi, par exemple, je crois que cela peut avoir lieu après chaque élection présidentielle. Un chef d’état, nouveau ou réélu, doit présenter sa vision de la politique étrangère, et non seulement étrangère, pour les quatre années à venir.
Concernant la coalition antiterroriste, elle s’est, certes, dans une certaine mesure, formée spontanément, comme la réaction aux événements tragiques. Et actuellement, nous sommes confrontés à un choix très sérieux - ou cette coalition sera, comme on essaie de la présenter parfois, un groupement des états qui partagent les approches des Etats-Unis aux problèmes de principe et les soutiennent, ou elle deviendra un groupement des états égaux en droits, qui, ensemble, élaborent appréciations, approches et méthodes de la solution de tel ou tel problème. Nous prônons, certes, la seconde approche. Et elle nous mène à la définition du monde multipolaire, contenue dans le concept. On peut l’appeler comme on veut. Mais où en est le sens ? En ce qu’après le 11 septembre et les autres cataclysmes représentant un grave danger pour le monde, la communauté internationale a senti le besoin d’actions conjointes - causé par la peur naturelle de rester seul à seul avec la menace qu’est le terrorisme.
Et cette coalition s’est formée. Il est peu probable qu’elle soit formalisée, il est peu probable qu’elle devienne une organisation avec ses Statuts, ses mécanismes de fonctionnement. C’est plutôt une philosophie de la solidarité face à telle ou telle autre menace. Dans quelle mesure pourra-t-on transformer cette philosophie en formes pratiques de coopération ? C’est autour de cela que la lutte est engagée aujourd’hui. Voilà pourquoi notre position est si retenue à l’égard des actions unilatérales, qui contredisent la philosophie de la moderne vie internationale. Notre approche, par exemple, a engendré le "quatuor" au Proche-Orient. Une configuration apparemment absolument inexplicable - la Russie, les USA, l’Union Européenne, l’ONU, mais elle est apparue de la compréhension du fait qu’en agissant séparément, on n’aura rien. Peut-être cette expérience sera-t-elle développée dans d’autres crises et conflits.

Question : Reprenant le concept de la politique étrangère, y a-t-il des éléments de base qui doivent rester inviolables, quelque changement qui survienne ?

Réponse : Sûrement. Premièrement, la politique étrangère doit garantir la sécurité du pays. Sans sécurité, si tu es constamment dans l’état de menaces extérieures, tout le reste passe au second plan.
Deuxièmement, la création des conditions extérieures favorables pour le développement économique et social. Autrement dit, les conditions qui permettent de concentrer le potentiel existant sur la solution des problèmes internes. Notre pays est dans une grande mesure autosuffisante, donc, la concentration des forces intérieures peut garantir un avancement économique et social sérieux.
Troisièmement - la défense des droits et intérêt de nos concitoyens. C’est le lobbying, dans le bon sens du terme, de nos intérêts économiques, de notre business à l’étranger, c’est la promotion de notre culture, c’est la défense des droits de nos citoyens.
Tels sont, de mon point de vue, les trois principaux postulats. Ils peuvent changer de configuration, être écrits en d’autres termes, mais doivent rester inviolables. Et puis, apparaît la question suivante : comment l’obtenir ? Différentes conditions historiques aux étapes historiques différentes fournissent bien les réponses différentes. Là, des variations sont déjà possibles.

Question : Qu’attendez-vous de l’année 2003 ?

Réponse : Il faudra fixer les tendances positives qui se sont manifestées dans l’année partante 2002. Avant tout, il s’agit de ce, par quoi nous avons commencé notre entretien - de l’esprit de solidarité dans la communauté internationale. Les problèmes aigus restent - l’Irak, le Proche-Orient, l’Afghanistan, les Balkans, la péninsule Coréenne... L’essentiel est d’éviter que ces conflits provoquent des conséquences qui puissent sérieusement saper les bases de la sécurité internationale, mais qui, au contraire, les poussent dans le lit du règlement politique.
Certes, pour nous sera prioritaire la tâche du renforcement par tous les moyens du mécanisme et des institutions dans l’espace post-soviétique. Ce sont la CEI, et le Traité sur la sécurité collective, et la CEEurAs, et les rapports avec la Biélorussie.
Nous poursuivrons, assurément, nos efforts pour résoudre les problèmes globaux. Nous essaierons de maintenir et de développer les processus constructifs sur tout le front de la lutte contre le terrorisme international, pour garantir la stabilité stratégique.
Parfois, on dit : qu’est qu’a donc la Russie à participer à tout cela ? Ne pourrait-on pas limiter nos actions aux pistes qui touchent directement les intérêts du pays ? Cette approche ne tient pas compte de la situation dans les conditions de la mondialisation. Le monde moderne est très interdépendant et entrelacé. La sécurité aujourd’hui est plus indivise que jamais. Je ne citerai en confirmation de cette thèse qu’un exemple - l’adhésion de la Suisse à l’Organisation des Nations Unies.
A-t-on besoin de plus de preuves de ce que, dans le monde, s’est formée la compréhension commune de la nécessité des efforts collectifs et de l’indivisibilité de la sécurité.

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