La stabilité politique observée en Russie a son revers de la médaille. Les analystes de l’agence de cotation, Standard & Poor’s, soulignent que cette stabilité est insuffisante car elle repose entièrement sur la personnalité du Président russe tandis que les autres institutions politiques du pays restent faibles.
Face à cette situation, l’agence se refuse à augmenter résolument la cotation de la Russie. Lors d’une conférence internationale sur les investissements en Russie, les participants ont reconnu que les indicateurs macroéconomiques russes n’avaient jamais été aussi satisfaisants mais les principaux obstacles, aux yeux des investisseurs, sont dorénavant le système politique et judiciaire russe. Lors de la conférence, Boris Nemtsov, leader de la fraction Souz Pravykh Sil, a été le premier à aborder ce thème. Selon ses termes, Vladimir Poutine contrôle 250 sièges à la Douma, le Conseil de la Fédération dans sa globalité et quatre chaînes de télévision. Le Kremlin, estime Boris Nemtsov, soutient qu’une démocratie à l’occidentale ne peut s’appliquer en Russie et que le pays a besoin d’une démocratie dirigée. La responsable de l’Europe centrale et orientale à l’agence Standard & Poor’s, Hélène Hessel, développe cette idée sur le plan économique. Selon elle, l’un des obstacles à une meilleure cotation de la Russie est la faiblesse de ses institutions politiques. "La stabilité politique du pays repose sur un seul homme. Par conséquent, nous ne considérons pas la Russie comme une démocratie " souligne Hélène Hessel. A son tour, Conrad Rois de l’agence Standard & Poor’s admet que le large soutien dont bénéficie le Président russe est un facteur positif " mais nous basons nos cotations sur le long terme, or le développement d’un pays ne peut être garanti par la concentration de toutes les prérogatives dans les mains d’une seule personne, il ne peut avoir lieu que si les institutions se développent".
Le recteur de la Haute école d’économie russe, Evguenni Yasine, ne partage pas entièrement ces appréhensions, pour lui le danger pourrait venir d’une trop grande place laissée à la bureaucratie. "La Russie doit choisir entre deux mode de développement : l’un s’appuie les entreprises, le milieu des affaires, l’autre sur le système bureaucratique. L’un des deux modes doit prendre le dessus. Vladimir Poutine est, bien évidemment, un facteur de stabilité politique, mais jusqu’alors, dans ses réformes, il s’est appuyé sur la bureaucratie, y compris sur les structures d’autorité. Or, ce choix renferme un danger potentiel" estime le professeur.
Vedomosti 19-03-02