’La Russie est un marché en expansion dont la France tire insuffisamment parti’, certainement moins que l’Allemagne ou l’Italie, a déploré M. Fillon lors d’une rencontre avec le Premier ministre russe Vladimir Poutine et les patrons français.
Investisseurs français en Russie : "la crise, c’est fantastique"
La crise financière qui sévit en Russie, loin de décourager les groupes français qui opèrent dans ce pays, est perçue comme une opportunité "fantastique" d’avancer encore leurs pions sur un marché en pleine expansion.
"Crise veut dire opportunité !", affirme Pascal Clément, un jeune entrepreneur français dont le groupe, Ozon, vend des livres par correspondance en Russie, lors d’un forum économique organisé dans la station balnéaire de Sotchi (sud).
"La crise est là, elle existe, ce n’est pas la première, ce ne sera pas la dernière, c’est à nous, entrepreneurs, d’attaquer beaucoup plus fortement le marché et de gagner des positions", explique le chef d’entreprise lors d’une table-ronde franco-russe.
Selon lui, "la grande question (...), c’est +est-ce que les banques vont nous suivre, vont pouvoir financer tous ces nouveaux projets. Et ça n’est pas entre nos mains".
Un poids lourd comme le pétrolier Total ne se montre pas davantage inquiet : "La crise financière n’est pas une crise russe et donc les Russes en souffrent comme les autres, peut-être un peu plus. Mais ils s’en remettront", assure son patron, Christophe de Margerie.
"De toute façon, dans notre industrie, la crise financière n’a pas d’impact, il s’agit de long terme et non de finance", a-t-il ajouté en allusion au projet gazier russe Chtokman, dont Total est partenaire minoritaire. Il juge même "une bonne chose" que les cours du pétrole aient reculé sous le choc car "ils étaient trop élevés".
Même le secteur bancaire russe, déstabilisé cette semaine par l’onde de choc qui s’est propagée de Wall Street à Moscou et a contraint les autorités à intervenir lourdement pour enrayer l’effondrement du marché boursier et aider les banques, apparaît comme hautement désirable.
Deux des plus grandes banques françaises, la Société Générale et la BNP Paribas, jouent des coudes dans les services aux particuliers, secteur à l’heure actuelle sous-équipé en Russie. Crise ou non, les fondamentaux de l’économie du pays sont solides, sa situation financière reste saine, ses réserves financières gigantesques, ont-elles insisté.
Philippe Citerne, directeur général délégué de la Société Générale et président du comité Russie à l’organisation patronale française Medef, veut bien relativiser et concéder que malgré cela, "tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes". "En Russie, il faut voir loin, être patient", dit-il, philosophe.
L’autre crise, celle autour de la région géorgienne séparatiste d’Abkhazie toute proche de Sotchi et de l’autre territoire séparatiste, l’Ossétie du Sud, est passée largement sous silence. A peine si un représentant du groupe cimentier français Lafarge s’est vu suggérer par Alexandre Chokhine, le patron des patrons russes, d’y investir "en premier, dès que la situation politique se sera tassée".
Les entrepreneurs français faisaient partie d’une importante délégation accompagnant le Premier ministre François Fillon à Sotchi pour un séminaire gouvernemental franco-russe.
"La Russie est un marché en expansion dont la France tire insuffisamment parti", certainement moins que l’Allemagne ou l’Italie, a déploré M. Fillon lors d’une rencontre avec le Premier ministre russe Vladimir Poutine et les patrons français.
"Je ne peux pas dire que les investisseurs russes soient trop actifs en France", a de son côté estimé M. Poutine : "Mais s’il y a une volonté commune, on pourra augmenter les flux d’investissement dans les deux pays".