Le Comité Tchétchénie organise une Manifestation le 5 juin à Bastille. Le départ de la manifestation sera précédé, place de la Bastille, par l’intervention sur place d’un certain nombre de personnalités pro-tchétchènes. Les représentants tchétchènes prendront la parole à cette occasion.
Le Comité Tchétchénie est membre du collectif associatif réuni dans le but de manifester contre la venue de Vladimir Poutine à Paris à l’occasion de la commémoration du débarquement du 6 juin 1944. Le moment n’est pas particulièrement bien choisi. ...
Une manifestation unitaire se déroulera le jour même : Rassemblement à Bastille à partir de 17h, départ prévu aux alentours de 18h. Du fait des aléas des négociations en cours avec la préfecture, seul le lieu de rendez-vous est fixé pour le moment, le trajet de la manifestation est toujours l’objet de tractations.
L’aperçu historique. - Long conflit entre le géant russe et un peuple àl’indépendance exacerbée.
Dans l’histoire des relations difficiles entre les Tchétchènes et les Russes, deux épisodes peuvent nous intéresser : la Guerre du Caucase du XIXème siècle et leur déportation par Staline au Kazakhstan et au Kirguizstan entre 1944 et 1957, puisque ces deux épisodes de leur histoire étant à l’origine de représentations très fortes qui mobilisent les Tchétchènes dans leur lutte pour l’indépendance.
Les premiers contacts entre les Tchétchènes et les Russes datent du début du XVIIIème siècle. Le nom "Tchétchène" a été attribué par les Russes en hommage à leur victoire sur les Tchétchènes près d’un de leurs villages Grand Tchétchène, le 11 juillet 1730 : la cavalerie russe, dirigée par le prince Volkonski, épaulée par les Cosaques du Térek, a battu les Ottomans, aidés par les Tchétchènes. Entre eux, les Tchétchènes s’appellent "Nakhtcho". Les officiers russes ont donné des caractéristiques très négatives aux Tchétchènes, qui correspondaient plutôt aux images des Russes sur les Tchétchènes qu’à la réalité. Cependant, cette vision est aussi importante pour comprendre les raisons profondes du conflit. Par exemple, au XIXème siècle, le commandant en chef des troupes russes au Caucase, le général Potemkine, écrivait avec un certain cynisme : "Les Tchétchènes sont un tel peuple qui, en raison de ses inclinations feroces, ne peut jamais rester calme, renouvelant à toute occasion qui se présente ses actions hostiles insolentes. Pour les empêcher de les commettre, il ne reste qu’un seul moyen : soit les exterminer entièrement, en sacrifiant une partie considérable de troupes russes, soit s’emparer de la plaine, dont ils ont besoin pour l’élevage ou l’agriculture." En demandant pardon pour les Tchétchènes à l’impératrice Catherine la Grande, le major-général Modom reçut la réponse suivante : "A la différence d’autres peuples, qui, même s’ils continuent à piller [nos villages], essaient au moins de le cacher, les Tchétchènes pillent ouvertement et même se vantent de leurs brigandages, c’est pour cela qu’ils ne méritent pas que l’impératrice s’adresse à eux directement" (ce qui voulait dire que l’impératrice n’avait pas souhaité les pardonner). Cependant, les actions violentes, tels le rapt, le pillage, le brigandage, autant critiqués par les Russes, faisaient partie intégrante du quotidien de la société tchétchène, subsistant en partie grâce aux guerriers. L’interdiction des razzias par les Russes a affaibli l’économie tchétchène et était perçue comme la restriction de leurs libertés fondamentales. Voici une autre caratéristique des Tchétchènes, donnée par un officier russe, toujours au XIXème siècle : "La lutte permanente contre les ethnies voisines, le pillage et le penchant très réduit au travail, tout cela était chez les Tchétchènes à l’origine de la bravoure, de la cruauté, de l’habileté et de l’ingéniosité. A ces qualités, le Tchétchène, énergique et sauvage, a rajouté la ruse, l’hypocrisie et la perfidie. Il est difficile faire confiance à un Tchétchène, il est impossible de croire à ses promesses et serments. Il peut toujours trahir, il est toujours capable de se faire séduire par une aventure douteuse, par un bénéfice du moment ou par un butin. Cependant, il faut reconnaître que le Tchétchène est hospitalier, très modéré dans ses besoins, et respecte les anciens. Il est un cavalier et guerrier habile, et dans les conditions favorables, il peut devenir un bon travailleur" .
L’intervention russe au Nord-Caucase commença en 1783, après la signature du traité de Guéorguievsk, selon lequel la Géorgie s’était placée sous le protectorat russe. La première révolteantirusse fut animé par un certain Cheïkh Mansour, qui réussit à résister, entre 1785 et 1791, à l’armée russe, en propageant le champ de bataille sur toute la Tchétchénie, le Daghestan et la Tcherkessie. En juin 1791, le général russe Goudovitch, lors de la guerre russo-turque, occupa Anapa et captura Mansour. Condamné à vie, il mourut en prison dans la forteresse de Schlüsselbourg, le 13 avril 1794.
La Guerre du Caucase.
En 1822, une autre révolteembrasa la Tchétchénie, sous la direction d’Abdoul Kadyr, qui a répandu les bruits que sous quatre mois les Ottomans devaient intervenir au Caucase. En 1825, une nouvelle insurrection tchétchène, sous la direction de Beïboulat Tamazov ,a eu lieu.
En 1825, un certain Kazi-Moulla, souffi naqchband originaire de Guimry au Daghestan, se proclama imam, en conduisant les actions militaires contre les Russes pendant sept ans. Il accompagnait la lutte contre les Infidèles avec les prèches parmi les Musulmans pour l’istauration de la charia. Après avoir obtenu quelques succès, Kazi-Moulla fut encerclé le 17 octobre 1832 dans son village natal et tué avec une grande partie de ses partisans. Parmi ceux qui purent se sauver, figurait un certain Chamil. En 1832, un de proches de Kazi-Moulla, Gamzat-Bek, originaire de Gotsatl, situé au Khanat Avar, se proclama le deuxième imam et continua le djihad. Cependant, il fut tué par ses proches, semble-t-il, aux termes d’une vendetta. En 1834, Chamil fut proclamé troisième imam. Pendant vingt-cinq ans, il conduisit la guerre contre l’armée russe. Il réussit à créer un Etat sémi-militaire, connu dans l’histoire sous le nom d’"imamat de Chamil". L’imamat occupait un grand territoire de la haute montagne tchétchène et avare, possédait ses propres organes de pouvoir, sa législation et ses forces armées. Après de nombreux échecs dans les affrontements directs, les militaires russes changèrent de tactique, concentrant leurs efforts sur la déstruction de villages tchétchènes et avars, en brulant les champs de blé et en s’emparant du bétail. Progressivement, Chamil perdit sa base et le 25 août 1859, et, encerclé à Gounib, se rendit aux Russes pour éviter les morts parmi les habitants du village. Chamil fut reçu avec pompe par l’empéreur Alexandre II en personne à Saint-Pétersbourg, et fut transféré avec sa famille à Kalouga. A la fin de sa vie, Chamil obtint la permission de faire un hadj dans les lieux saints de l’Islam, où il était mort à en 1871. Après la victoire russe sur Chamil, en 1864-1865, 39 000 Tchétchènes, ont émigré vers l’Empire Ottoman . Il semble que les Tchétchènes ont quitté leurs terres, sous la pression des autorités russes, cherchant à attribuer les terres arables aux Cosaques de la Ligne de la Sounja. Une autre raison de ce départ massif (presque 15% du nombre total de Tchétchènes), qui coïncida avec les grands transferts de tribues "tcherkesses" de l’Ouest du Nord-Caucase en Anatolie, résida dans la création de cette Ligne cosaque de la Sounja, résultat d’une progression militaire russe sur l’axe Grozny - Vladikavkaz, et dans l’expulsion systématique de Tchétchènes, habitants de la vallée de la Sounja. Ces 39 000 Tchétchènes, privés de leurs terres, source essentielle de leurs revenus, se réfugièrent dans les montagnes et partirent vers l’Empire Ottoman lorsque la première occasion se présenta.
Deuxième Guerre Mondiale et déportation stalinienne.
La première révolteeut lieu en Tchétchénie et au Daghestan en septembre 1920. Elle fut matée en mai 1921, après la defaite des forces principales de rebelles et la cessation de l’aide en provenance de la Géorgie, où, en février 1921, fut instauré le pouvoir soviétique. Le 20 janvier 1921, un Arrondissement Tchétchène apparut comme partie intégrante de la RSSA montagnarde. Le 30 novembre 1922, une Région Autonome Tchétchène fut organisée sur la base de l’Arrondissement Tchétchène, séparé de la RSSA Montagnarde. Elle fut réunie en 1934 avec la Région Autonome Ingouche et transformée, le 5 décembre 1936, en une République Autonome de Tchétchénie-Ingouchie.
La révolte était presque permanente dans la montagne tchétchène. Le 31 juillet 1925, le Conseil Révolutionnaire de l’Arrondissement Militaire du Nord-Caucase prit la décision de faire désarmer "la Tchétchénie montagneuse et ses districts les plus dangéreux". Le conseil mobilisa pour cette opération des forces importantes : 7 000 soldats, 24 canons, 240 mitrailleuses et 7 avions. Le résultat de l’opération permit la saisie de 23044 fusils, 3902 revolvers et d’un grand nombres de munitions. Le 23 février 1944, Jour de l’Armée Rouge, tous les Tchétchènes et les Ingouches furent déportés dans les wagons à bestaux au Kazakhstan et en Asie Centrale. Cette décision avait été prise par le Comité de l’Etat de la Défense, et avait été confirmée plus tard par le décret du Soviet Suprême de l’URSS du 7 mars 1944. Certains observateurs indiquèrent que Staline souhaitait offrir à ses compatriotes de nouveaux pâturages. En effet, la Géorgie s’empressa d’annexer les alpages du Grand Caucase, après la déportation des populations musulmanes du versant Nord de la chaîne, alors que le poids des Géorgiens, dans la direction soviétique, était traditionnellement considérable (Staline, Ordjonikidzé et Béria étaient originaires de Géorgie).
La lutte pour le pétrole et les affrontements avec l’opposition.
En 1992 - 1993, une lutte pour le pétrole opposa entre d’un côté, le président Djokhar Doudaëv, le ministre tchétchène du pétrole Soultan Albakov, et le ministre tchétchène de sécurité d’Etat, Soultan Guéliskhanov, tous appartenant au teïpe Yalkhoroï, et de l’autre le chef du gouvernement tchétchène Yaragui Mamodaëv et le maire de Grozny Beslan Gantémirov, tous les deux du teïpe Tchonkhoï. Le conflit pour le partage des bénéfices pétroliers conduit à la réunification des membres des deux teïpes, opposés à Doudaëv, Nijaloï et Yalkhoroï. L’opposition fait l’appel à Moscou qui intensifie son aide militaire. Impliquée dans le conflit, en décembre 1994, les troupes fédérales sont introduites en Tchétchénie.
A l’été 1999, des groupes armés islamistes venus de Tchétchénie entrent au Daguestan voisin avec l’objectif d’y établir une république islamique. Au même moment, une série d’attentats en Russie fait 293 morts.
Le 1er octobre 1999, débute « la seconde guerre de Tchétchénie ». Grozny tombe le 1er février 2000. Vladimir Poutine installe une administration locale pro-russe sous la direction de Akhmad Kadyrov. On ignore le nombre de victimes de cette sale guerre, sans doute plusieurs dizaines de milliers.