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imprimer cet article  La situation se dégrade en Azerbaïdjan

Au cours de la dernière décennie, l’Azerbaïdjan a émergé d’une période de turbulence et de guerre. Les autorités azerbaïdjanaises ont été accusées ces derniers mois par l’opposition de vouloir supprimer toute liberté d’expression dans le pays en prévision des élections législatives prévues en novembre.

L’Azerbaïdjan couvre 87 000 km2 pour une population de 7 millions et demi d’habitants. Les azeris sont un peuple turcophone, shiites en majorité, vivant dans un territoire divisé en deux morceaux dont le Nakitchevan, qui est enclavé entre l’Arménie et la Turquie. Depuis la proclamation de sa souveraineté (1989) et de son indépendance (1991) les divers scrutins ont eu lieu en Azerbaïdjan dans un contexte politique et militaire peu favorable à l’émergence d’une tradition démocratique. Les élections tant présidentielles que parlementaires ont en effet chaque fois eu lieu dans un contexte extrêmement difficile. La demande intérieure et les exportations traditionnelles (coton et pétrole) ont fortement diminué depuis 1991. En 2001 la situation semble s’être stabilisée et les relations commerciales s’orientent progressivement vers les pays non-CEI. L’Azerbaïdjan est un pays potentiellement riche, notamment en raison de ses réserves pétrolières et de métaux non ferreux. L’Azerbaïdjan occupe de ce fait une position stratégique concernant les tracés des oléoducs et gazoducs qui, à partir du 21e siècle, revêtiront une importance grandissante également pour l’approvisionnement des pays membres de l’Union européenne. Dans ce secteur des transports les enjeux à la fois pour l’Azerbaïdjan et les pays de transit ainsi que pour les pays importateurs sont considérables.

Au cours de la dernière décennie, l’Azerbaïdjan a émergé d’une période de turbulence et de guerre. La candidature de l’Azerbaïdjan au Conseil de l’Europe est maintenant en cours d’examen. Il s’agit d’une main tendue à la population de ce pays. C’est une invitation faite à la population pour qu’elle se joigne à la tâche difficile qui consiste à promouvoir la tolérance et les droits de l’homme et à instaurer la démocratie et la stabilité.

En parlant justement de démocratie, les autorités azerbaïdjanaises ont été accusées ces derniers mois par l’opposition de vouloir supprimer toute liberté d’expression dans le pays en prévision des élections législatives prévues en novembre.

En plus, le mois dernier Elmar Husseïnov, un des journalistes d’opposition les plus en vue d’Azerbaïdjan, a été tué par balles devant sa maison à Bakou. Il s’agit du premier cas de journaliste assassiné en Azerbaïdjan. Plus de 5 000 personnes ont assisté, le 4 mars 2005 à Bakou, aux funérailles d’Elmar Husseïnov.

L’assassin a tiré sur Elmar Husseïnov à sept reprises et deux balles auraient touché le coeur. Selon Sabir Husseïnov, le père de la victime, une panne de courant et de téléphone serait survenue à l’étage où habite son fils, quelques minutes avant le meurtre. Il aurait également entendu un bruit sourd dans l’entrée. C’est en ouvrant la porte de son appartement qu’il aurait trouvé son fils étendu sans vie sur le sol. Selon l’agence de presse locale Turan, une balle aurait été tirée dans la bouche de la victime, ce qui pourrait signifier selon le code de la mafia "Nous te punissons". Un pistolet équipé d’un silencieux aurait été trouvé à 150 mètres du lieu du crime. Des expertises balistiques et médico-légales sont actuellement en cours. Une enquête criminelle a été ouverte le 3 mars par le procureur général d’Azerbaïdjan, pour "meurtre prémédité commis avec atrocité particulière" et "possession illégale d’arme à feu" (articles 120.2.4 et 228 du code pénal).

Le journaliste assassiné était constamment harcelé par les autorités depuis quelques années. En 2001, il avait été condamné à six mois de prison après un procès pour "diffamation" engagé par Gadjibala Aboutalibov, le maire de Bakou. Le 29 juillet 2002, Husseïnov avait été condamné pour "diffamation" à payer une amende de 10 000 euros et à publier un démenti. Le ministre de la Défense, Safar Abiyev, avait porté plainte suite à la publication d’un article critique à l’égard de l’armée. Le 4 avril 2003, la cour de Yasamal avait condamné Elmar Husseïnov à payer une amende équivalant à 4 500 salaires minimaux (4 600 euros environ) en vertu des articles 147.2 et 148 du code pénal pour "diffamation" et "insulte à l’honneur et à la dignité". Le 16 octobre 2003, le journaliste avait été frappé par les forces de l’ordre alors qu’il couvrait pour l’agence Turan les manifestations qui suivirent l’élection présidentielle et qu’il faisait partie d’un groupe de journalistes clairement identifiables. Le 18 janvier 2005, le tribunal de Nizami à Bakou avait sommé Elmar Husseynov de payer 15 000 euros d’amende sous peine de voir sa responsabilité pénale engagée. Par ailleurs, Akper Hasanov, journaliste de Monitor, avait été séquestré par des militaires, le 2 février 2005, au quartier général militaire de Bakou. Les forces de police l’avaient obligé à affirmer par écrit que son article intitulé "Si la guerre éclatait demain", publié le 29 janvier 2005, avait été en fait écrit par Elmar Husseïnov.


Le Directeur général de l’UNESCO condamne l’assassinat du rédacteur en chef Elmar Huseinov en Azerbaïdjan

Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, a condamné aujourd’hui le meurtre à Bakou (Azerbaïdjan) d’Elmar Huseinov, fondateur et rédacteur en chef du magazine ’Monitor’.

"Je condamne l’assassinat d’Elmar Huseinov. Le meurtre n’est pas une méthode politique acceptable. Le droit des journalistes à exprimer leurs opinions doit être respecté, qu’on partage ou non ces opinions. Une presse libre et indépendante n’est pas un luxe, c’est une composante essentielle de la démocratie et la condition sine qua non d’un débat informé dans n’importe quelle société qui veut être libre et qui respecte l’Etat de droit", a déclaré Koïchiro Matsuura.

Elmar Huseinov, qui a fondé en 1996 le magazine Monitor, a été abattu le 2 mars. D’après les organisations internationales de défense de la liberté de la presse, il était depuis longtemps l’objet de harcèlement et de pression. Une de ces organisations, Article 19, s’est déclarée "particulièrement inquiète du croissant climat d’intolérance envers les médias".

"L’UNESCO est la seule agence des Nations Unies qui a un mandat pour défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse. L’article 1 de son Acte constitutif déclare que l’Organisation se propose "d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples". Pour y parvenir l’Organisation doit favoriser "la connaissance et la compréhension mutuelle des nations en prêtant son concours aux organes d’information des masses et recommande, à cet effet, tels accords internationaux qu’elle juge utiles pour faciliter la libre circulation des idées, par le mot et par l’image..."

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