’Je pense qu’une telle évolution de la situation était attendue’ a déclaré Vladimir Poutine en réaction au lancement de l’opération militaire en Afghanistan.
Selon le président russe, les pertes humaines colossales subies par les Etats-Unis à la suite des actes terroristes du 11 septembre " ne pouvaient pas ne pas engendrer une réaction adéquate". Vladimir Poutine a souligné que la Russie était dans cette lutte contre le terrorisme aux côtés des Etats-Unis et de ses alliés : "Dans cette terrible tragédie du 11 septembre, l’humanité a grandi. Ils (les terroristes) ne s’attendaient pas à une telle cohésion de la communauté internationale face au malheur". Cependant, le président a rappelé que la Russie ne participait pas militairement à l’opération mais ouvrait son espace aérien exclusivement aux avions américains transportant de l’aide humanitaire. Le ministère de la Défense affirme à son tour que la Russie livrait du matériel technique et militaire à l’Alliance du Nord mais excluait la participation d’équipages russes à bord des avions et hélicoptères militaires envoyés à la coalition anti-taliban. Toutefois, le vice-président au comité parlementaire sur les questions de défense, Alexeï Arbatov, affirme que des instructeurs, des conseillers et des techniciens spécialistes garantissent le bon fonctionnement du matériel russe auprès de l’Alliance du Nord. Une affirmation démentie par le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, qui déclare : "Les soldats de l’alliance sont en guerre depuis bientôt 20 ans et connaissent bien mieux notre vieille technique militaire soviétique que beaucoup de nos spécialistes des forces armées". Le ministre ajoute : "Le matériel dont ils ont besoin est le plus simple. Ils n’exigent que des kalachnikovs". Les tractations sur une possible participation militaire russe en Afghanistan, bien qu’elle soit catégoriquement exclue par le Kremlin, sont au centre des débats dans la presse et au sein de l’élite politique. Si le speaker du Parlement, Guennadi Seleznev, est certain que "la Russie parviendra à éviter une participation militaire", le vice-président de la fraction pro-présidentielle Edinstvo, un ancien combattant de l’Afghanistan, est catégorique : "La Russie ne doit en aucun cas participer à des opérations sur le terrain". Alexeï Arbatov affirme que cette participation militaire serait inévitable si les taliban contre-attaquaient et forçaient les frontières de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan : "La Russie devra alors contrecarrer ces attaques et défendre les républiques d’Asie centrale car de leur sécurité dépend celle de notre pays". Or, selon le président du comité parlementaire sur les questions de défense, la Russie ne peut en aucun cas s’engager dans une nouvelle opération militaire "sans avoir régularisé la situation en Tchétchénie et guéri les blessures de la dernière guerre en Afghanistan".
Izvestia, Vremia Novosteï, Kommersant 9-10-01 ; Kommersant, Nezavissimaïa gazeta 11-10-01