Le futur président de Russie Dmitri Medvedev a promis une politique étrangère ferme mais de ’non confrontation’ avec l’Occident et est resté très prudent sur sa conception de la démocratie, dans sa première interview depuis son élection le 2 mars.
"La Russie mène et continuera à mener une politique étrangère équilibrée, visant à défendre ses intérêts dans un esprit de non confrontation, de façon à renforcer la sécurité mondiale", a-t-il dit au quotidien britannique Financial Times paru mardi.
M. Medvedev, qui s’est encore très peu exprimé sur les sujets internationaux, a repris à son compte les critiques du président sortant Vladimir Poutine sur l’expansion de l’Otan aux frontières de la Russie.
"Nous ne sommes pas contents à propos de la situation autour de la Géorgie et de l’Ukraine (...) Aucun Etat ne peut être satisfait d’avoir des membres d’un bloc militaire auquel il n’appartient pas être proches de ses frontières", a déclaré le président élu, qui prendra ses fonctions le 7 mai.
Au passage, M. Medvedev emboîte le pas à M. Poutine qui a averti l’Occident que le futur président de Russie ne serait pas un partenaire plus facile que lui. Très attendu sur la démocratie et les droits de l’Homme, après des discours de campagne qui l’ont fait paraître plus libéral que son prédécesseur, le futur président se montre assez modeste.
Si cet ancien professeur de droit revendique le caractère "universel" de la démocratie, il relève aussi les particularités "historiques et nationales" dans chaque pays, notamment en Russie où la démocratie "très jeune, a moins de 20 ans".
Celui qui a vanté dans ses derniers discours "la liberté, meilleure que l’absence de liberté" semble toutefois plus donner la priorité aux "libertés économiques" que politiques.
Commentant l’évolution des médias sous la présidence Poutine (2000-2008), M. Medvedev, qui ne se départit guère de l’héritage de son mentor, ne voit que du positif, passant sous silence leur reprise en main par le Kremlin et leur grande proximité avec le pouvoir.
"Nos médias ont fait beaucoup de chemin ces huit dernières années. De médias faibles et étiolés qui servaient les intérêts de groupes économiques isolés, ou de particuliers, ils se sont transformés en une puissante force sociale", estime-t-il.
Pour preuve de leur "renforcement", il évoque leur capitalisation passée d’un milliard de dollars à 50 milliards, selon lui, et voit dans la diversité des sites internet, pour certains critiques du pouvoir, le signe d’un "libre accès à l’information".
Sur une autre affaire qui symbolise les années Poutine, l’arrestation du Pdg de Ioukos Mikhaïl Khodorkovski et le démantèlement de son groupe, jugés largement politiques, M. Medvedev n’ouvre pas vraiment la porte même s’il reste là aussi ferme. Evoquant "l’indépendance de la justice", il estime que "personne ne devrait interférer, pas plus le doyen du village que le président du pays". "Il faut agir dans le cadre de la loi", ajoute-t-il, alors que le président a le pouvoir de gracier en Russie.
M. Medvedev s’attache par ailleurs à rassurer sur son futur "tandem" avec M. Poutine, qui doit devenir son Premier ministre, évoquant un partage très "clair" des pouvoirs dans la Constitution et "l’amitié et la confiance" qui les lient. "Je suis certain que ce tandem fera montre d’une efficacité absolue", dit-il.