IntErview du vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Saltanov portant sur la politique africaine de la Russie
Question :
Quelle est la politique russe à l’égard des pays africains ?
Réponse :
L’Afrique est l’un des volets importants de la politique étrangère russe. Nous sommes intéressés à renforcer la coopération multiforme russo-africaine.
La Russie et les pays africains sont liés par l’amitié et le respect réciproque. Il est notoire que notre pays a beaucoup fait pour la libération des Etats africains du joug colonial et pour leur développement économique, politique et national.
C’est un plaisir de voir les relations russo-africaines se dynamiser. Les parties intensifient leur dialogue politique, coopèrent de façon constructive dans l’arène internationale, plus spécialement en ce qui concerne le renforcement du rôle central de l’ONU dans le maintien de la paix et de la stabilité, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.
Nous nous félicitons de l’évolution de la coopération économique, de la multiplication des échanges commerciaux. Les parties approfondissent leurs liens interparlementaires et interrégionaux, élargissent leurs contacts dans la santé publique, l’éducation et d’autres domaines.
Je voudrais souligner que nous nous rendons compte des soucis des Africains. Nous voyons bien les difficultés qui les empкchent de réaliser des tвches économiques et sociales , ainsi que de régler d’autres problèmes sensibles.
La Russie soutient largement les efforts internationaux visant а créer des conditions pour le développement stable de l’Afrique, а mettre en place des mécanismes fiables de garantie de la paix et de la sécurité sur le continent.
Nous appliquons avec cohérence une politique répondant aux intérêts de l’Afrique а l’Organisation des Nations Unies, au sein des organisations financières internationales et dans le cadre du G-8, et le sommet d’Evian vient de le confirmer.
L’aide russe а l’Afrique consiste surtout à alléger le fardeau de la dette pesant sur les pays africains dans le cadre de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés). En 1998-2002, la Russie a passé l’éponge sur 11,2 milliards de dollars de dettes africaines, dont 3,4 milliards de dollars l’année dernière.
Nous accordons des préférences commerciales aux pays africains. Le régime de préférence concerne plus de 80% des importations russes en Afrique.
Notre assistance permet à l’Afrique d’assurer la formation des cadres et d’améliorer le système de santé publique. Les Etats africains se voient attribuer près de 800 bourses d’études russes par an. Des enseignants et des médecins russes travaillent dans certains pays du continent. La Russie aura transmis 20 millions de dollars au Fonds global contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme pendant la période de 2002-2006. A ce jour, la Russie a déjà versé 5 millions de dollars а cette institution.
Les pays africains bénéficient d’une aide humanitaire pour l’élimination des séquelles de calamités naturelles. En 2002-2003, la Russie a accordé une aide à l’Algérie, à l’Ethiopie et à l’Erythrée. La contribution russe a permis au Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies de distribuer des denrées alimentaires pour un million de dollars en Angola. Cette année, la Russie a également versé 2 millions de dollars au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés destinés à financer des opérations humanitaires en Afrique.
Nous continuerons de participer à l’octroi d’une assistance internationale au continent africain.
Question :
Quelle est l’attitude de Moscou vis-а-vis de la création de l’Union africaine ?
Réponse :
La création de l’Union Africaine (UA) a marqué une nouvelle étape dans la vie de l’Afrique. Ses activités visant à élaborer une politique commune des pays africains concernant le règlement et la prévention des conflits régionaux et la réalisation de réformes économiques et sociales revкtent d’une grande importance pour la destinée du continent. Nous jugeons indispensable de lancer les structures et organes principaux de l’Union. Prenant appui sur les bonnes traditions des rapports avec l’Organisation de l’Unité Africaine, nous allons consolider la coopération avec l’Union Africaine et les organisations régionales africaines, y compris avec la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) dont le secrétaire exécutif Prega Ramsamy a récemment visité Moscou.
Question :
Quelle est la position russe à l’égard du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique ?
Réponse :
Nous nous félicitons de l’adoption par l’organisation panafricaine du programme "Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique" (NEPAD) qui est appelé à éradiquer la pauvreté au moyen de la croissance accélérée du PIB et à promouvoir un développement économique stable de la région. Nous sommes persuadés que les pays africains doivent prendre des mesures énergiques et cohérentes dans ce domaine stratégique. Nous saluons l’aspiration de la société africaine à réaliser ce programme.
Question :
Quelle est la contribution russe à la réalisation du Plan d’action du G8 pour l’Afrique ?
Réponse :
J’ai déjа évoqué les paramètres essentiels de l’assistance accordée par la Russie au continent africain, y compris dans le cadre du Plan d’action du G8 pour l’Afrique adopté il y a plus d’un an au sommet de Kananaskis. Nous collaborons avec nos partenaires du G8 dans ce domaine. Nous élaborons des mesures à prendre pour soutenir les objectifs du NEPAD.
Le représentant spécial du président russe pour les liens avec les dirigeants des pays africains Nodari Simonia, directeur de l’Institut russe de l’économie mondiale et des relations internationales, et le ministère russe des Affaires étrangères ont pris une part active à la mise au point du Plan d’action. Des experts russes ont participé à la mise sur pied d’un plan commun de développement des capacités africaines pour entreprendre des opérations de maintien de la paix, y compris au niveau régional, qui a été entériné au sommet d’Evian.
Question :
Quelle est la position russe à l’égard des conflits africains ?
Réponse :
Moscou est préoccupé par la persistance de nombreux foyers de tension en Afrique. Nous préconisons une réaction internationale rapide et adéquate à ces défis, une coopération étroite entre l’ONU, son Conseil de Sécurité et les structures régionales et subrégionales dans le règlement des conflits en Afrique.
La garantie d’une paix plus stable est une condition sine qua non du règlement des autres problèmes africains. Nous sommes persuadés que les Africains doivent adopter une position active pour progresser sur ce volet. Nous saluons les efforts appropriés de la communauté africaine.
La Russie prend une part active à toutes les opérations de médiation et de maintien de la paix en Afrique conformément à son statut au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ses observateurs, représentants et contingents, soit quelque 200 militaires dont les hommes de l’unité d’hélicoptères et les policiers, participent aux opérations onusiennes dans la République Démocratique du Congo, au Sahara occidental, en Sierra Leone, en Ethiopie et en Erythrée. Il a été décidé d’envoyer des militaires russes au sein d’une mission des Nations Unies en Côte-d’Ivoire.