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imprimer cet article  La lutte contre les financements des terroristes peuvent favoriser la croissance russe

27/10/2001
Les mesures internationales de lutte contre les financements des terroristes peuvent être favorables à la croissance russe, estiment des économistes.

PARIS - Les nouvelles mesures que préparent les Etats-Unis pour réglementer les flux de capitaux afin de lutter contre le terrorisme international devraient contribuer à un retour de capitaux en Russie, ont expliqué des économistes réunis à Paris le 24 octobre.

Ce retour d’une partie des quelque 200 milliards de dollars, que les experts estiment avoir fui la Russie ces dix dernières années, pourraient assurer un renforcement du flux d’investissements. Il est actuellement indispensables pour assurer une pérennisation de la forte croissance que connait la Russie depuis 2 ans.

Au cours de 2 journées organisées par le CFCE (Centre français du commerce extérieur) et consacrées aux échanges avec la Russie, des économistes et des entrepreneurs français ont souligné que la forte croissance enregistrée en Russie depuis deux ans avec près de 8% en 2000, plus de 5% prévus en 2001 et 4,2% espérés en 2002 n’était pas suffisante pour retrouver "avant douze ans" le niveau de 1991.

Une assistance inhabituellement nombreuse d’entrepreneurs, banquiers et consultants français, témoignage du nouvel intérêt pour la Russie auquel l’amélioration du climat économique et politique n’est sans doute pas étranger a assisté à ces "journées Russie".

MM. Christophe Cordonnier, vice-président du East-West institute et président du cercle Kondratieff, et Jacques Sapir, directeur de recherches à l’école des hautes études en sciences sociales, ont estimé que la Russie reste "en deça de son potentiel de croissance" et que le "flux d’investissement actuel de 16% du PIB est insuffisant". Pour eux "25 à 30% du PIB seraient nécessaires pour redéployer l’appareil industriel et permettre une substitution aux importations".

Bien que la Russie soit actuellement "le pays émergent ayant la conjoncture la plus favorable" où "le rendement du capital est le plus élevé et la valorisation des entreprises potentiellement en forte hausse", des obstacles demeurent pour assurer le flux souhaitable d’investissements "aussi bien privés que publics", soulignent ces économistes.

Les investissements publics sont indispensables pour assurer une meilleure productivité des entreprises et améliorer le système de santé public. C’est une priorité en Russie pour enrayer la chute démographique qui provoque une baisse de population de près de 600.000 personnes par an. La dimension du problème touche aussi à l’avenir de l’Europe tout entière.

Parmi les obstacles aux investissements, selon les économistes et entrepreneurs du terrain présents, l’absence d’un véritable système financier. Ce dernier se relève peu à peu de la crise d’août 1998 et les salaires peuvent maintenant être virés sur des comptes de même qu’on trouve par exemple des distributeurs de billets de banque dans toutes les grandes villes mais il n’y a pas encore de de système de crédit privé à la mesure des besoins.

Les obstacles administratifs et bureaucratiques continuent à peser même s’ils ont été sensiblement diminués par le train de réformes du ministre du développement économique Guerman Greff. Sa réforme fiscale de l’an dernier notamment a été "une divine surprise" selon des entrepreneurs français travaillant en Russie.

La faible intégration dans le système économique mondial et le manque de légitimité encore fortement ressenti par la population des privatisations de l’époque Eltsine "basées sur le vol", selon M. Sapir, sont également des obstacles.

Les investissements étrangers sont encouragés par le gouvernement mais perçus comme une concurrence peu souhaitable par des oligarques russes. Ce qui explique l’opacité à laquelle se heurtent parfois au niveau micro-économiques des investisseurs étrangers, ont relevé plusieurs intervenants.

Pour ce qui est du mouvement de retour des capitaux qui ont fui la Russie et qui devrait être encouragé par les réglementations anti-terroristes, il s’est accéléré depuis 18 mois.

Chypre, où de nombreux Russes avaient placé leurs "économies" dans des sociétés off shore, est devenu le second pays investisseur en Russie. D’autre part, de nombreux secteurs manufacturiers sont rachetés par des sociétés de matières premières (pétrole, gaz, métaux) qui se sont jusqu’à présent abstenues de le faire et qui disposent d’un important "trésor de guerre" à l’étranger. Ces mêmes sociétés se lancent aussi dans une stratégie d’investissements à l’étranger, surtout dans l’ancienne URSS et particulièrement en Ukraine.

"Le risque est de voir l’économie russe controlée à terme par une dizaine de très gros oligarques", a souligné M. Cordonnier.

Dimitri de Kochko

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