Michel Chossudovsky, professeur d’économie à l’école d’Ottawa et chercheur au Centre de recherche sur la globalisation, revient sur le rôle essentiel de la CIA dans la guerre en Tchétchénie. Les principaux chefs rebelles tchétchènes ont été entraînés et endoctrinés dans des camps de la CIA en Afghanistan. Selon Yossef Bodansky, directeur du cabinet de lutte antiterroriste du Congrès, la guerre en Tchétchénie a été planifiée pendant un congrès secret qui s’est tenu en Somalie en 1996.
Le Saoudien Oussama Ben Laden a été recruté pendant la guerre entre l’Union soviétique et l’Afghanistan, "ironiquement, sous les auspices de la CIA, pour combattre les envahisseurs soviétiques" : "la plus grande opération de l’histoire de la CIA a été lancée en réponse à l’invasion soviétique visant à soutenir le gouvernement prosoviétique de Babrak Kamal". Avec l’aide active de la CIA et des services secrets pakistanais, qui voulaient transformer la guerre en Afghanistan en une guerre de tous les Etats musulmans contre l’Union soviétique, quelque 35000 musulmans extrémistes de 40 pays différents ont rejoint les combattants afghans entre 1982 et 1992. Le jihad islamique a été encouragé par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, une partie significative des fonds provenant du trafic de drogue.
Depuis la guerre froide, Washington a soutenu Ben Laden tout en le plaçant sur la liste des terroristes recherchés. Les organisations qui sont présentées comme une menace pour les Etats-Unis et rendues responsables des attentats sont un élément clé dans les opérations des services secrets américains dans les Balkans et en Union soviétique. Faire connaître cette réalité au monde, c’est empêcher Bush et son administration de s’embarquer dans une aventure militaire qui menace l’avenir de l’humanité.
La guerre en Tchétchénie
En ce qui concerne la Tchétchénie, les principaux dirigeants rebelles, Shamil Basayev et Al Khattab, ont été entraînés et endoctrinés dans les camps financés par la CIA en Afghanistan et au Pakistan. Selon Yossef Bodansky, directeur de la task force du Congrès sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle, la guerre en Tchétchénie a été planifiée au cours d’un sommet secret de l’internatonale HizbAllah tenu à Mogadiscio, en Somalie, en 1996. Ce sommet était suivi par Osama Ben Laden, ainsi que par des responsables de haut rang des services secrets iraniens et pakistanais. Ainsi, l’implication de l’ISI pakistanaise en Tchétchénie « dépasse largement la fourniture d’armes et d’experts : l’ISI et ses affidés islamiques radicaux prennent directement part à la guerre. »
Les principaux pipelines de Russie transitent par la Tchétchénie et le Daghestan. En dépit de la condamnation du terrorisme musulman par Washington, les grandes compagnies pétrolières anglaises et américaines, qui rivalisent pour le contrôle des ressouces pétrolières et des pipelines du bassin de la mer Caspienne, bénéficient directement de la guerre en Tchétchénie.
Les deux principales armées rebelles de Tchétchénie (dirigées respectivement par le commandant Basayev et par l’émir Khattab), estimées à 35’000 hommes, ont été soutenues par l’ISI pakistanaise, qui a aussi joué un rôle prépondérant dans l’organisation et l’entraînement des forces rebelles tchétchènes : « [En 1994] l’ISI pakistanaise a organisé un entraînement à la guérilla, doublé d’un endoctrinement islamique intensif, pour Besayev et ses lieutenants, dans la province afghane de Khost, au camp d’Amir Muawia, établi dans le début des années 80 par la CIA et l’ISI, et dirigé par le seigneur de la guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar. En juillet 1994, après être sorti d’Amir Muawia, Basayev fut transféré au camp de Markaz-i-Dawar, au Pakistan, pour y recevoir un entraînement aux tactiques les plus sophistiquées de la guérilla. Au Pakistan, Basayev a rencontré les officiers de l’armée et des services secrets pakistanais du plus haut rang : le Ministre de la défense, le général Aftab Shahban Mirani, le Ministre de l’intérieur, le général Naserullah Babar, ainsi que le chef de la branche de l’ISI chargée de soutenir la cause islamique, le général Javed Ashraf (tous aujourd’hui à la retraite). Ces connections de haut niveau se sont révélées rapidement très utiles pour Basayev ».
Suite à ce stage de formation et d’endoctrinement, Basayev fut chargé de donner l’assaut aux troupes fédérales russes dans la première guerre de Tchétchénie en 1995. Son organisation avait aussi développé des liens étendus avec le crime organisé en Albanie, ainsi qu’avec l’UCK. En 1997-1998, selon le Service de Sécurité Fédéral de Russie, « les seigneurs de la guerre tchétchènes ont commencé à acquérir des propriétés au Kosovo... par l’intermédiaire de sociétés immobilières enregistrées, comme couverture, en Yougoslavie (Kosovo) ».
L’organisation de Basayev a aussi été impliquée dans nombre de rackets touchant les narcotiques, le prélèvement illégal de pétrole et le sabotage des pipelines russes, le kidnapping, la prostitution, le trafic de faux dollars et la contrebande de matériel nucléaire (...) Avec ceux du blanchiment de l’argent de la drogue, les revenus de ces diverses activités illicites ont été mis à contribution pour le recrutement de mercenaires et l’achat d’armes. Au cours de son entraînement en Tchétchénie, Shamil Basayev s’est lié avec le vétéran moudjahidin Al Khattab, né en Arabie Saoudite, qui avait combattu comme volontaire en Afghanistan. Quelques mois à peine après le retour de Basayev à Grozny, Khattab fut invité (au début de 1995) à établir une base armée en Tchétchénie pour l’entraînement des combattants moudjahidin. Selon la BBC, l’invitation de Khattab en Tchétchénie avait été « arrangée par l’Organisation d’Entraide [internationale], basée en Arabie Saoudite, une organisation religieuse militante fondée par les mosquées et des individus fortunés qui acheminaient des fonds en Tchétchénie ».