Le rôle joué par Jacques Chirac dans l’histoire de la Russie ne pourra être objectivement apprécié que par les générations futures.
Né le 29 novembre 1932, le président français est l’un des doyens des dirigeants de ce monde et l’un des plus anciens en exercice. À deux mois seulement de la fin de son mandat, il répète depuis toujours qu’il ne faut pas humilier la Russie : "À ma connaissance, la Russie est un pays ami !".
Pour Jacques Chirac la France et la Russie représentent "une rencontre entre deux vieilles nations qui se connaissent bien, qui s’estiment et entre lesquelles l’Histoire a créé des liens puissants".
En Russie, on a des sentiments particuliers pour la France, au fil des siècles. Nous ne doutons pas que le potentiel particulier entre la Russie et la France est non seulement préservé mais devrait être développé. Ce potentiel devrait être développé puisque nous avons des domaines de coopération où les relations entre la Russie et la France sont irremplaçables.
Le haut niveau de la compréhension mutuelle entre la France et la Russie s’est également manifesté dans le domaine des relations bilatérales.
Vladimir Poutine : "Les relations franco-russes jouissent de bonnes perspectives et que nous avons en la personne de la France un bon partenaire pour garantir la paix dans le monde. Il n’y a pas de doute, la coopération entre la Russie et la France est conforme aux intérêts nationaux des deux États".
Nos relations culturelles sont anciennes, elles sont importantes et elles se développent de façon spectaculaire avec les grands projets comme le tricentenaire de Saint-Petersbourg, l’exposition franco-russe "Quand la Russie parlait français", l’inauguration de la statue du général de Gaulle à Moscou...
Dans le domaine bilatéral, selon Vladimir Poutine : "Nous avons relancé un large programme de rencontres bilatérales dans tous les domaines, à commencer par la Commission des Premiers ministres, et toute une série de réunions au niveau ministériel".
S’agissant des affaires stratégiques, selon Jacques Chirac : "Nous avons une analyse assez commune et une inquiétude commune pour ce qui concerne la situation au Proche-Orient et nous appelons à la modération, au retour à un processus de paix, aux voies du processus de paix. Nous avons une approche commune en ce qui concerne les Balkans".
Le futur président français sera pour la Russie un interlocuteur plus réservé que Chirac (Vremia Novosteï)
Avec le départ de Jacques Chirac, après ceux de l’italien Silvio Berlusconi en 2006 et de l’allemand Gerhard Schroeder en 2005, le président Poutine a perdu son dernier "ami" en Europe, soulignait la presse russe.
"Les amis personnels du président russe - Schroeder, Berlusconi, Chirac - sont remplacés par des leaders qu’il sera difficile "de tutoyer ou de côtoyer comme des amis de la famille".
De toute évidence, il ne faut pas s’attendre à ce que le président Sarkozy manifeste à l’égard de la Russie l’ardente sympathie que Jacques Chirac lui avait réservée tout au long de son deuxième mandat.
Si Sarkozy a pu reprocher à Jacques Chirac d’avoir serré la pogne de Poutine, la Russie ne conserve pas moins une certaine "estime" envers le candidat UMP et le fait même savoir, via presse interposée.
"Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy est avocat de formation. Par conséquent c’est un pragmatiste armé d’un cynisme sain", selon RIA Novosti.
Enfin c’est surtout le côté pragmatique de Nicolas Sarkozy qui est apprécié, sous entendu la Russie pourra très certainement discuter avec lui en termes gagnant-gagnant notamment sur la politique gazière et le partenariat avec Airbus, choses sur lesquelles Ségolène Royal pourrait se montrer moins "compréhensive".
Cela n’empêche tout de même pas la presse russe de jeter quelques pics ici ou là au candidat UMP. Les perspectives de la coopération russo-française seront meilleures si Nicolas Sarkozy devient président français, a estimé récemment dans une interview à la presse russe Nezavissimaïa gazeta, Georges Sokoloff, conseiller au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII).
Selon lui, si les relations économiques de la France avec la Russie se politisent quand même, ce sera plutôt par la faute de Ségolène Royal. La raison en est, d’après M. Sokoloff, qu’historiquement, les socialistes "n’aiment pas" la Russie. Se basant sur les dernières déclarations de Ségolène Royal, l’expert estime que la candidate socilaiste ne devrait pas hésiter à critiquer Moscou pour ses positions en Tchétchénie. A noter tout de même, que lors de son "passage à l’oral" du 19 février dernier, Ségolène Royal a omis de citer la Russie parmi les grandes puissances, ce qui pour ma part m’a quelque peu choqué, car c’est tout de même oublié un peu promptement les volontés hégémoniques de Poutine et la dépendance de l’Europe par rapport à ses approvisionnements en gaz russe.
Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, « il ne s’ingérera pas dans les affaires des entreprises françaises en Russie », semble convaincu le professeur Sokoloff.
Il estime que le patriotisme et le pragmatisme sont des traits distinctifs tant de Nicolas Sarkozy que de Vladimir Poutine. Et c’est déjà une plate-forme permettant de trouver un langage commun, a-t-il ajouté. Mais – selon lui - il en va tout à fait autrement avec Mme Royal.
D’après Georges Sokoloff, Nicolas Sarkozy aura sans doute pour priorité essentielle le développement et la croissance économique de la France, ainsi que la conquête de marchés extérieurs. Pour le bien de la France, il coopérera avec la Russie sans que des préventions politiques quelconques puissent l’arrêter. Et dans cette coopération, il s’appuiera sur les milieux des affaires.
Néanmoins tout n’est pas totalement rose entre Moscou et Sarkozy, ainsi lors de l’interpellation du milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov à Courchevel, la presse russe faisait état d’hypothèses de toutes sortes, certains estimant même que « le russophobe franco-hongrois Nicolas Sarkozy » aurait ainsi trouvé un moyen original de lancer sa campagne électorale.