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imprimer cet article  La Russie ne voit pas de raisons aux actions de force en Irak

21 février 2003
Interview de S.V.Lavrov, Représentant permanent de la Russie à l’ONU, publiée au journal ’Vrémya novostey (Le Temps des infos)’ sous le titre ’La Russie ne voit pas de raisons aux actions de force en Irak’ le 21 février 2003.

Question : Les USA et la Grande-Bretagne se préparent à présenter au Conseil de Sécurité de l’ONU le projet de la seconde résolution sur l’Irak, qui, selon eux, leur déliera les mains pour utiliser la force contre Bagdad. Quelle sera la position de la Russie, si ce projet paraît ?

Réponse : Cela dépendra de son contenu. Dans tous les cas, comme l’ont confirmé le Président et le Ministre des affaires étrangères de la Russie, actuellement, nous ne voyons pas de raisons aux actions de force. Dans les conditions où l’Irak coopère toujours plus activement avec les inspecteurs de l’ONU et réagit à leurs demandes et désirs concrets, le Conseil de Sécurité n’a pas besoin d’adopter une nouvelle résolution. S’il s’agit du besoin des inspecteurs d’avoir un supplément au mandat qu’ils ont déjà, - alors, certes, nous verrons s’il faut pour cela adopter la résolution. Les dirigeants russes ont plusieurs fois dit que si l’Irak commence à bloquer le travail des contrôles et arrête sa coopération avec les inspecteurs, on sera aussi en présence d’une nouvelle situation... Pour le moment, nous ne voyons aucune raison à ce que le CS change de cap, défini à l’unanimité par la résolution 1441.

Question : On affirme qu’à la séance du CS du 14 février, les USA se sont trouvés isolés, et que cette circonstance avait fait reporter la date de leur opération militaire...

Réponse : Je ne crois pas en général correct de considérer le problème sur ce plan. Excusez-moi, mais ce ne sont que des ragots des dilettantes. Ce n’est pas la situation où le vecteur majeur du travail du CS de l’ONU consiste à isoler quiconque. De notre point de vue, l’essentiel est de garantir la cohésion du conseil sur la base de la ligne qui est approuvée par la résolution 1441. Et donc, de maintenir aux inspecteurs tous les pouvoirs nécessaires pour qu’ils prennent conscience de l’existence en Irak d’armes d’extermination massive ou non. Et ils s’en occupent. A la dernière séance, M.M. H.Blix et M.ElBaradei ont confirmé ne pas posséder de donnés confirmant que l’Irak continue le travail dans le domaine d’armes d’extermination massive. Tells sont les faits. Et, selon moi, les participants de la séance du CS de l’ONU du 14 février, sont tombés d’accord à l’unanimité.

Question : Comment, selon vous, les événements autour de l’Irak vont-ils évoluer ?

Réponse : Le CS de l’ONU poursuivra à s’occuper de ce problème. Le 1er mars, arrivera un nouveau rapport, officiel cette fois, des inspecteurs sur leur activité. Et avant, aura lieu la séance du Commission pour le monitorage, au travail de laquelle participera aussi le représentant russe, You.V.Fédotov, Vice-Ministre des affaires étrangères. Pour cette séance, Hans Blix préparera la liste des propositions et questions concrètes qu’on aura besoin d’éclaircir. Ce ne sera plus une illustration de ce que l’Irak devra faire, mais une énumération exhaustive des critères, auxquels l’Irak devra correspondre. Nous avons lutté toutes ces dernières années pour avoir ce document. Et nous espérons qu’une fois approuvé par la Commission de monitorage, il sera entériné par le Conseil de Sécurité également.

Question : Est-ce que l’ONU arrive à suivre l’évolution des événements ? Ne pourra-t-on pas avoir sur le dos la situation où, après le début des actions militaires unilatérales des USA et de leurs alliés contre Bagdad, l’ONU sera en général privée de la possibilité d’influer sur la situation et perdra définitivement son prestige ?

Réponse : Je ne crois pas que l’ONU perde son rôle dans le monde moderne. Quelle que soit l’évolution des événements autour de tel ou tel autre problème, ces dernières années, l’ONU n’a fait que renforcer son prestige. Je ne veux pas faire d’analogies, mais quand l’OTAN a passé outre l’ONU pour régler le problème de Kosovo, quant la Yougoslavie avait été attaquée sans même une tentative de discuter ce problème au CS, et quand la majorité des membres de l’ONU n’avaient pas soutenu cette action unilatérale, c’est en définitive par les mécanismes de l’ONU, par la mise au point d’une résolution du CS que le règlement pacifique et le basculement de la situation du lit de force dans le lit politique ont eu lieu. Je ne veux pas prophétiser, si la même chose peut se produire dans la situation autour de l’Irak. Je veux souligner par l’exemple de Kosovo que sans l’ONU, tout gros conflit dans le monde moderne qui dépasse les cadres d’un pays et qui a une dimension régionale, ou, plus largement, internationale, ne peut être efficacement réglé. Ce conflit n’aura pas de chances de règlement sans le rôle coordonnateur de l’ONU.

Question : Est-ce que l’apparition à l’ordre du jour du CS de la question sur le programme nucléaire de la Corée du Nord ne deviendra pas une nouvelle « pomme de discorde » ?

Réponse : Nous croyons qu’il n’y a rien de spécial à ce que ce problème soit levé au Conseil de Sécurité. Comme on sait, le gouvernement même de la RPDC a adressé des lettres au Secrétaire Général de l’ONU et au Président du CS, qui les informaient de sa position dans le problème du retrait du Traité de la non-prolifération d’armes nucléaires. Le 12 février, le Bureau des directeurs de l’AIEA a adopté la résolution longtemps discutée, qui, en plus du paragraphe sur la violation par Pyongyang de ses obligations du TNPAN, contient celui qui attire l’attention du Secrétaire Général et du CS de l’ONU à ce problème. Cette procédure est prévue par le Traité de la non-prolifération même et par les règles de l’AIEA. Nous ne nous sommes pas abstenus, parce que nous ignorons les bases juridiques pour faire ce pas, mais puisque nous sommes persuadés qu’en pratique, ce problème, compte tenu de tous les facteurs, peut être réglé dans le cadre du dialogue direct entre les USA et la RPDC. Les deux parties, à propos, sont d’accord avec cela. Cependant, nos partenaires américains croient qu’il serait utile de faire jouer les cadres multilatéraux, puisque le problème concerne toute la péninsule Coréenne et les régions voisines en général. Nous n’avons pas d’objections et sommes prêts à travailler au format multilatéral avec la RPDC, y compris en utilisant les mécanismes du CS, mais à la condition obligatoire de comprendre que ce processus ne sera pas isolé, mais va accompagner le dialogue bilatéral entre Washington et Pyongyang. C’est là que je vois la clé du règlement de ce problème.

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