Bien entendu, j’aimerais voir un tel élargissement. Je serais très heureux si nous avions, par exemple, l’Ukraine dans le Groupe Pompidou. Cela offrirait à l’Ukraine une bonne occasion de renforcer son appartenance à la famille européenne...
L’Ukraine se situe aux marges de l’Europe. Par opposition, par exemple, à la Pologne, où l’Europe est présente dans la plupart des aspects de la vie politique, intellectuelle et sociale, le fait d’être « Européen » renvoie à autre chose en Ukraine. C’est, tout d’abord, une manière d’exprimer son hostilité à la Russie, de faire un choix, auquel ces pays son souvent confrontés, entre l’Europe et la Russie. Ces « marges de l’Europe » constituent un enjeu dans le contexte des élargissements prochains dans la mesure où l’UE disposera d’une frontière commune avec la Biélorussie et l’Ukraine.
Interview de Piotr Jablonski, président des Correspondants Permanents du Groupe Pompidou
En novembre 2006, les ministres se sont réunis à Strasbourg pour adopter un nouveau programme de travail, qui sera mis en œuvre par le Groupe Pompidou entre 2007 et 2010. A l’issue de cette conférence, votre pays – la Pologne – a pris la présidence du Groupe Pompidou succédant ainsi aux Pays-Bas.
Question :
Pourriez-vous nous dire comment vous voyez l’avenir du Groupe Pompidou et quelles sont vos priorités d’action pour les quatre prochaines années ?
Piotr Jablonski :
J’estime que les Pays-Bas ont fait des progrès notables en ce qui concerne le Groupe Pompidou et, eu égard au travail vraiment considérable accompli par mon prédécesseur, Bob Kaiser, et par le secrétariat du Groupe Pompidou au cours de la période écoulée, nous sommes maintenant en mesure d’établir une nouvelle mission pour le Groupe Pompidou et un nouveau cadre pour notre travail. Le point principal, c’est que le Groupe Pompidou est la seule institution d’Europe qui fasse porter l’essentiel de ses efforts sur la qualité plutôt que sur la quantité des tâches. Notre mission est de contribuer aux efforts internationaux de réduction de la demande et de l’offre de stupéfiants à l’aide de différents outils. Nous allons nous appuyer à la fois sur la politique, les bonnes pratiques et la recherche et fonder sur ces trois piliers nos réponses à la situation en matière de drogue. Je pense aussi que le rôle de passerelle du Groupe Pompidou est très important car, même si la majorité des Etats d’Europe sont membres de l’Union européenne, il y a encore beaucoup d’Etats d’Europe de l’Est comme la Russie, l’Ukraine, la Moldova, mais aussi d’autres Etats comme la Norvège, la Suisse et la Turquie, qui n’en font pas partie.
Question :
Vous nous dites que le rôle de passerelle est très important, surtout à l’égard des Etats qui ne font pas partie de l’Union européenne. Comme voyez-vous le rôle du Groupe Pompidou parallèlement à d’autres organisations internationales dans ce domaine, notamment à côté des organes de l’Union européenne, et voyez-vous des moyens permettant d’améliorer la coopération du Groupe Pompidou avec eux ?
Piotr Jablonski :
J’aimerais revenir sur un point que j’ai évoqué – il s’agit de la qualité. Je pense que le Groupe Pompidou est vraiment en mesure de créer un réseau international d’institutions et d’experts qui s’efforceront de venir à bout du problème des doublons, et éviter, entre les différentes institutions, les activités et les programmes de travail qui feraient double emploi. Sur cette base, nous pourrons aussi créer un réseau de personnes qui nous permettra non seulement d’éviter de tels chevauchements mais aussi de rendre la coopération internationale plus cohérente, plus exhaustive. C’est donc à cela que ressemblera la tâche ou la mission supplémentaire du Groupe Pompidou.
Question :
Vous avez l’impression que la coopération internationale a besoin de plus de cohérence, de transparence ? Y a-t-il quelque chose qui manque peut-être maintenant à votre avis ?
Piotr Jablonski :
Je constate simplement qu’il y a beaucoup d’institutions internationales qui s’occupent des problèmes de drogue et qui mettent parfois l’accent sur le même sujet, ce qui conduit inévitablement à des doublons. C’est pourquoi je suis convaincu que le Groupe Pompidou peut réunir ces institutions, réunir des experts et les aider à établir une coopération internationale de manière bien plus efficace et bien plus claire.
Question :
Cela serait-il l’un des résultats concrets ou des résultats pratiques qu’il vous faut atteindre dans le cadre de votre nouveau programme de travail ?
Piotr Jablonski :
Si, comme je l’ai dit précédemment, nous adoptons une approche qui conjugue politique, bonnes pratiques et recherche, nous serons en mesure de fournir des informations sur les nouvelles tendances, sur les nouveaux besoins, sur les nouvelles attentes en ce qui concerne les politiques en matière de drogue. Par exemple, nous avons déjà commencé à discuter au sein du Groupe Pompidou de la polytoxicomanie ou consommation de drogues multiples.
Question :
De quoi s’agit-il ?
Piotr Jablonski :
Nous considérons les drogues comme des substances illicites, mais ce qui est très fréquent en Europe à l’heure actuelle c’est que les gens prennent différents types de drogues – des drogues licites, comme l’alcool et les médicaments, combinées à des drogues illicites.
Question :
Comme les drogues du viol ?
Piotr Jablonski :
Oui, exactement. C’est pourquoi nous devons élargir nos discussions. Nous ne pouvons pas nous intéresser uniquement à la manière de lutter contre les substances illicites, nous devons aussi observer la manière d’aborder la réduction de la demande. Pour des raisons d’ordre politique ou privé, la réduction de l’offre suscite souvent plus d’attention que celle de la demande.
Question :
Et vous essayez de mettre plus l’accent sur la demande ?
Piotr Jablonski :
Non, je pense qu’il faut conserver une approche équilibrée entre les deux.
Question :
J’aimerais qu’on revienne à ce que le Groupe Pompidou pourrait offrir à des pays, surtout d’Europe de l’Est, qui sont encore en dehors de l’Union européenn. Est-ce qu’un nouvel élargissement de la composition du Groupe Pompidou constitue une priorité ?
Piotr Jablonski :
Bien entendu, j’aimerais voir un tel élargissement. Je serais très heureux si nous avions, par exemple, l’Ukraine dans le Groupe Pompidou. Cela offrirait à l’Ukraine une bonne occasion de renforcer son appartenance à la famille européenne, mais là n’est pas la principale tâche du Groupe Pompidou. Pour les Etats de la partie orientale de l’Europe, il reste encore beaucoup à faire en ce qui concerne non seulement les drogues mais aussi les questions qui y sont directement liées comme l’épidémie d’hépatite C ou le problème du VIH et du sida. Il s’agit de problèmes absolument cruciaux pour l’Ukraine, la Russie et la Moldova en particulier. Le Groupe Pompidou peut donner accès à des programmes internationaux, à la coopération internationale, à des outils internationaux concernant la manière de traiter ces problèmes, de les gérer et d’essayer d’en venir à bout. Nous pouvons proposer des programmes de formation ou des visites d’étude à des personnes de ces pays, leur donnant ainsi accès aux connaissances internationales et au partage des expériences dans les domaines qui les intéressent particulièrement.
Question :
Existe t-il des projets pour proposer concrètement une telle formation ?
Piotr Jablonski :
Oui. Au Groupe Pompidou, nous avons six plateformes d’experts et parmi elles, nous avons notamment la plateforme traitement. Si un pays veut se lancer dans un projet de coopération, il peut bénéficier de l’expérience des experts d’autres pays. En ayant accès librement et directement aux connaissances déjà acquises par d’autres, on peut non seulement venir à bout des problèmes actuels mais aussi observer les tendances internationales et envisager ce qui se passera dans l’avenir afin de concevoir une stratégie nouvelle.
Question :
Je vois là comme un appel que vous lancez : venez nous rejoindre !
Piotr Jablonski :
Oui – exactement ! Parce que nous avons beaucoup à offrir.