Plus de 10.000 enseignants ont envahi le centre de Riga le 2 avril 2009, pour protester contre un projet de réductions de leurs salaires préparé par un gouvernement cherchant par tous les moyens à réduire ses dépenses.
La Lettonie en crise, entre exigences du FMI et colère de sa population
Aux prises avec une crise économique plus aiguë que dans le reste de l’Europe, le gouvernement letton doit naviguer entre un plan draconien du FMI et la colère grandissante de ses concitoyens, qui exigent à présent des comptes sur la gestion du pays pendant les années fastes.
Plus de 10.000 enseignants ont envahi le centre de Riga le 2 avril 2009, pour protester contre un projet de réductions de leurs salaires préparé par un gouvernement cherchant par tous les moyens à réduire ses dépenses.
Les syndicats de différents secteurs ont menacé d’organiser d’autres manifestations.
Aux termes des conditions attachées au versement d’un prêt de 7,5 milliards d’euros accordé en décembre par le FMI et d’autres créditeurs, le pays ne doit pas laisser son déficit budgétaire dépasser 5% du produit intérieur brut (PIB) cette année. Le Premier ministre de centre-droit Valdis Dombrovskis n’est pas parvenu à convaincre les prêteurs de porter ce chiffre à 7%.
Des coupes budgétaires importantes ont déjà été réalisées et les dépenses pourraient être cette année de 12% inférieures à ce qui était prévu.
Le 2 avril, le gouvernement a annoncé avoir été privé, faute d’avoir amendé à temps son budget, d’une tranche de 200 millions d’euros du prêt du FMI, dont le versement a été reporté.
M. Dombrovskis a averti que la Lettonie pourrait se trouver en faillite dès juin si elle n’obtient pas les fonds promis. Il est arrivé au pouvoir en mars, en remplacement d’Ivars Godmanis, poussé dehors en janvier par des manifestations violentes et une rébellion au sein de sa coalition.
Cette dernière est un phénomène habituel dans ce pays qui a connu 15 gouvernements depuis l’effondrement de l’Union soviétique et son retour à l’indépendance en 1991.
Aucun autre membre de l’Union européenne n’a connu pendant cette crise économique une descente aux enfers aussi marquée que la Lettonie. Ce pays de 2,3 millions d’habitants, entré dans l’UE en 2004, a connu des taux de croissance inégalés au sein de l’Union, de 11,9% en 2006 et 10,2% en 2007, des années marquées par le crédit facile, un boom immobilier et une consommation vigoureuse.
Mais il connaissait alors d’énormes déficits de la balance des transactions courantes et une inflation à deux chiffres. En 2008, il a sombré dans la récession avec une contraction de l’activité économique de 4,6%. Le gouvernement prévoit une chute du PIB de 13,0% cette année.
Les précédents gouvernements ont été critiqués pour le peu d’attention qu’ils portaient aux mises en garde contre une surchauffe de l’économie.
Le ton avait été donné en août 2004 dans un article d’Ainars Slesers, alors ministre. "L’on devrait cesser de nous avertir contre une quelconque surchauffe de l’économie. Nous devons enfoncer la pédale d’accélérateur jusqu’au plancher", avait-il écrit.
Ce qui fut fait. De 2004 à 2007, les salaires nominaux ont plus que doublé alors que la productivité diminuait, alimentant l’inflation qui a son tour faisait grimper les salaires.
M. Slesers écrivait alors : "un budget en équilibre n’est pas une fin en soi". Les prédécesseurs de M. Dombrovskis n’ont ainsi pas constitué de réserves pour les jours sans pain.
Depuis 2004, l’Etat n’a pas dégagé un seul excédent budgétaire. Les déficits ont été, selon les statistiques du ministère des Finances, de 1,0% du PIB en 2004, 0,8% en 2005, 0,5% en 2006 et 1,3% en 2007.