DU VICE-MINISTRE RUSSE DES AFFAIRES ETRANGERES, YOURI FEDOTOV, PORTANT SUR LA 58e SESSION DE L’ASSEMBLEE GENERALE DE L’ONU
Question :
Ne pourriez-vous pas, à l’occasion de l’ouverture de la 58e session de l’Assemblée générale de l’ONU, en évoquer les objectifs principaux ?
Réponse :
Le principal objectif politique de la 58e session de l’Assemblée générale de l’ONU consiste à perpétuer la tendance au rétablissement et au renforcement de l’unité de la communauté internationale, le rôle central appartenant à l’ONU, et à résoudre les principaux problèmes de la sécurité et de la coopération à l’échelle globale.
L’importance de cette session pour la Russie trouve sa confirmation dans le prochain discours que le président russe, Vladimir Poutine, prononcera à la tribune des Nations Unies. Cet événement saillant sera suivi d’un programme de travail très nourri du président et du ministre des Affaires étrangères de Russie à New York.
Un travail de grande envergure doit être réalisé pour surmonter ensemble les conséquences négatives de la crise irakienne et renforcer le rôle central des Nations Unies dans les affaires mondiales dans l’intérêt de toute la communauté internationale. Il est nécessaire de poursuivre les efforts de modernisation de l’ONU dont les mécanismes collectifs sont appelés à servir d’alternative réelle aux approches unilatérales des problèmes mondiaux. Ce processus doit se dérouler sans porter préjudice à la Charte de l’ONU, en perfectionnant les mécanismes existants ou en en créant de nouveaux sur la base d’ententes concertées et acceptables pour tous.
Question :
Quelles sont les mesures à prendre dans le cadre de l’ONU qui pourraient favoriser le succès de la lutte contre les nouveaux défis et menaces ?
Réponse :
C’est d’abord la réalisation de l’initiative russe relative à la mise en place d’un système global pour faire face aux nouveaux défis et menaces dans le respect de la résolution 57/145 de l’Assemblée générale. Elle qui est appelée а rendre efficaces les efforts produits par la communauté mondiale dans les principales sphères de la vie internationale. Nous espérons qu’au cours de cette session l’Assemblée générale pourra adopter une nouvelle résolution concrète qui donnera le coup d’envoi à la construction pratique d’un tel système.
La création d’un front antiterroriste universel dans lequel le rôle clé appartiendrait au Comité antiterroriste du Conseil de sécurité de l’ONU, et le développement de sa coopération avec les différentes organisations régionales et sub-régionales sont deux autres problèmes qui se placent au premier plan. La Russie continuera à favoriser l’établissement de contacts de travail entre ce Comité et les organes antiterroristes de la Communauté des Etats Indépendants et de l’Organisation de coopération de Shanghai.
Il importe d’achever au cours de la 58e session le travail sur les projets de Convention universelle sur la lutte contre le terrorisme international et de Convention sur la lutte contre le terrorisme nucléaire. Il est nécessaire également de continuer à élaborer, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique, un programme de lutte contre la criminalité organisée transnationale liée au terrorisme, contre la corruption et le trafic illégal de stupéfiants.
Question :
Quelle est la position de la Russie envers le règlement des conflits dans la CEI, en Afghanistan et au Proche-Orient ?
Réponse :
La Russie fera tout son possible pour que l’ONU continue à apporter son assistance à la normalisation des situations de crise dans l’espace de la Communauté des Etats Indépendants. La coopération avec l’ONU en vue du maintien de la paix au Tadjikistan est l’un des éléments de ce travail. Nous espérons que l’Assemblée générale adoptera une résolution unanime traditionnelle sur l’aide humanitaire au Tadjikistan.
L’ONU a pour vocation à continuer de jouer le rôle de coordinateur dans le règlement et le rétablissement socio-économique de l’Afghanistan. La Russie a pris l’initiative de convoquer le 24 courant, sous l’égide de l’ONU, une conférence internationale chargée de faire adopter une position unique de la communauté internationale en ce qui concerne le règlement en Afghanistan et la reconstruction de ce pays, ainsi que d’élaborer, avec la participation du Conseil de sécurité de l’ONU, un système de garanties contre l’ingérence dans ses affaires intérieures. Il importe de conjuguer les efforts pour élaborer, sous l’égide de l’ONU, une stratégie internationale globale de lutte contre le narco-danger qui émane de ce pays.
Il est nécessaire de tout mettre en oeuvre pour que les décisions de la 58e session de l’Assemblée générale sur les problèmes du Proche-Orient, tout en servant d’appui aux efforts du Conseil de sécurité, contribuent réellement а surmonter le face-à-face palestino-israélien et а relancer les négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne sur la base de la "feuille de route" élaborée par les quatre médiateurs internationaux - la Russie, l’ONU, les Etats-Unis et l’Union européenne.
Question :
Quelle pourrait être la contribution de l’ONU au règlement des problèmes socio-économiques du continent africain ?
Réponse :
Il faudra prêter une attention privilégiée aux problèmes du renforcement de la paix, de la sécurité et du développement économique durable en Afrique. C’est un élément inaliénable du travail à la mise en place d’un système stable de relations internationales. Les tendances positives qui se sont esquissées depuis ces temps derniers dans le règlement des situations de crise sur le continent africain et dans la promotion du "Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique " doivent trouver leur expression dans les décisions de la 58e session de l’Assemblée générale. Un élément important de ce travail consiste, а notre avis, а approfondir la coopération de l’ONU avec les organisations africaines régionales et sub-régionales, en premier lieu dans le but de faire régner la paix.
Question :
Que la Russie fait-elle, y compris dans le cadre de l’ONU, pour diminuer la menace de prolifération des armes de destruction massive ?
Réponse :
La Russie intervient pour la mise à contribution des mécanismes de désarmement onusiens multilatéraux afin de renforcer la stabilité stratégique et les régimes de non-prolifération des armes de destruction massive. La ratification du Traité sur la réduction des potentiels offensifs stratégiques conclu entre la Russie et les Etats-Unis et la signature de la Déclaration russo-américaine sur les nouvelles relations stratégiques représentent une contribution solide au processus de désarmement nucléaire.
Nous considérons qu’il est nécessaire de multiplier les efforts de la communauté internationale pour prévenir une course aux armements dans l’espace extra-atmosphérique. La proposition russo-chinoise de préparer un accord universel interdisant le déploiement d’armes dans l’espace cosmique sert à réaliser cet objectif. Nous intervenons en faveur de l’élaboration d’une convention universelle de l’ONU sur le droit spatial international.
La sécurité informatique internationale, en premier lieu dans le contexte du danger d’utilisation des technologies informatiques à des fins militaires, est un autre thème qui sera étudié sur l’initiative de la Russie.
La Russie estime nécessaire de faire entrer en vigueur le plus rapidement possible le Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires, porteur d’une norme nouvelle du droit international.
Nous reconnaissons que le problème de la non-prolifération des armes de destruction massive devient de plus en plus pressant, notamment dans le contexte de la lutte contre le terrorisme international, et nous sommes prêts à chercher ensemble les moyens de le résoudre de façon constructive.
Question :
Que pense-t-on en Russie de l’activité de maintien de la paix de l’ONU ?
Réponse :
Pour la Russie les principes et critères fondamentaux sur lesquels repose l’activité de maintien de la paix de l’ONU demeurent intangibles, y compris la principale responsabilité du Conseil de sécurité. Il est nécessaire d’assurer par des efforts communs le renforcement des bases juridiques des opérations de paix dans le respect de la Charte de l’ONU et des décisions du Conseil de sécurité, ce qui pourrait constituer une alternative réelle aux approches unilatérales du règlement des situations de crise dans le monde. Il importe beaucoup, sous ce rapport, de revoir les délais et de perfectionner la qualité du déploiement des opérations de paix pour faire face aux crises aigus. La Russie souhaite une coopération constructive dans ce domaine.
Question :
Que pense-t-on en Russie du problème de l’élargissement du Conseil de sécurité de l’ONU ?
Réponse :
A cette cession de l’Assemblée générale le débat sur l’élargissement du Conseil de sécurité promet d’être très animé. La Russie reconnaît la nécessité de régler ce problème pour diversifier la représentativité au Conseil de sécurité. En même temps, nous nous rendons compte de la profondeur des divergences qui persistent quant aux approches de ce problème.
Il importe surtout de parvenir à l’entente la plus large possible sur tous les aspects de l’élargissement du Conseil de sécurité, y compris sur le soutien par tous les membres permanents actuels à sa structure définitive, pour éviter une scission à l’ONU sur cette question importante.
Question :
Quels sont, de l’avis de Moscou, les moyens de résoudre les problèmes globaux du développement avec la participation de l’ONU ?
Réponse :
La Russie préconise un renforcement du rôle de l’ONU lorsqu’il s’agit du règlement des problèmes globaux du développement, y compris des échanges commerciaux, des relations financières, de la dette extérieure et de la coopération avec les structures de Bretton-Wood, l’OMC et d’autres institutions multilatérales.
A notre avis, les décisions de la Conférence internationale sur le financement du développement et celles du Sommet mondial sur le développement durable réunissent des conditions supplémentaires favorables à la réalisation par l’ONU de ses fonctions de leader, en ce qui concerne la gestion globale du processus de mondialisation pour faire respecter les intérêts de tous les pays membres et diminuer au maximum les frais que cela implique.
Question :
Quelles sont les taches concrètes l’ONU en matière de protection de l’environnement et de développement durable ?
Réponse :
La tache la plus importante de la session en matière de protection de l’environnement et de développement durable est la réalisation pratique des décisions du Sommet mondial de Johannesburg.
La Russie, pour sa part, produit les efforts nécessaires dans ce domaine. Elle a adhéré а la Convention de l’ONU sur la lutte contre la désertification et se prépare а ratifier le protocole de Kyoto à la Convention- cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
Nous considérons la convocation d’une Conférence mondiale sur les changements climatiques qui doit se tenir а Moscou du 29 septembre au 3 octobre 2003 comme un grand pas franchi sur la voie de développement de la coopération dans la protection de l’environnement.
Question :
La nécessité d’intensifier l’activité de l’ONU pour prévenir les catastrophes naturelles et les situations d’urgence et en éliminer les conséquences se fait sentir de plus en plus depuis ces derniers temps. Quel est le point de vue de la Russie sur ce problème ?
Réponse :
La Russie considère comme un facteur positif l’amélioration de la coordination de l’aide humanitaire urgente de l’ONU et intervient pour le renforcement du potentiel de réaction internationale aux situations d’urgence au niveau national, régional et international et d’aide en cas de catastrophes naturelles.
Nous soutenons les efforts déployés par la communauté humanitaire internationale pour prévenir les catastrophes naturelles, en diminuer les conséquences et créer à cet effet un réseau global d’avertissement immédiat afin d’assurer la coordination des services de sauvetage nationaux et une spécialisation nationale des éléments à engager dans les opérations de sauvetage internationales.