Le projet, de pratiquement 4 milliards de dollars, a été financé par la Banque mondiale et la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD). Il a été garanti par plusieurs agences de crédit à l’exportation dont la Coface (France). Le consortium d’entreprises est dirigé par BP (Royaume Uni) ; Total en possède 5%.
Le projet très controversé d’oléoduc Baku-Tbilissi-Ceyhan (BTC).
La mer Caspienne, qui contiendrait 110 milliards de barils de pétrole, est une mer intérieure bordée par la Fédération de Russie, l’Iran, l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakstan. Son énorme production ne peut être chargée sur des pétroliers qu’à condition d’être d’abord acheminée par oléoduc jusqu’à la mer Noire, la Méditerranée ou le golfe Persique.
L’oléoduc contournerait entièrement l’Iran mais passerait près de la frontière qui sépare l’Azerbaïdjan de l’Arménie. Sans compter les difficultés géographiques et techniques, les experts du secteur reconnaissent que cet oléoduc traverserait un territoire disputé dans une région où les atteintes aux droits humains sont très fréquentes.
Au milieu de 2001, un navire de guerre et un avion de combat iraniens ont éloigné sous la menace un navire de recherche de la compagnie pétrolière British Petroleum (BP) d’une zone de la mer Caspienne revendiquée par l’Iran et l’Azerbaïdjan. BP aurait cessé de prospecter dans la région.
Entré en service mercredi en Azerbaïdjan, un nouvel oléoduc à vocation stratégique reliera la mer Caspienne à la Méditerranée en limitant l’emprise de la Russie sur les exportations de pétrole du Caucase.
Sur 1.768 Km un oléoduc va traverser l’Azerbaidjan, la Géorgie et la Turquie. Ce tuyau qui relie les bords de la mer Caspienne à ceux de la Méditerranée, est la garantie d’une manne de quelque 50 milliards de dollars pour l’Azerbaïdjan.
Jusqu’à présent, le pétrole de la Caspienne était exporté via la Russie, par un réseau d’oléoducs qui mènent au port de Novorossiisk. En 1999, un premier oléoduc de contournement de la Russie a été inauguré, qui relie Bakou au port géorgien de Supsa, mais le brut doit ensuite franchir par bateau les détroits du Bosphore et des Dardanelles surchargés.
Construit par un consortium international sous l’égide des Etats-Unis, cet oléoduc va aussi relier les bords de la mer Caspienne aux marchés occidentaux et souder un nouveau bloc de pays (Azerbaïdjan, Géorgie et Turquie) affiliés aux Etats-Unis. Rappelons que le consortium construisant la canalisation de 1.800 kilomètres à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie a demandé à la SFI de financer 70% du coût total du projet (3,7 milliards de dollars).
De tous les projets qui étaient envisageables pour évacuer le pétrole de la mer Caspienne, par la Russie ou par l’Iran, celui est l’un des plus coûteux : L’oléoduc géant Baku-Tbilissi-Ceyhan franchit les montagnes du Caucase, grimpe trois fois à plus de 2.400 mètres d’altitude, et traverse des régions connues pour leurs conflits ethniques arménien-azerbaïdjanais, entre la Géorgie et la région séparatiste d’Abkhazie, problème kurde en Turquie. Des guérilleros kurdes ont récemment mis fin à un cessez-le-feu et ont pris pour cibles diverses canalisations de l’oléoduc... Pour parer à des attaques, l’oléoduc est protégé par des gardes et la police, ce qui pose en retour un risque réel en matière de protection des droits humains : l’expérience montre que dans ce type de projet la sécurité du pétrole et des investissements étrangers passe avant le respect des droits fondamentaux.
L’oléoduc BTC traverse pourtant la région de Borjomi, parc naturel protégé qui est la principale zone touristique du pays, et dans laquelle l’exploitation de sources minérales naturelles constitue la principale recette à l’exportation de la Géorgie. Une fuite de l’oléoduc dans cette région ruinerait plusieurs pans de l’économie nationale et serait un désastre écologique, surtout dans la région fragile de Borjomi.
Les Etats-Unis, parrains du projet, se rejuissent : avec le BTC, le pétrole azéri gagnera directement la Méditerranée, d’où il pourra partir vers les Etats-Unis ou l’Europe occidentale, indépendamment du Proche-Orient et de la Russie. Ce pipeline construit dans une région connue pour son insécurité donnera "un prétexte" de plus aux Etats-Unis pour réclamer le droit d’avoir une présence militaire. Mais il y a un bémol : il est peu probable que l’Azerbaïdjan ait assez de ressources pour assurer dans les 20-25 ans à venir les 50 millions de tonnes par an requis pour remplir cet oléoduc...