Objectivement, Poutine a vraiment été affaibli, les performances économiques jouent contre lui. La hausse du chômage, inflation croissante, tout cela porte atteinte à son image.
Vladimir Poutine était au sommet de sa puissance lorsqu’il laissa le 7 mai 2008 le Kremlin à son successeur désigné, Dmitri Medvedev, mais après un an passé à la tête du gouvernement, sa stature politique semble se réduire, jugent les experts de la vie politique russe.
Pourtant, quand il devint Premier ministre, la passation de pouvoir avait l’air d’être millimétrée pour que Poutine puisse garder l’essentiel de son pouvoir, alors qu’auparavant les chefs de gouvernement étaient cantonnés à des rôles subalternes.
Mais aujourd’hui, signe d’un affaiblissement relatif, chacun s’interroge sur le partage des prérogatives entre le charismatique chef du gouvernement et le nouveau locataire du Kremlin.
La faute en revient en premier lieu à la crise mondiale, car c’est au Premier ministre de gérer au quotidien la cascade des problèmes sociaux et économiques, notent les analystes.
"Objectivement, Poutine a vraiment été affaibli, les performances économiques jouent contre lui", relève Evguéni Volk, du centre d’analyse Heritage Foundation à Moscou.
La détérioration de la situation joue contre lui : hausse du chômage, inflation croissante, tout cela porte atteinte à son image.
D’autre part, le dévouement des élites régionales est moins évident, alors que les transferts de fonds vers les régions baissent avec la crise.
Un problème est l"e manque de loyauté des boyards", le terme décrivant les seigneurs de l’époque tsariste pour qualifier les hauts responsables régionaux.
Ces derniers ont moins intérêt à se soumettre à la "verticale du pouvoir" instituée par M. Poutine maintenant que les revenus du pétrole sont en baisse, un vecteur qui servait à "acheter" leur fidélité.
Une loyauté que le Premier ministre aura d’autant plus de mal à maintenir que c’est le président qui nomme et démet les gouverneurs.
De plus, M. Poutine ne domine plus la scène médiatique en accueillant les grands du monde, mais est montré sur le petit écran en train de se démener pour améliorer le quotidien de ses concitoyens.
Il enchaîne les visites d’entreprises en crise pour rassurer leurs employés comme en mars dans une ville minière de Sibérie en supervisant un programme de relogement.
Sur le dossier des réponses internationales à apporter à la crise économique, le calme de M. Medvedev semble plus adapté que la virilité de son chef de gouvernement notamment face à la nouvelle administration américaine de Barack Obama.
La logique de la confrontation usée par Poutine et consistant à dire que tous les problèmes proviennent des Etats-Unis a moins de force alors que le monde est en quête de consensus, souligne Arkadi Doubnov, éditorialiste au quotidien Vremya Novosteï. "En opérant un changement rusé en terme de relations publiques, en clamant que l’issue de la crise passe par la coopération avec l’Occident, il pourrait renforcer sa position".
Mais c’est une barrière psychologique qu’il aura beaucoup de mal à franchir.
Si Poutine semble diminué par rapport à sa toute puissance au Kremlin, il est loin de connaître un déclin. Sa popularité est toujours au sommet, avec 76% d’opinion favorable selon le dernier sondage du Centre Levada, soit près de dix points de plus que M. Medvedev et alors que seuls 43% des Russes jugent que la Russie va dans la bonne direction.