Le journal Izvestia révèle avoir pris connaissance d’un projet de loi ’sur des amendements et des ajouts, dans certaines lois, visant à défendre la vie des enfants qui ne sont pas encore nés’. Dans ces amendements, les auteurs proposent d’abroger le droit à l’avortement.
’Cette proposition se base sur le fait que depuis quelques années, le nombre d’habitants est en baisse constante, le taux de mortalité est supérieur au taux de natalité. De plus, le nombre d’avortement se compte par centaines de milliers, si ce n’est par millions. Ce sont des statistiques officielles !’ tente de justifier le principal instigateur de ce projet, le député Alexandre Tchouev.
L’objectif de son projet de loi est d’extraire de la pratique juridique la notion de « l’interruption volontaire de grossesse pour raisons sociales », cette disposition a en réalité instauré le droit à l’avortement pour toutes les femmes. La loi en vigueur prévoit en effet 13 situations sociales qui permettent à la femme d’avoir recours à un avortement remboursé par l’Etat. Le projet du député Alexandre Tchouev vise en réalité à lever la gratuité en éliminant cette notion. Les femmes conserveront donc le droit à un avortement jusqu’à 12 semaines dans des cliniques privées sur une base commerciale. Le député souhaite toutefois aller encore plus loin en éliminant totalement le droit à l’avortement : « Je suis contre les avortements mais nous ne pouvons tout interdire en bloc, nous devons aborder le problème de façon plus délicate. Ce n’est qu’un premier pas. Tout le monde doit avoir un point de vue négatif sur l’avortement. Nous devons tous affirmer que nous tuons des enfants. Alors seulement, les futures mères réfléchiront à leur avenir ».
La Russie est l’un des pays qui a le premier mis en place le droit à l’avortement. Avant 1917, l’avortement était passible de prison, après la révolution, il a été légalisé. Toutefois, sous le règne de Staline, le 27 juin 1936, l’avortement est interdit. Cet interdit a été levé par Nikita Khrouchtchev en 1955 qui avait alors justifié cette décision en s’appuyant sur l’augmentation dramatique des avortements illégaux, pratiqués dans des conditions sanitaires épouvantables, provoquant une hausse de la mortalité des femmes.
Selon les données du journal Izvestia, le nombre de femmes en âge de procréer est de 36 millions. Chaque année, 4 millions d’avortements sont enregistrés. La Russie compte 99 avortement pour 1000 femmes entre 15 et 49 ans, ce qui place le pays en tête pour son nombre d’avortements. En Grande Bretagne, par exemple, cet indicateur est de 14,2 pour 1000 femmes. Cet important usage de l’avortement s’explique par l’absence d’accès à des moyens de contraception fiables comme la pilule qui reste réservée aux habitantes aisées des grandes villes. L’interdiction complète de l’avortement entraînerait une situation sanitaire catastrophique.
Izvestia 20-09-02