L’isolement, un problème majeur pour l’Arménie : les quatre frontières du pays sont fermées ou posent problème, obligeant ce territoire enclavé et pauvre en ressources de trois millions d’habitants à lutter pour se frayer un accès au monde.
Des remparts du monastère Khor Virap, le mont Ararat semble si proche, à quelques kilomètres seulement. Le volcan éteint, symbole par excellence de l’Arménie, est pourtant tellement loin, posé chez l’"ennemi" turc.
Comme un résumé de l’isolement de l’Arménie.
"Ararat symbolise toute l’Arménie, toute la souffrance dans notre âme", dit Arsene Eguikian, 32 ans, qui visite le monastère de Khor Virap, excellent point de vue vers le Mont Ararat, ce sommet enneigé censé selon la Bible avoir accueilli l’arche de Noé après le Déluge.
L’isolement, un problème majeur pour l’Arménie : les quatre frontières du pays sont fermées ou posent problème, obligeant ce territoire enclavé et pauvre en ressources de trois millions d’habitants à lutter pour se frayer un accès au monde.
En 1993, la Turquie a fermé sa frontière en signe de soutien à l’Azerbaïdjan, engagé à l’époque dans une guerre contre l’Arménie pour le contrôle de l’enclave azerbaïdjanaise à majorité arménienne du Nagorny Karabakh.
Seule voie d’accès des Arméniens : la Russie, son principal allié économique et militaire, via la Géorgie. Las, les tensions russo-géorgiennes compliquent singulièrement la situation.
Même cas de figure au sud avec la frontière iranienne, où certes un nouveau gazoduc exporte le gaz iranien mais où la crise latente entre Téhéran et Washington fait craindre des répercussions à la frontière.
Progressivement, l’Arménie, un pays fier de sa langue ancestrale et de son alphabet propre, se voit écartée de tous les projets d’envergure qui remodèlent le visage du Caucase.
Les oléoducs et gazoducs devant transporter les hydrocarbures d’Azerbaïdjan aux marchés occidentaux passent par le nord. En février, Bakou, Tbilissi et Ankara ont signé un accord pour une voie ferrée est-ouest, évitant une nouvelle fois l’Arménie.
Du coup, Erevan s’appuie fortement sur son importante diaspora, descendants des réfugiés du génocide arménien de 1915, en Europe, notamment en France, aux Etats-Unis et au Moyen-Orient.
Selon l’économiste Tigran Jrbachian, cette diaspora a participé en 2006 à hauteur de 1,2 milliard de dollars à un PIB évalué à 6,5 milliards de dollars.
"Les émigrés sont la version arménienne de la manne pétrolière", résume l’économiste.
Selon M. Jrbachian, cet isolement forcé a un moins eu une vertu : l’Arménie a dû oublier ses routes de commerce traditionnelles et promouvoir des secteurs à forte valeur ajoutée, comme les hautes technologies ou l’industrie du diamant.
"Je ne voudrais pas exagérer, mais nous avons malgré tout réussi à obtenir des succès économiques dans des conditions de blocus par l’Azerbaïdjan et la Turquie", se félicite un vice-ministre des Affaires étrangères Arman Kirakossian.
Ces assurances cachent mal les craintes des Arméniens quant à leur vulnérabilité. Beaucoup d’habitants s’inquiètent par exemple de la manière avec laquelle les investisseurs russes absorbent une à une les entreprises stratégiques arméniennes, notamment la plupart du réseau énergétique du pays.
Arsen Eguikian espère que son pays sortira de l’isolement.
"Tout le monde ici (en Arménie) est pour l’ouverture de la frontière", avec la Turquie, dit-il en regardant un village turc du haut du monastère.
"La globalisation est en marche et nous ne pouvons pas en être écartés", estime-t-il.
Les Arméniens ne feront "jamais" confiance aux Turcs, "mais quand il faut parler le langage des affaires, alors tout le reste est relégué au second plan", ajoute-t-il.
"Bien sûr que c’est difficile à supporter", estime également M. Kirakossian. "Mais si nous avions des relations normales avec nos voisins, alors les gens pourraient au moins venir en Arménie".