’La Russie et l’Union européenne, dont les relations ces derniers temps étaient au beau fixe, semblent s’être heurtés à un sérieux problème. Les nuages s’accumulent au-dessus de Kaliningrad, l’enclave russe entre la Pologne et la Lituanie, qui risque dans six mois de se retrouver totalement isolée du reste du territoire russe.
Après l’entrée de la Lituanie et de la Pologne dans l’Europe, les habitants de Kaliningrad devront présenter un visa Schengen à chaque fois qu’ils désirent se rendre en métropole par voie terrestre, or la plupart n’ont pas les moyens de se payer un billet d’avion » écrit le journal Vremia Novosteï. La question du libre déplacement des biens et des personnes entre les deux territoires russes séparés par deux pays de l’Union a été un point de sérieuses frictions entre la Russie et l’Union européenne lors du sommet qui vient de se tenir à Moscou. La Russie se déclare prête à faire tous les efforts nécessaires (wagons blindés, corridor sous surveillance etc.) pour permettre une libre circulation mais refuse totalement la nécessité d’un visa pour que ses citoyens puissent circuler entre Kaliningrad et le reste du continent russe. De son côté, Bruxelles assure que tous les efforts seront mobilisés afin que la délivrance des visas Schengen se fasse dans des délais extrêmement rapides mais refuse totalement que les habitants de Kaliningrad ou ceux de Russie qui désirent se rendre dans l’enclave soient dispensés de visa.
« La brusquerie avec laquelle le président a caractérisé le problème de Kaliningrad montre que, malgré toutes les politesses protocolaires des parties en pourparlers, la Russie n’est plus tant intéressée par une collaboration étroite avec cette organisation européenne » estime le journal Nezavissimaïa gazeta. « Il semble que lors de la visite de Georges W. Bush à Moscou, le président américain ait réussi à convaincre son partenaire russe que la Russie n’avait pas de plus fidèle ami et allié que les Etats-Unis » ajoute le quotidien.
Selon le président russe, la solution proposée par Bruxelles est irrecevable. « On nous propose une solution qui, dans les faits, signifie une seule chose : le droit des Russes d’être en libre communication avec leurs proches à l’intérieur du territoire russe dépendra de la décision de tel ou tel Etat » a déclaré Vladimir Poutine. Dans sa déclaration, Vladimir Poutine a posé un ultimatum à l’Union européenne en déclarant que leurs relations mutuelles dépendraient de la résolution du problème de Kaliningrad. C’est « le critère absolu de l’authenticité de notre partenariat » a déclaré le président russe.
« La première crise dans les relations entre la Russie et l’Europe a démontré que l’entrée de la Russie dans l’Europe reste pour l’instant au stade des paroles. Le sommet qui vient de se dérouler à Moscou a prouvé que le potentiel des déclarations d’intention sur un partenariat avec l’Union était écoulé. Au cours des huit années passées depuis la signature de l’accord de partenariat et de collaboration avec l’Union européenne, tous les gestes rituels ont été faits. Lors de ce sommet, le dernier geste de l’Union a été de reconnaître à la Russie un statut d’économie de marché. C’est une décision importante, indispensable, mais également une décision de forme et qui n’engage en rien l’Union européenne. Simplement, la Russie est reconnue comme un Etat normal avec lequel des relations normales peuvent être établies. La suite dépend de nous. L’intégration européenne s’est extrêmement accélérée ces dernières années, alors que nous étions occupés à régler nos problèmes intérieurs. Plus rien ne peut l’arrêter. Cependant, nous pouvons essayer de comprendre comme diriger ce phénomène pour pouvoir contrôler sa direction avant de lâcher totalement le gouvernail » conclut le journal Vremia Novosteï.
Vremia Novosteï, Nezavissimaïa gazeta 30-05-02