L’interview de l’Ambassadeur de la Russie aux USA, M. Ouchakov, dans le journal Washington Post ’En attendant Bratislava’.
La rencontre actuelle en Slovaquie entre V. Poutine et G. Bush peut devenir aussi importante que leur dernière rencontre en Slovénie il y a 4 ans. Ce n’est pas non plus un secret que beaucoup de gens en Russie sont préoccupés par les intentions américaines dans l’espace post-soviétique, y compris l’Ukraine, le Caucase et l’Asie Centrale. La Russie et l’Amérique doivent agir ensemble, ne serait-ce que parce qu’elles possèdent toujours les arsenaux nucléaires les plus importants.
Si l’on apprécie globalement l’état des relations russo-américaines à la veille de la rencontre de V.V.Poutine et de G.Bush à Bratislava le 24 février, je les qualifierais de positives en général. L’interaction russo-américaine est vraiment importante pour les deux pays. Dans les domaines clé comme la stabilité stratégique, la lutte contre le terrorisme, la non-prolifération nucléaire, l’énergie, le règlement de plusieurs conflits dangereux, nous sommes unis par les objectifs communs, et cela ne fait pas que profiter à nos pays, mais fait un apport au renforcement de la sécurité globale. Nous avons déjà réussi à avancer en commun sur ces pistes, mais on peut obtenir beaucoup plus, en agissant énergiquement et sérieusement. Et le fait que G.Bush rencontre V.V.Poutine au cours de sa première tournée étrangère après l’investiture, souligne encore l’importance attachée au développement des relations entre nos pays.
La rencontre actuelle en Slovaquie peut tout à fait devenir aussi importante que leur dernière rencontre en Slovénie il y a quatre ans.
La Russie et l’Amérique doivent agir ensemble, ne serait-ce que parce qu’elles possèdent toujours les arsenaux nucléaires les plus importants - l’héritage meurtrier de l’opposition soviéto-américaine. Heureusement, nos pays ne se menacent plus, le statut nucléaire unique définit aussi la responsabilité unique sur le plan des efforts concertés dans le domaine d’armes nucléaires, y compris la coopération possible et l’échange de l’information afin d’éviter tout malentendu.
Nos tâches, par exemple, dans le domaine énergétique, sont similaires. Malgré certains faux bruits, la Russie est intéressée aux investissements et aux nouvelles technologies, qui contribuent à la croissance de notre production des sources d’énergie. C’est surtout actuel, y compris en perspective, pour les marchés américain et international des sources d’énergie, fort intéressés aux ressources énergétiques au prix acceptable.
Cependant, le succès de notre partenariat n’est pas une chose qui va de soi. Nous ne pouvons pas ignorer les tentatives, déployées tant en Russie qu’aux USA, de mettre notre coopération en cause. On peut, à la rigueur, expliquer ces tentatives. Car nos pays sont deux puissances leaders et, malgré la similitude de leurs intérêts sur plusieurs problèmes, nous avons l’histoire différente, les conditions de développement de nos sociétés différentes, nous voyons parfois différemment les processus dans le monde, sommes différents dans certaines questions conceptuelles.
Parfois, nos intérêts entrent en contradiction directe. Mais à se mettre à outrer ces différences, à ignorer ce, dans quoi nous sommes ressemblants, à dévaluer ce qui est déjà atteint, on risque d’en arriver aux différends vraiment sérieux dans nos rapports. Je voudrais rappeler que la Russie a perçu avec préoccupation les approches des USA à certains problèmes, par exemple, l’Irak. Une forte opposition aux actions des USA dans ce pays a existé, il est vrai que les gouvernements de nos pays n’ont pas trop insisté sur les différends à ce propos. Ce n’est pas non plus un secret que beaucoup de gens en Russie se disent préoccupés par les intentions américaines dans le contexte de l’espace post-soviétique, y compris l’Ukraine, le Caucase et l’Asie Centrale.
Mais, malgré la présence de tous ces facteurs, le président V.V.Poutine, les dirigeants russes entendent approfondir nos rapports avec les USA. Qui plus est, la Russie se rend compte des avantages de ce partenariat, voit ses perspectives.Concernant les USA, ils suivent de très près l’état des choses avec la démocratie en Russie. A propos, le Président V.V.Poutine a plusieurs fois déclaré que la Russie aspirait entièrement aux principes démocratiques. Qui plus est, les Russes ont choisi eux-mêmes la voie de la liberté, et leur vie aujourd’hui diffère foncièrement de la période d’il y a quinze ans. L’essentiel est que, malgré les épreuves et les difficultés vécues après la débâcle de l’URSS, la majorité écrasante de la population ne souhaite pas le retour au passé.Aujourd’hui, devant la Russie se posent les tâches extrêmement importantes de renforcement de la légalité et de l’ordre public, d’édification des institutions démocratiques et de la société civile, de règlement des vieux problèmes sociaux. Ce n’est pas simple de résoudre ces problèmes.
Parallèlement, on fait des pas de règlement d’un autre problème d’actualité extrême - la garantie de la stabilité et de l’intégrité du pays. C’est pourquoi on ne peut pas percevoir la politique de la Russie sur un plan, nous avons à lutter contre tout un ensemble de problèmes hérités. Je voudrais que les Américains le comprennent bien.Je crois que le fait que les présidents et les gouvernements de nos pays puissent maintenant discuter, dans une atmosphère franche et constructive, tous les problèmes qui tiennent à coeur tant de la Russie que des USA, indique la maturité des relations russo-américaines. Notre ordre du jour bilatéral comprend divers sujets, y compris les problèmes de la démocratie.
La partie russe est ouverte à une critique fournie, si celle-ci est dictée par le désir d’aider et de faire avancer la compréhension, au lieu de chercher à gagner des points et de réduire la Russie à la défense. Toute tentative de démoniser la Russie est déplacée et inacceptable. Concernant la partie russe, nous expliquons nos approches, qui sont différentes des approches américaines, dans une forme respectueuse, sans chercher à nous servir des différends pour nuire d’une façon quelconque à l’image de l’Amérique ou à ses intérêts.
Le Président G.Bush a souvent parlé de l’extension et du renforcement de la démocratie comme d’une tâche à long terme. Dans son discours d’investiture, il a précisé que les institutions démocratiques des autres pays pouvaient se distinguer institutions des américaines, reflétant toute la gamme des cultures et des traditions du monde contemporain. Vraiment, il ne peut ni ne devra avoir la norme unique de la démocratie, fabriquée sur la mesure d’un seul pays ou d’un groupe de pays. Il faut que chacun le comprenne.
J’espère que toujours plus d’Américains et toujours plus de Russes aspireront à la discussion ouverte et constructive des différends existants, comme cela est de rigueur entre amis. Sinon, c’est la démarcation qui nous attend, à laquelle personne ne gagnera. Dans le monde où est maintenue la menace des attaques en puissance des terroristes, ceci dit, dont les conséquences seraient dévastatrices pour nos pays, les mises sont toujours fortes. Il y a plusieurs autres défis et menaces, auxquels la Russie et les USA doivent faire face épaule contre épaule, en garantissant la sécurité et la stabilité de notre planète. C’est la tâche qui passe en fil rouge, définissant l’ordre du jour bilatéral pour les quatre années à venir, et sur laquelle sera certainement centré le travail des présidents à Bratislava.