Ce n’est donc pas un hasard si, pendant le conflit géorgien, les responsables américains ont vigoureusement protesté contre la brève prise de contrôle par la Russie des installations portuaires de Poti, aujourd’hui site clé pour le transport d’hydrocarbures de la mer Caspienne.
Les Etats-Unis s’inquiètent d’une possible extension du conflit géorgien à l’Ukraine et l’Azerbaïdjan, qui aurait un impact désastreux sur leurs intérêts stratégiques, notamment énergétiques.
Signe le plus tangible de cette inquiétude, le vice-président américain, Dick Cheney, se rendra la semaine prochaine en Géorgie, en Ukraine et en Azerbaïdjan.
En annonçant cette tournée lundi, la Maison Blanche a précisé que le président George W. Bush avait chargé M. Cheney de "discuter avec ces partenaires clefs de nos intérêts réciproques".
La présidence américaine n’a pas précisé quels étaient ces intérêts mais les analystes sont unanimes à trouver un point commun à ces trois ex-républiques soviétiques : la région stratégique de la mer Noire, enjeu de féroces luttes d’influence entre les grandes puissances depuis la découverte de pétrole autour de la mer Caspienne, au début du 20e siècle.
Déjà, à cette époque, l’Azerbaïdjan, qui ne dispose pas d’ouverture sur la mer Noire, acheminait son pétrole vers le port géorgien de Batoumi pour rejoindre les marchés européens.
Ce n’est donc pas un hasard si, pendant le conflit géorgien, les responsables américains ont vigoureusement protesté contre la brève prise de contrôle par la Russie des installations portuaires de Poti, aujourd’hui site clé pour le transport d’hydrocarbures de la mer Caspienne.
Quelques jours plus tôt, un attentat en Turquie revendiqué par les rebelles kurdes du PKK avait révélé la vulnérabilité de l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie, cher aux Etats-Unis car il contourne la Russie.
Le transit par la Géorgie, que l’on considérait jusque là comme relativement sûr et fiable, est maintenant jugé vulnérable et menacé par des conflits régionaux.
Les géants pétroliers américains ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips ont d’importants intérêts financiers dans les champs d’hydrocarbures de la mer Caspienne.
Avec sa large ouverture sur la mer Noire, l’Ukraine représente également un allié stratégique dans cette région pour les Etats-Unis, qui cherchent à diversifier leurs sources d’hydrocarbures afin de moins dépendre du pétrole du Moyen-Orient, et tentent pour cela de réduire l’influence de Moscou.
Washington défend donc ardemment l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine et la Géorgie, même si du centre de recherche Rand Corporation, "la Géorgie n’est qu’une péripétie. Ce qui inquiète vraiment les Russes, c’est l’Ukraine".
L’entrée de la Géorgie dans l’Otan n’aurait pas de conséquences stratégiques majeures pour la Russie. L’Ukraine, c’est tout autre chose.
Si l’Ukraine entrait dans l’Otan, la Russie ne serait pas seulement obligée de déménager sa flotte basée en Crimée, elle perdrait tout espoir de fonder une Union Slave avec l’Ukraine et le Bélarus. En outre, les industries de défense russe et ukrainienne sont très liées.
L’Ukraine est maintenant au centre de la nouvelle rivalité géopolitique entre les Etats-Unis et la Russie. Aucun dirigeant russe aurait pu ne pas répondre à une attaque directe contre Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du Sud.
Mais, et c’est plus grave, aucun dirigeant russe ne peut imaginer rester au pouvoir s’il +perd+ l’Ukraine au profit des Etats-Unis, avec son adhésion à l’Otan, sans rappeler que la Crimée, péninsule rattachée à l’Ukraine en 1954 par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, est peuplée aux deux tiers de russophones.