Le PDG de Gazprom, A. Miller, et le président de GNKAR, Rovnag Abdoullaïev, ont signé à Moscou un protocole d’accord pour acheter du gaz azerbaïdjanais à compter de 2010, ce qui pourrait contourner Nabucco, le projet de gazoduc destiné à approvisionner directement l’Europe en déviant la Russie.
Gazprom et la Compagnie nationale azerbaïdjanaise de pétrole et de gaz GNKAR vont "entamer des discussions sur les conditions d’achat et de vente de gaz azerbaïdjanais avec un début des livraisons en janvier 2010", précise le groupe, contrôlé par l’Etat russe, dans un communiqué.
Les deux parties ont confirmé leur intérêt pour le développement d’un partenariat stratégique mutuellement avantageux" et souligné "l’importance d’une coopération à long terme. Conséquence de cette annonce, le projet Nabucco risque de se trouver sans gaz.
Le gazoduc Nabucco doit permettre d’acheminer à partir de 2013 le gaz de la mer Caspienne à l’Europe en transitant par la Turquie et réduire ainsi la dépendance européenne vis-àvis du gaz russe. Il fait directement concurrence au projet russe de gazoduc South Stream et est régulièrement critiqué par Moscou.
La coopération entre Gazprom et GNKAR montre que l’Azerbaïdjan comprend aussi toute l’incertitude économique du projet Nabucco avec les risques liés au transit, les problèmes liés au financement et les délais de construction.
Plusieurs pays d’Europe de l’Est, comme la Roumanie, insistent pour que Nabucco figure sur une liste de projets énergétiques clés à financer dans le cadre du plan de relance européen.
Mais l’Allemagne, engagée dans le projet de gazoduc Nord Stream avec les Russes, y est opposée.
L’Europe et la Russie rivalisent pour accéder aux vastes ressources en mer Caspienne de l’Azerbaïdjan, un pays coincé entre l’Iran et la Russie, qui s’est tourné vers l’Occident depuis la chute de l’URSS.
L’Azerbaïdjan est un fournisseur clé des pays occidentaux, auxquels il est relié depuis peu par l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan). Celui-ci contourne la Russie et lui permet de livrer son brut en Turquie et au-delà.
Gazprom lorgne l’"or bleu" azerbaïdjanais qu’il pourrait revendre sur des marchés étrangers, comme le gaz qu’il achète au Turkménistan, de l’autre côté de la Caspienne. En juin 2008, Gazprom avait annoncé vouloir acheter du gaz à l’Azerbaïdjan "à des prix de marché".
Vendredi, le Turkménistan a annoncé avoir lancé un appel d’offres international pour la construction d’un gazoduc, deux jours après avoir échoué à trouver un accord avec Moscou.
La longueur de ce gazoduc "Est-Ouest" est estimée à entre 800 et 1.000 km sur le territoire du Turkménistan, a précisé le ministère de cette ex-république soviétique, dont les vastes réserves de gaz sont aussi convoitées par l’Europe et la Chine.