Intervention de V.V.Poutine, Président de la Russie, à la conférence de presse à l’issue de la rencontre des chefs des états et des gouvernements des du G8, Evian, France, le 3 juin 2003.
Mesdames, messieurs, bonjour,
Permettez-moi de vous faire part des résultats du travail et, bien sûr, la première chose que je dois dire, c’est exprimer ma reconnaissance au Président du sommet, Monsieur Chirac, Président de la France, pour son hospitalité et pour ce qui a été fait pour garantir notre travail. La rencontre à Evian a de nouveau montré que les membres du G8 sont unis par les intérêts stratégiques à long terme, et cela nous a permis de discuter tout, y compris les problèmes litigieux, et arriver finalement à la décision mutuellement acceptable. Une solution nouvelle et assez fructueuse dans la pratique du sommet, c’était la discussion au format élargi. Pour beaucoup de nos partenaires, c’était le premier contact avec le G8, et nous saluons le début de ce large dialogue.
A propos des résultats concrets du travail du sommet, je peux, avant tout, noter ceci : la rencontre à Evian permettra en général de consolider la coalition antiterroriste internationale, nous comprenons que le succès de la lutte contre la terreur dépend directement de notre unité et de l’efficacité des efforts conjoints. Le groupe du G8 pour les actions antiterroristes, créé par la décision du sommet, est appelé à devenir un instrument sérieux. Son activité sera étroitement liée avec le Comité antiterroriste du Conseil de Sécurité de l’ONU, coordonnateur principal des efforts de la communauté internationale dans ce domaine. Je dois dire que la Russie entend une participation active au travail du nouvel organe, cela dit, il est tout à fait logique que la principale attention de notre part soit prêtée à l’espace de la CEI, à la zone de l’activité de l’Organisation de coopération de Shanghai. Ensuite, le G8 a adopté une décision sérieuse dans le domaine du régime de non-prolifération d’armes d’extermination massive. C’est surtout actuel vu les tentatives des organisations terroristes d’avoir accès aux armes d’extermination massive. Il ne faut pas oublier non plus que les régimes de non-prolifération jouent le rôle clé dans le maintien de la stabilité régionale. Les principaux efforts doivent viser la consolidation des régimes juridiques et des mécanismes de leur application.
Nous avons aussi analysé, examiné la mise en pratique de l’initiative du partenariat global, de la non-prolifération des armes et des matériaux d’extermination massive. La Russie fait un apport de poids à l’avancement de ce programme. Dans les dix ans qui viennent, nous prévoyons octroyer et dépenser à cette fin deux milliards de dollars. Dans notre pays est créé un mécanisme spécial de la coordination des travaux de partenariat global sous la direction du Président du Gouvernement de la Russie, est formée la base de droit international nécessaire. Je parle de l’accord sur le Programme multilatéral nucléaire écologique de la Fédération de Russie (PMNER), ainsi que de plusieurs accords bilatéraux.
Nous saluons la déclaration de nos partenaires sur la possibilité d’octroyer des fonds pour les projets prévus par l’accord de Kananaskis. Nous croyons que ces déclarations devront être appuyées par des affaires pratiques, avant tout, par la rapide concertation des projets sur les pistes prioritaires du partenariat global, de la liquidation d’armes chimiques, du démantèlement des vieux sous-marins atomiques mis hors service de la marine. La Russie a pour la première fois participé à la préparation de tout le paquet des documents financiers économiques de la rencontre, et j’y vois encore une confirmation de l’intégration organique de la Russie aux structures mondiales, à l’économie mondiale.
Le plan d’actions de développement de la coopération scientifique et technique est devenu un document novateur. Nous considérons et espérons que cette union des investissements, des technologies d’avant-garde et du management permettra de faire une véritable percée dans l’intérêt de la civilisation tout entière. Une grande importance revêt aussi l’aspiration de nos pays à contribuer au règlement des problèmes les plus aigus du tiers monde. Avant tout, c’est la lutte contre la faim et les épidémies, les menaces écologiques régionales. Nous avons aussi discuté les possibilités pratiques de la coopération dans la lutte contre les maladies dangereuses et nouvelles. La Russie a à ce propos avancé l’initiative de la création du système global de monitoring. Je veux noter que la Russie est non seulement le récipient de divers programmes, mais en devient elle-même de plus en plus le sponsor et une source toujours plus importante du financement de la solution des problèmes les plus divers qu’affronte notre civilisation. Je veux rappeler, j’en ai déjà parlé, qu’en six dernières années, la Russie a retranché pour un groupe des pays les moins développés du monde presque 35 milliards de dollars de dettes. Je veux encore une fois apprécier hautement les résultats du sommet qui vient de finir, remercier nos partenaires pour un travail intéressé et constructif, et nos amis français - pour leur accueil chaleureux, leur hospitalité et une organisation tout simplement brillante de notre rencontre.
Merci beaucoup.
Question (ITAR-TASS) : Comment apprécieriez-vous les résultats du sommet, que peut-on souligner, qu’à-t-on réussi à faire ?
Réponse : Je peux vous répéter ce que j’ai dit dans un cercle très restreint avec mes collègues. En nous quittant, nous y avons aussi pratiquement dressé le bilan entre nous. Vraiment, le sommet se passait dans les conditions compliquées. La situation internationale est assez compliquée aujourd’hui, et à la veille du sommet, elle a été encore plus compliquée. Après le sommet, je suis fermement persuadé que la situation est devenue meilleure. Et, franchement parlant, c’est le résultat principal. Il faut bien l’avouer, nous comprenons ce dont il s’agit. Après les événements en Irak, est apparue une certaine tension entre les pays leaders. Et je crois que c’est grâce au Président Chirac, grâce à son savoir de mener la discussion, grâce à son savoir d’organiser les pareilles choses, grâce à son expérience qu’on a réussi à aplanir beaucoup de problèmes, réussi à nous rapprocher, à rapprocher nos positions, cela dit, on a réussi à le faire au cours d’une discussion franche et essentiellement significative, ce qui est très important. Je crois que c’est même bien que le sommet se soit passé en France et, peut-être, quelqu’un d’autre n’aurait pas réussi à atteindre ces résultats. Puisque J.Chirac a tenu et organisé tout notre travail avec le brio et la convenance propres aux Français. Je ne parle même pas des documents que nous avons signés. Vous les connaissez. De mon point de vue, c’est très important. Et il est encore plus important que ces documents, et ils ont été concertés en résultat d’un travail compliqué et intense de nos assistants-Sherpas, sans être obligatoires, font des signes très clairs à la communauté internationale et à l’opinion internationale sur ce que pensent les chefs des pays leaders du monde. Cela construit de fait l’ensemble des relations internationales de façon appropriée. Je crois que c’est très important, et, parlant de la haute qualité des accords préparés, on peut estimer que le sommet d’Evian a été achevé avec succès.
Question (« ITOGUI ») : Le marathon international d’une semaine est achevé. Pouvez-vous, à l’issue des contacts avez des dizaines des chefs des états, dire ce qui change à l’égard de la Russie ?
Réponse : Je crois que c’est chose évidente. L’attitude dans le monde envers la Russie change à mesure que la Russie elle-même change. Beaucoup dépend de nous. Aujourd’hui, à propos, l’hôte du sommet, le Président J.Chirac, vient d’en parler. Parlé en passant, mais néanmoins il a dit une chose très importante - que la Russie, depuis quelques années déjà, non seulement avait déclaré abandonner la politique de l’Union Soviétique, la politique de la pression sur ses partenaires, d’écrasement, de promotion violente de ses propres idées qui nous semblaient correctes. Elle a entièrement changé sa politique. La Russie a changé elle-même, et cela modifie l’attitude à notre égard de la part de nos partenaires. C’est l’essentiel. Le problème le plus important réside en nous. A mesure que le pays se démocratise, à mesure que notre économie s’affermit et nos problèmes sociaux se résolvent, nous nous intégrons toujours plus à la communauté internationale, devenons membres à part entière des contacts internationaux. Et cela ne peut rester sans répercussion sur les rapports de la part de nos partenaires. Et les importantes rencontres internationales qu’on a tenues ont fixé ces tendances.
Question (« Kommersant ») : Il paraît que ces jours-ci, après le sommet de l’OCS, d’une série de grandes rencontres internationales à Saint-Pétersbourg et à Evian, se forme une nouvelle hiérarchie du monde, la Russie y occupe une position privilégiée. Mais il y a, d’autre part, les USA, qui font bande à part et agissent seuls. Que pouvez-vous dire là-dessus ?
Réponse : Je ne croirai pas que quelqu’un, dont un aussi grand pays comme les Etats-Unis, veuille faire bande à part. Et, connaissant le Président Bush, je suis persuadé qu’il ne veut pas cette situation pour son pays. Qui plus est, on a beau vouloir qu’il en soit ainsi, cela ne sera pas. Je parle ne serait-ce que de la puissance des Etats-Unis et, avant tout - de leur puissance économique. Pour nous, les USA sont un des partenaires leaders dans les domaines économique, politique, et sur certaines pistes de l’activité, le rôle et l’importance des Etats-Unis pour la Russie sont absolument uniques. Je parle, avant tout, de notre coopération dans le domaine de la sécurité internationale et de la stabilité stratégique. N’oublions pas que les Etats-Unis et la Russie sont les plus importantes puissances nucléaires, et de notre comportement, de nos relations dépend beaucoup au monde. Sans parler de la composante économique de notre partenariat. Compte tenu de toutes ces circonstances, ainsi que de ce qui, sur certaines pistes, est, disons, sensible pour nous, comme la lutte contre le terrorisme, les USA sont notre partenaire consécutif et fiable. Tout cela crée une certaine situation autour des Etats-Unis aussi. Donc, je ne suis pas d’accord avec la question posée ainsi, selon laquelle l’Amérique fait bande à part. C’était dans les temps passés, où l’Union Soviétique était à la tête d’un camp, et les USA étaient à la tête d’un autre, que l’on pouvait se comporter comme dans un camp. Aujourd’hui, la situation dans le monde est tout à fait différente.
Aujourd’hui, si nous voulons que le monde soit équilibré, il doit évoluer sur les principes démocratiques. Je vous assure, tous le comprennent. Si vous parlez des difficultés qui sont apparues à propos des événements en Irak, il y a beaucoup d’explications à cela. L’une d’elles, mais pas la seule, consiste, certes, en la menace que sentent les Etats-Unis, en l’amour-propre blessé après les attentats du 11 septembre, en besoin de s’affirmer. Je ne crois pas que cela ait été fait de la meilleure manière, mais c’était un des motifs de leurs actions. Certes, il faut le comprendre, mais vous connaissez notre position, elle n’a pas été que consécutive à l’égard des événements irakiens, mais assez dure. Et le Président lui-même des Etats-Unis aurait pu se conduire différemment. Il aurait pu se vexer, aurait pu tout simplement ne pas venir à Pétersbourg. Il aurait pu faire encore beaucoup de choses pour aggraver les relations russo-américaines. Mais le Président Bush a choisi une autre tactique, une autre voie. Il s’est comporté en politique sérieux. En personne qui veut développer les relations avec la Russie, avec le monde entier. Et à Pétersbourg, il y est venu. Nous avons concerté beaucoup de documents, beaucoup de problèmes importants. Il serait bête de notre part de ne pas voir ces signes et de repousser la main tendue. Ce serait une faute impardonnable de le négliger, de faire la moue, de détourner la tête, de créer des coalitions et casser la communauté internationale. Nous allons toujours nous tenir à cette position de principe sur les problèmes, sur lesquels nous avons notre propre opinion. Nous allons, avant tout, toujours poursuivre dans la mise en pratique des tâches de politique extérieure les buts de notre politique nationale et nos intérêts nationaux. Nous allons contribuer au renforcement de la communauté internationale.
Question (FRANCE PRESSE) : Que pouvez-vous dire à propos de la situation avec le programme nucléaire iranien ?
Réponse : Je crois que le problème de non-prolifération est un des principaux problèmes du XXIe siècle, un des plus aigus, au nom de la solution desquels tous les pays civilisés doivent se réunir. Concernant l’Iran, nous coopérons avec l’Iran. C’est notre voisin, et nous allons continuer de coopérer avec lui. Nous nous prononçons catégoriquement contre les problèmes que l’on sort pour s’en servir dans la concurrence déloyale, y compris sur le marché iranien. Cependant, nous croyons que l’AIEA, entre autres, doit jouer le rôle décisif dans la non-prolifération. Nous allons insister pour que tous les programmes iraniens dans le domaine nucléaire soient mis sous le contrôle de cette organisation. Et nous allons construire notre coopération avec tous les pays partant du degré de leur ouverture et de leur capacité de mettre leurs programmes sous le contrôle de l’AIEA.