En 1931, suite au circonstances politiques de l’époque, les paroisses russes d’Europe Occidentale, ayant à leur tête Son Éminence le métropolite Euloge, ont été acceptés, sans congé canonique de la hiérarchie de l’Église Orthodoxe Russe, dans la juridiction du Patriarche de Constantinople et ont été constitués en exarchat temporaire.
Extraits des journaux du Saint Synode de l’Église Orthodoxe Russe :
Journal N°92
Les membres du Synode ont pris connaissance :
Du rapport du Son Éminence le métropolite de Smolensk et Kaliningrad Cyrille, président du Département des relations ecclésiales extérieures, concernant les relations avec l’Exarchat des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale (Patriarcat de Constantinople).
Note explicative :
En 1931, suite au circonstances politiques de l’époque, les paroisses russes d’Europe Occidentale, ayant à leur tête Son Éminence le métropolite Euloge, ont été acceptés, sans congé canonique de la hiérarchie de l’Église Orthodoxe Russe, dans la juridiction du Patriarche de Constantinople et ont été constitués en exarchat temporaire.
Dans le tomos de Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople Photius II, du 17 février 1931, a été souligné le caractère temporaire de cette « régularisation canonique de la situation ecclésiale de paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale ».
Dans la lettre du faisant fonction de locum tenens, le métropolite de Nijny Novgorod Serge au Patriarche Photius, en date du 8 juin 1931, et dans nombre de lettres qui ont suivi celles-ci, cet acte a été considéré comme n’ayant pas de fondement canonique.
Dans sa réponse du 25 juin 1931, Sa Sainteté le Patriarche Photius a assuré que les affaires des paroisses russes « resteront dans leur situation actuelle jusqu’à ce que, avec l’aide de Dieu, en temps voulu, se rétablisse l’unité de la représentation de la Sainte Sœur - l’Église de Russie ». Le Patriarche Photius exprimait la volonté de « rendre plus imminent la réunion d’un Concile de toute la Russie, qui représenterait tout le Corps de la Sainte Église Locale ».
Son Éminence le métropolite Euloge après cette interruption temporaire, et qu’il considérait comme forcée, de l’obédience canonique à l’Église Orthodoxe Russe, affirmait dans ces missives :
« Le nouvel ordre d’administration des églises a un caractère temporaire. Lorsque sera rétablie la hiérarchie ecclésiale reconnue par tous et les conditions de vie normale de l’Église Orthodoxe Russe, nous reviendrons à notre situation initiale... Entrant dans cette voie, nous, bien sûr, ne nous arrachons pas, ne nous séparons pas de notre Mère l’Église russe. Nous continuons à la vénérer avec piété et l’aimer avec ferveur - notre grande Martyre, l’Église des confesseurs et des martyrs, et nous ne cessons notre unité avec elle. Nous nous engageons à soumettre à son libre jugement à venir tous nos actes durant la période de notre involontaire séparation extérieure... Ainsi ce n’est pas une séparation avec l’Église Russe : c’est juste une interruption temporaire des relations administratives officielles avec le Métropolite Serge, interruption causée par les circonstances connues de la vie contemporaine » (Message aux fidèles du 25 février 1931).
Dans le message du métropolite Euloge du 31 octobre 1931, qui portait sur la fidélité « à notre [Mère] l’Eglise Russe » il était dit : « Nous... sommes fidèles et dévoués à elle et, avec l’aide de Dieu, nous lui serons fidèles jusqu’à la mort ; gardant cette fidélité, nous restons sans altération et resterons jusqu’à la fin dans son giron salutaire ».
Le 29 août 1945, Son Éminence le métropolite Euloge et ses vicaires se sont adressés à Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis I avec la requête suivante : « Filialement nous vous demandons de couvrir par l’amour notre division avec [notre] Mère l’Église Russe et de nous recevoir avec nos paroisses en vos mains paternelles dans l’unité canonique avec l’ensemble de l’Église Orthodoxe Russe ».
Par la décision du Saint Synode de l’Église Orthodoxe Russe du 7 septembre 1945 cette requête a été satisfaite, ainsi que la requête du métropolite Euloge concernant la préservation de l’Exarchat d’Europe Occidentale dans ses frontières du moment. Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis I (par télégramme du 4 novembre 1945) et le métropolite Euloge ont informé de tout cela par écrit Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople Benjamin. Aucune objection de Sa Sainteté ne parvint.
Cependant, après la mort de Son Éminence le métropolite Euloge (le 18 août 1946), l’assemblée de l’Exarchat, en octobre 1946, en raison d’un nombre de circonstances, conditionnées par la situation politique en URSS, a statué de s’adresser au Patriarche de Constantinople en demandant de proroger l’existence de l’Exarchat sous sa juridiction. Cette requête a été satisfaite le 6 mars 1947 par Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople Maxime.
La juridiction de l’Église de Constantinople fut à nouveau interrompue par celle-ci, lorsque Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople Athénagoras par son tomos du 22 novembre 1965 a rappelé que « l’Exarchat des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale, constitué dans les conditions de l’époque, parmi les perturbations provoquées par les différends au sein de la hiérarchie russe hors-frontière, portait, comme il se doit, la marque du temporaire, et par conséquent, devait exister tant qu’existait les circonstances et les besoins qui ont entraînés sa constitution ».
Étant donné que l’Église russe « s’est sortie des divisions, s’est organisée intérieurement et a acquis la liberté extérieure », par décision du Saint Synode du Patriarcat de Constantinople, l’Exarchat temporaire des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale était dissout. Pour des raisons avant tout politiques, la proposition du Patriarche Athénagoras de retourner dans le giron de l’Église-Mère ne fut pas accomplie par les dirigeants de l’Exarchat, dont le Conseil, le 30 décembre 1965, a proclamé « l’ancien exarchat temporaire des paroisses russes en Europe Occidentale sous l’obédience du trône œcuménique, Archevêché indépendant et autonome de l’Église Orthodoxe en France et en Europe Occidentale », qui en février 1966 fut renommé en « Archevêché Orthodoxe de France et d’Europe Occidentale et des églises disséminées russes d’Europe Occidentale ».
Le 22 janvier 1971 par décision de Sa Sainteté le Patriarche Athénagoras et du Saint Synode du Patriarcat de Constantinople l’Exarchat aboli était rétabli sous la forme d’un « Archevêché des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale » inclus dans l’Exarchat du Patriarcat de Constantinople en Europe Occidentale et subordonné au métropolite des Gaules, afin que, comme il était dit dans le tomos synodal, les paroisses russes en Europe Occidentale « ne soient pas totalement privées de supervision ecclésiastique suprême et de lien avec le système administratif de l’Église ». Le bien-fondé de cet acte ne fut pas reconnu par la hiérarchie de l’Église Orthodoxe Russe, ce qui fut dit dans la lettre en date du 31 mai 1971 du locum tenens du Trône Patriarcal, le métropolite de Kroutitsy et Kolomna Pimène au Patriarche Athénagoras.
Le 19 juin 1999 Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople Bartholomée a émis le « Tomos Patriarcal et Synodal de reconstitution de l’Exarchat Patriarcal en Europe Occidentale », qui subordonnait l’Exarchat reconstitué au Trône Patriarcal de Constantinople, sous condition que « au sein de l’organisation de la vie ecclésiastique en Europe Occidentale, l’Exarque Patriarcal - Archevêque se concerte avec le métropolite de France ». Cette décision fut contestée par la hiérarchie du Patriarcat de Moscou.
Dans les circonstances de liberté, retrouvée par l’Église dans la Patrie, s’ouvrirent de nouvelles possibilités pour des relations et un dialogue avec la dissémination ecclésiale russe.
En 1995 l’archevêque d’Eukarpie Serge se rendit pour la première fois à Moscou pour une visite officielle en tant qu’hiérarque dirigeant l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale et a concélébré à Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II dans la Cathédrale de la Dormition du Kremlin. Le Concile des Évêques de l’Église Orthodoxe Russe de 1997 a exprimé sa satisfaction « du rétablissement des bonnes relations entre le Patriarcat de Moscou et les paroisses orthodoxes russes du Patriarcat de Constantinople en Europe Occidentale ». Son Éminence l’archevêque Serge fut l’invité du Concile des Évêques de l’Église Orthodoxe Russe en août 2000, a pris part à la dédicace de l’Église du Christ Sauveur et à l’acte de canonisation des Nouveaux martyrs et confesseurs de Russie.
Des consultations se sont déroulées à propos de l’avenir de l’Archevêché, que Son Éminence l’archevêque Serge (†22 janvier 2003) aussi bien qu’une partie considérable de son clergé et de ses fidèles voyaient dans le rétablissement de l’unité canonique avec le Patriarcat de Moscou, avec conservation des formes d’auto-administration qui se sont constituées durant ces longues années. Tenant compte des résultats de ces consultations, Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II a adressé le 1er avril 2003 un message aux hiérarques en charge de la dissémination ecclésiale russe, ainsi qu’à toutes les paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale.
Le 7 mai 2003 le Saint Synode de l’Église Orthodoxe Russe a statué : « Approuver les propositions contenues dans la lettre de Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II en date du 1er avril, ayant pour finalité la réunion des différentes parties de la dissémination ecclésiale russe dans les pays d’Europe Occidentale ».
Le 9 avril 2003, l’administrateur temporaire de l’Exarchat, Son Excellence l’évêque de Comane Gabriel a adressé aux fidèles un message dans lequel il a proposé d’étudier avec attention l’initiative de Sa Sainteté le Patriarche Alexis après les élections du nouvel exarque. Cependant, après l’élection de Son Excellence Gabriel au poste d’exarque par le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople, toute discussion ouverte dans l’Exarchat à propos des propositions du Patriarche furent constamment reportées, ce qui fut l’une des raisons de la fondation en 2004 de Mouvement pour une Orthodoxie Locale de tradition russe en Europe Occidentale, initié par des représentants de la dissémination ecclésiale russe. Les fondateurs de ce Mouvement ont émis une déclaration où il était dit que : « Beaucoup estiment que le temps est venu, notamment après l’appel lancé par le primat de l’Eglise russe, de redoubler d’effort pour parvenir à une organisation ecclésiale plus conforme à notre foi ».
Les « tables rondes » organisées par ce Mouvement ont montré que ce point de vue était effectivement soutenu par un grand nombre de fidèles, à qui la tradition ecclésiale russe était chère. Cependant à Moscou parvinrent des appels oraux ou écrits de clercs et laïcs, qui exprimaient leur regret et leur inquiétude à propos de la position des dirigeants de l’Exarchat, qui, selon eux, non seulement ne contribuait pas au rapprochement avec l’Église Orthodoxe Russe, mais s’exprimait également dans un comportement malveillant envers ceux qui désiraient un tel rapprochement.
Réuni le 17 novembre 2004, le Conseil de l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale a adopté les principes d’un message aux clercs et aux laïcs de l’Archevêché. Plus tard, le 9 décembre 2004, une déclaration au nom du Conseil de l’Archevêché fut signée et diffusée dans les médias. Cette déclaration peut être considérée comme une réponse officielle aux propositions émises précédemment par Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II.
On y trouve des affirmations selon lesquelles les auteurs de la déclaration veulent rester fidèles à la tradition orthodoxe russe, « conserver et promouvoir des liens particuliers d’amour, de respect et de coopération avec la Sainte Eglise de Russie que ses fidèles ont toujours portée dans leur cœur ». On trouve également dans cette déclaration une estimation positive du fait que « Sa Sainteté le Patriarche de Moscou Alexis II s’est montré conscient du grave problème de l’organisation canonique de l’orthodoxie dans les pays d’Europe occidentale », et un appel à ce que soit relancé le processus préconciliaire panorthodoxe dans le cadre duquel la question de la diaspora orthodoxe d’Europe Occidentale doit être résolue.
À côté de cela, il est dit dans cette déclaration que la missive de Sa Sainteté du 1er avril 2003, « concernant la question de savoir quel chemin il convenait d’emprunter pour aboutir à une Eglise locale unifiée dans nos pays » a profondément troublé la vie de l’Archevêché. La déclaration assure que son Éminence l’archevêque Gabriel est « prêt à engager un dialogue sur l’avenir de l’Archevêché et ses relations avec le Patriarcat de Moscou ». Cependant il est ici également dit sans ambiguïté que les auteurs de la déclaration considèrent comme « inappropriée la proposition du Patriarcat de Moscou ». Bien plus - les membres du Conseil de l’Archevêché affirme que leurs « pères et maîtres dans la foi » rejetaient « tout retour au Patriarcat de Moscou ».
Mais la déclaration tait complètement le fait que le départ des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidental de la juridiction de l’Église Orthodoxe Russe était dès le départ vu aussi bien par la hiérarchie du Patriarcat de Constantinople que par la hiérarchie de ces paroisses comme une mesure temporaire, rendue nécessaire par les circonstances politiques.
Les membres du Synode ont statué :
1) Affirmant à nouveau l’attachement de l’Église Orthodoxe Russe à la vision des voies de l’organisation de la vie ecclésiale de la dissémination russe en Europe Occidentale telle qu’elle est exprimée dans la Missive du Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis II en date du 1er avril 2003, exprimer des regrets à propos de la « Déclaration du Conseil diocésain de l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes en Europe Occidentale » en date du 9 décembre 2004, qui témoigne de fait du refus par les dirigeants de l’Exarchat de l’héritage spirituel de Son Éminence le métropolite Euloge et des autres membres éminents de l’émigration ecclésiale russe en Europe Occidentale, qui se considéraient comme enfants de leur Mère - l’Église Russe, n’ayant pas rompu leur unité avec elle, mais ayant seulement cessé d’appartenir à la juridiction du Patriarcat temporairement, en raisons des circonstances politiques que l’on connaît.
Il est particulièrement triste que cette déclaration survient précisément au moment où de nombreux milliers de fidèles orthodoxes de Russie, de Biélorussie, d’Ukraine, de Moldavie et d’autres pays, de fidèles - enfants de l’Église Orthodoxe Russe, qui ne veulent pas interrompre leur unité avec elle, se sont trouvés en Europe Occidentale et souhaiteraient organiser leur vie ecclésiale, en étant guidés pastoralement.
Témoigner du fait que l’Église Orthodoxe Russe ne se répudiera pas ses ouailles qui demeurent hors des frontières de la Patrie et ne se démettra pas de la responsabilité dont le Seigneur a chargé le Patriarcat de Moscou en ce qui concerne la sollicitude spirituelle envers cette partie du peuple de Dieu.
2) Exprimer sa préoccupation à propos des blâmes sans fondements qui, selon les communications qui parviennent, sont adressés de la part des dirigeants de l’« Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe Occidentale » aux clercs et laïcs qui souhaiteraient un retour à des relations plus étroites avec leur Mère - l’Église Orthodoxe Russe.
3) Considérer comme non fondés et non-avenus les interdits canoniques, appliqués à des clercs en raison de leur seule volonté exprimée de poursuivre la ligne de conduite indiquée par Son Éminence le métropolite Euloge, qui affirmait son intention de revenir dans la juridiction de l’Église Orthodoxe Russe dès que seront rétablies les circonstances de vie normale, et qui a par ses actes confirmés l’authenticité de ses paroles.
Journal N°93
Les membres du Synode ont pris connaissance :
Du rapport du Son Éminence le métropolite de Smolensk et Kaliningrade Cyrille, président du Département des relations ecclésiales extérieures, concernant la demande parvenue de la communauté orthodoxe russe Saint-Michel-l’Archange, de la ville d’Altea (Espagne), de reconnaître cette paroisse comme faisant partie du Patriarcat de Moscou.
Note explicative :
La communauté Saint-Michel-l’Archange, de la ville d’Altea (province d’Alicante ; Espagne), a été formée en 1997 par des ouailles de l’Église Orthodoxe Russe, ressortissants de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie et a été desservie par des membres du clergé de l’Archevêché de Paris. En 2000, sur invitation de ses enfants spirituels, a déménagé en Espagne l’archiprêtre Vladimir Koriak qui se trouvait sous interdit de célébration et, après levée de cet interdit, est resté membre du clergé sans affectation du diocèse de Rostov du Patriarcat de Moscou. Il prit en charge pastoralement et s’occupa de la construction d’une église. La communauté fut enregistrée par les pouvoirs civils locaux comme rattachée au Patriarcat de Moscou, elle reçut une terre et commença à construire une église en bois dans un style architectural russe, le projet étant approuvé par la direction d’architecture de la ville. Le 18 juillet 2004, l’assemblée générale de la paroisse a unanimement pris la décision de s’adresser à Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis et au Saint Synode de l’Église Orthodoxe Russe une demande de reconnaissance de cette paroisse comme faisant partie du Patriarcat de Moscou.
Les membres du Synode ont statué :
Reconnaître la paroisse au nom du Saint Archange Michel de la ville d’Altea (province d’Alicante ; Espagne), comme faisant partie du Patriarcat de Moscou, en l’incluant dans le diocèse de Chersonèse de l’Église Orthodoxe Russe.
Affecter sous l’obédience de Son Éminence l’archevêque de Chersonèse Innocent l’archiprêtre Vladimir Koriak, membre du clergé sans affectation du diocèse de Rostov, afin qu’il soit nommé recteur de la paroisse au nom du Saint Archange Michel de la ville d’Altea.