Déjà au temps de la guerre froide, l’Occident taisait, pour des considérations idéologiques et politiques, le rôle et la portée de l’Union Soviétique dans la lutte contre le nazisme...Et sur le front de l’Est, ont combattu environ 4,5 millions de soldats allemands et 6,5 millions de soldats soviétiques. Ici, les alliés avaient 11 mille avions, et la parties allemande n’en avait que 160. Vous saisissez la différence ?
Déclaration pour la presse de V.V.Poutine, Président de la Fédération de Russie, à la fin des festivités consacrées au soixantenaire de l’ouverture du second front, France, Caen, le 6 juin 2004
V.POUTINE :
Bonjour. Je dois dire que je crois que la manifestation, organisée par Monsieur Jacques Chirac, Président de la République Française, est très justifiée et opportune. Je la considère dans le contexte de la préparation aux manifestations consacrées au soixantenaire de la victoire de l’Union Soviétique dans la Grande Guerre patriotique et à la fin de la Seconde guerre mondiale en général.
Vous savez que la coopération internationale dans la lutte contre le fascisme, le nazisme avait commencé longtemps avant la Seconde guerre mondiale. Au fond, les forces antifascistes ont commencé à s’unir dans la lutte contre le nazisme aussitôt après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne. Et les antifascistes allemands ont été nos premiers alliés dans cette lutte. A mesure que le conflit prenait de l’ampleur, à mesure de l’augmentation de la menace et après le début de la Seconde guerre mondiale en particulier, cette coalition antifasciste se consolidait.
Et, certes, le second front dans le large sens du terme a été ouvert longtemps avant son ouverture formelle, car les livraisons d’armes, de vivres, toute sorte d’aide à l’Union Soviétique de la part des alliés, de la part des USA, ont été importantes. Et pendant la guerre, tous comprenaient ce que signifiaient les efforts de l’Union Soviétique et ce que signifiait l’aide des alliés.
Plus tard, déjà au temps de la guerre froide, l’Occident taisait, pour des considérations idéologiques et politiques, le rôle et la portée de l’Union Soviétique dans la lutte contre le nazisme, et nous passions sous silence le rôle et la portée du second front et de l’opposition dans les arrières des troupes hitlériennes sur les territoires occupés de l’Europe Occidentale.
La guerre froide est terminée. Et maintenant, j’en suis absolument certain, le temps est venu de voir objectivement les événements d’il y a 60 ans. Nous savons bien tous, et tous ici le savent bien, que sur le front occidental, ou, comme on dit, sur le second front, étaient concentrés près de 1,5 millions de soldats des alliés et près de 560 mille soldats allemands. Et sur le front de l’Est, ont combattu environ 4,5 millions de soldats allemands et 6,5 millions de soldats soviétiques. Ici, les alliés avaient 11 mille avions, et la parties allemande n’en avait que 160. Vous saisissez la différence ?
C’est pourquoi la portée de la victoire sur le fascisme, la portée de l’Union Soviétique dans cette victoire est impossible à contester. Certains pseudo-chercheurs, et, paradoxalement, même dans notre pays, cherchent encore - par inertie, je crois – à mettre en question la portée de l’apport de l’Union Soviétique à la lutte contre le fascisme. Je pense que cela aussi sera oublié dans un avenir proche. D’autant plus que nos partenaires, nos alliés du temps de la Seconde guerre mondiale en parlent ouvertement et librement. Vous avez peut-être entendu, avec quelle conviction Monsieur Chirac, Président de la France, en a parlé aujourd’hui. Je dois dire que lors de notre entretien particulier, le Président des Etats-Unis a dit directement : « Sans la Russie, rien de cela n’aurait existé ». Voici l’évaluation la plus claire, simple, honnête, ouverte et objective des événements de la Seconde guerre mondiale. Mais nous ne devons ni n’allons infirmer le rôle et la portée de nos alliés dans la lutte contre le fascisme.L’Union Soviétique attendant avec impatience l’ouverture du second front. C’était un événement immense pour notre pays et pour le monde entier, un événement qui a, bien sûr, rapproché la victoire dans la Seconde guerre mondiale. Je pense qu’aujourd’hui, il est grand temps de s’en souvenir, en pensant que le monde est confronté aux nouvelles menaces, aux menaces assez graves. L’une d’elles est, comme on sait, le terrorisme international, la lutte contre lequel exige aussi l’union des efforts.
Je répète : nos anciens combattants, qui, côte à côte, ont combattu le nazisme, y compris ici, en France, nous donnent un très bon exemple. Nous nous efforcerons de suivre cet exemple en travaillant avec esprit de suite, avec persévérance avec nos partenaires pour neutraliser les menaces dont j’ai déjà parlé plus haut.
Merci.