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imprimer cet article  DEBATS SUR LA PEINE DE MORT

Kommersant, Izvestia 14-06-01
Le thème de la peine de mort est de plus en plus populaire ces dernières semaines en Russie. Soumise à un moratoire depuis 1996, la Russie s’est engagée, pour être acceptée au Conseil de l’Europe, à abolir la peine de mort.

En dépit de cette obligation, plusieurs hauts responsables, comme l’adjoint du chef de l’Administration présidentielle, Dmitri Kozak, le ministre de la Justice, Youri Tchaïka, et le procureur général, Vladimir Oustinov, ont, ces derniers jours, laissé entendre que la mise en place des cours d’assise entraînerait la levée automatique du moratoire sur la peine de mort. La peine de mort reste en effet inscrite dans le Code pénal et la Constitution stipule que seules les cours d’assise ont le droit de condamner à mort. Actuellement, seules neuf régions en Russie bénéficient de ces cours mais, selon la réforme de la Justice, des cours d’assise seront mises en place dans toutes les régions. Les hauts fonctionnaires ne sont pas les seuls à souhaiter le retour de la peine de mort. L’écrivain Alexandre Soljenitsyne s’est également prononcé pour la levée du moratoire : " Si un salaud fait exploser une maison et provoque la mort de cent à deux cents personnes, personne ne s’inquiète du droit des victimes ". C’est pourquoi, selon l’écrivain, la peine de mort envers les terroristes est indispensable à la préservation de la société et de l’Etat. L’écrivain, dont toute l’œuvre est consacrée aux horreurs du Goulag, rejoint ici le commandant du groupement militaire au Caucase, le général Trochev, qui exigeait il y a peu l’exécution publique des terroristes tchétchènes. La levée du moratoire est également soutenue par la majorité parlementaire tandis que ses plus fervents adversaires sont les fractions Souz Pravykh Sil et Yabloko. Or, c’est du camp des adversaires de la peine de mort qu’aujourd’hui s’élèvent les propositions les plus radicales. Deux députés de la fraction Souz Pravykh Sil, Dmitri Savelev et Vera Lekareva, ont proposé à la Douma de lever le moratoire sur la peine de mort et d’ajouter au Code pénal la peine suprême pour les trafiquants de drogue. Afin d’expliquer la contradiction de leur déclaration avec la position du parti, les deux députés soulignent que Souz Pravykh Sil est démocratique et que chacun a le droit d’avoir sa propre opinion.

"La population adulte se saoule pendant que la jeunesse fume et sniffe " déclare Vera Lekareva qui appelle à la mort des trafiquants et rappelle que la Russie compte déjà 5 millions de toxicomanes. Selon ses termes, elle aurait discuté avec le Président de cette situation et Vladimir Poutine aurait approuvé sa proposition. Le député Dmitri Savelev, ancien président de la compagnie pétrolière Transneft, assure quant à lui qu’il a déjà recueilli un million de signatures à Nijni Novgorod en faveur de cette proposition. " Nous ne pouvons pas ignorer l’avis des électeurs " assure-t-il, marquant ainsi un point dans sa campagne électorale au poste de gouverneur de Nijni Novgorod. Quant à la perspective d’être exclu du Conseil de l’Europe, elle n’effraie pas les deux députés : " Si l’Europe était confrontée à une telle vague de toxicomanie, elle aurait également recours à des mesures sévères " assure Dmitri Savelev. Les trafiquants de drogue ne sont pas les seuls concernés par la proposition des deux députés qui souhaitent que la peine de mort soit également appliquée aux violeurs d’enfants et aux vendeurs d’organes. " La question de la peine de mort est un test pour le pouvoir en place. Si le moratoire est levé, il deviendra évident que l’adhésion de la Russie au Conseil de l’Europe n’aura plus rien de concret et surtout que la Russie n’est pas prête à adopter les principales valeurs européennes " écrit le journal Izvestia. Dans ce débat, le dernier mot devra venir du Président qui, pour l’instant, ne s’est pas prononcé. Anatoli Pristavkine, président de la commission de grâce (voir article p.9), estime que, par cette campagne, les partisans de la peine de mort tentent d’attirer le Président dans leur camp. " Ils testent le nouveau Président, ils veulent voir sa réaction sur les déclarations en faveur d’une levée du moratoire. Je suppose que le Président ne peut et ne doit pas revenir sur cette question " conclut Anatoli Pristavkine.

Kommersant, Izvestia 14-06-01

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