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imprimer cet article  Conférence de presse à l’issue de la rencontre V. Poutine avec J. Chirac, Président de la France,

Krasnoznamensk, le 3 avril 2004
Le Président Chirac, a visité avec beaucoup d’intérêt le Centre principal de commandement des moyens spatiaux. Le fait même d’avoir visité ce site unique est le signe d’une ouverture nouvelle dans nos relations. Je tiens à noter qu’auparavant, deux dirigeants français ont visité les sites de l’infrastructure spatiale russe - le Général de Gaulle, en 1966, et le Président Mitterrand en 1988. Les deux ont visité le site de lancement « Baikonour ». Aucun ressortissant étranger n’avait jamais été accueilli sur ce site-ci.

Déclaration pour la presse et réponses aux questions des journalistes au cours de la conférence de presse à l’issue de la rencontre avec Jacques Chirac, Président de la France, Krasnoznamensk, le 3 avril 2004 :

- V.POUTINE : Mesdames, messieurs, Bonjour,

Avant tout, je voudrais remercier le Président de la République française de cette visite. Les entretiens sont très productifs, très intenses. Leur esprit et leur contenu reflètent la nature même des relations franco-russes. Il s’agit de relations qui ont toujours été et resteront des relations privilégiées, amicales et de confiance. Nous avons abordé en détail le développement des relations bilatérales et échangé nos opinions sur les problèmes internationaux. Un des sujets centraux est d’assurer la stabilité en Europe et dans le monde. Nous avons parlé des mesures qui permettent, à l’étape actuelle, de renforcer le système de sécurité internationale et de nous opposer plus activement aux menaces globales, et avant tout au terrorisme.

Les actes terroristes récents à Moscou, en Espagne, en Ouzbékistan ont montré que pour atteindre leurs objectifs, les criminels se permettent des atrocités de plus en plus perverses. Et force est de constater : ils prennent à l’imprévu le monde civilisé, qui n’a pas réussi, malgré les menaces évidentes, à mettre en place un système d’actions solidaires. C’est pour cela qu’il faut déployer des efforts communs et efficaces afin de neutraliser les réseaux terroristes et les priver de soutien financier. Nous avons accordé une importance particulière au développement de la coopération entre la Russie et l’Union Européenne, ainsi qu’à la création des espaces européens communs dans les domaines de l’économie et du commerce, de la liberté, de la sécurité intérieure et extérieure et de la justice, de la culture et de la science. Pour la Russie moderne, l’Union Européenne est un des partenaires clé. Et je me réjouis de constater que, d’une année sur l’autre, nos relations avec cet acteur majeur d’intégration se développent et se renforcent sous toutes ses formes. Nous avons l’intention d’accorder à l’avenir une attention particulière à ce volet de notre politique.

Quelques mots sur l’élargissement de l’Union européenne. Nous avons mis en place un processus de négociation concernant les problèmes concrets qui apparaissent, compte tenu de l’adhésion à l’Union européenne des nouveaux états. Je suis convaincu qu’il faut trouver des solutions acceptables, basées sur le compromis. Des décisions qui seront fonctionnelles, dans une perspective stratégique, pour assurer à la Grande Europe et à la Russie un grand avenir. Cette position a été actée dans les décisions des Sommets de Saint-Pétersbourg et de Rome entre l’Union Européenne et la Russie.

Nous avons échangé avec le Président de la France nos opinions sur d’autres problèmes internationaux et régionaux. Je voudrais noter : nos approches sur le règlement concernant l’Irak, le Proche-Orient, le problème afghan convergent presque totalement.

Nous avons parlé des conflits interethniques au Kosovo. Nos pays ne peuvent pas rester à l’écart des événements dramatiques qui ont eu lieu dans cette région. Comme vous le savez, la Russie a déjà fourni aux victimes des violences une assistance humanitaire. Nous croyons que la communauté internationale devrait prendre d’urgence des mesures pour normaliser la situation dans cette région. Lors de notre rencontre, nous avons abordé dans le détail les perspectives de la coopération bilatérale et économique. Nous estimons nécessaire de renforcer toutes ses composantes : les liens commerciaux, la coopération dans les domaines de l’investissement et de l’innovation, ainsi que de la coopération militaire et technique. Je tiens à noter surtout le grand potentiel d’approfondissement de la coopération dans le domaine des hautes technologies. Nous avons jeté des bases solides dans les secteurs de l’aviation et de l’aéronautique. Nous espérons aussi le succès de la réalisation des projets d’envergure dans le domaine spatial, notamment le lancement des porteurs Soyouz à partir du centre spatial de Guyane. J’espère que notre invité, le Président Chirac, a visité avec beaucoup d’intérêt le Centre principal de commandement des moyens spatiaux. D’autant plus qu’il montre le potentiel technologique et humain de la Russie pour sa participation à une large coopération internationale en ce qui concerne la conquête de l’espace.

Le fait même d’avoir visité ce site unique est le signe d’une ouverture nouvelle dans nos relations. Je tiens à noter qu’auparavant, deux dirigeants français ont visité les sites de l’infrastructure spatiale russe - le Général de Gaulle, en 1966, et le Président Mitterrand en 1988. Les deux ont visité le site de lancement « Baikonour ». Aucun ressortissant étranger n’avait jamais été accueilli sur ce site-ci.

Dans les relations entre la Russie et la France, deux pays avec de fortes traditions culturelles, la coopération au niveau des hommes joue un rôle primordial. Conscients de ce fait, nous avons parlé de mesures pour de nouvelles perspectives. Il s’agit de l’enseignement de la langue russe en France et de la langue française en Russie, ainsi que des échanges entre jeunes.

En guise de conclusion, je voudrais saluer très sincèrement le Président Chirac et tous nos invités français. Je suis convaincu qu’aujourd’hui, nous avons fait un pas important dans le développement de nos relations. Merci de votre attention.
- QUESTION (chaîne TV « Rossia ») : Tout le monde est préoccupé dans notre pays par les derniers actes terroristes en Europe, en France, où l’on a réussi, Dieu merci, à le prévenir, et en Espagne où les conséquences ont été très graves. Que pensez-vous, pourquoi le terrorisme se propage-t-il si rapidement dans le monde, et est-ce que la France comprend maintenant mieux la Russie, où le terrorisme a vu le jour avant et où les actes terroristes étaient très durs ?
- V.POUTINE (complétant la réponse de J.Chirac) : Premièrement, je suis tout à fait d’accord avec l’opinion du Président de la France. Je crois qu’à cet accroissement de la menace terroriste, il y a nombre de raisons. Tout d’abord, l’écart qui augmente entre le niveau de bien-être des pays industriellement développés, une ceinture où habitent un milliard de personnes et celui des pays qui sont toujours sur le chemin du développement. Cet écart existe toujours, et cela crée les conditions d’un accroissement des menaces terroristes. Deuxièmement, après l’écroulement du soi-disant camp socialiste, des changements dramatiques ont eu lieu en Europe. Et les conditions ont été créées pour une augmentation du terrorisme, malheureusement. Il y a une troisième circonstance dont il faut tenir compte, c’est le manque d’unité sur l’analyse, l’approche et les méthodes de lutte contre le terrorisme au niveau international. Le manque de cadre juridique. Tout ceci, à mon avis, explique l’augmentation et le développement du terrorisme. On en a parlé à plusieurs reprises, mais je tiens à le souligner, le système des doubles normes est absolument inacceptable. Et je tiens à exprimer ma solidarité avec la position du Président de la France, qui a dit que toutes les questions qui font l’objet de différends doivent être résolues par des moyens pacifiques. Des moyens basés sur la terreur sont absolument inacceptables pour résoudre les problèmes. Nous devons le comprendre clairement, et il faut utiliser cela comme base pour développer des solutions à ce problème très important d aujourd’hui.
- QUESTION : Monsieur le Président (parlant à J.Chirac), aujourd’hui vous êtes en Russie, lundi vous accueillez, à Paris, la Reine d’Angleterre, dans les semaines qui viennent, vous allez préparer en France les cérémonies du 60ème anniversaire du débarquement des alliés en Normandie. Est-ce que cette forte activité internationale, diplomatique est compatible avec l’engagement que vous avez pris auprès des Français d’être plus présent sur la scène intérieure française ?
- V.POUTINE (complétant les paroles de J.Chirac) : Je voudrais ajouter, bien que la question ne m’ait pas été posée. Vous savez, à part les questions de politique générale et les questions de caractère international, près de 80% de notre temps a été consacré à la coopération économique, tant au niveau bilatéral que dans le format Russie-Union Européenne. Tout de même, la croissance des échanges de 28% l’année dernière est très impressionnante. Elle produit la croissance de l’économie et de l’emploi, et des perspectives. Il est ainsi très important pour nous de voir, comment la question énergétique sera traitée en Europe. Non seulement ceux qui s’occupent de l’économie directement, mais les citoyens seront intéressés de comprendre comment les relations franco-russes vont influencer, par exemple, l’augmentation des prix du pétrole, et de l’essence en Europe. Ce sont des questions concrètes qui sont directement liées au développement économique, mais aussi au bien-être social des citoyens russes et français
- Question (BBC) : Ma première question, à Monsieur Jacques Chirac. Aujourd’hui, vous avez vu sur les écrans des tirs de fusées. On sait que récemment, des informations ont été publiées concernant de nouvelles études, de nouvelles recherches en Russie. Est-ce que vous n’êtes pas effrayé par le fait que la Russie développe ce genre d’armement ? Ensuite, une question pour le Président russe. Vladimir Vladimirovitch, la question est politique. Lors du lancement, Gagarine a dit : « On y va ! ». Vous êtes au début de votre deuxième mandat. Où « allez-vous », et où voulez-vous « arriver » ?
- V.POUTINE (après les paroles de J.Chirac) : Avant tout, je voudrais répondre à la question sur la sécurité. Le fait même que nous ne faisons pas que développer les systèmes d’armement les plus modernes comme tous les membres du club nucléaire - et la Russie ne fait pas l’exception dans ce sens, - le fait même que nous estimons possible dans les conditions actuelles, de faire part des développements les plus prometteurs à nos partenaires français, ce dont il s’est agi précisément lors des discussions à huis clos avec le Président de la France, peut dire que la Fédération de Russie est tout à fait ouverte et transparente sur la sécurité. Nous cherchons à assurer les intérêts nationaux russes, à assurer la sécurité dans notre pays. Mais nous allons le faire ouvertement, autant que possible, compte tenu du niveau de coopération au niveau militaire et au niveau bilatéral, et dans le cadre de nos contacts avec l’OTAN. Et je tiens à vous rassurer sur le fait que tous les efforts que fait la Russie pour assurer sa sécurité ne sont pas de caractère agressif et ne sont dirigés contre personne.

Vous nous avez rappelé la phrase de Y. Gagarine qui a dit : « On y va ! ». Nous « irons » plus loin, mais nous allons « avancer » selon les règles. Et nous appelons tout le monde à renforcer le système international de sécurité et le cadre juridique international dans le domaine de la sécurité internationale.

En ce qui concerne nos priorités, elles relèvent d’abord du niveau économique, qui est pour nous le fondement de la solution des problèmes sociaux de la population russe. C’est notre première priorité.

Merci beaucoup.

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