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Le 21 février 2004 - Dossier spécial "Art de la traduction"
L’histoire du manuel de traduction commence avec l’époque des réformes de Pierre le Grand. Les premieres livres traduits parus en 1708, le premier manuel contenant une introduction théorique, en 1765 ; c’étaient des traductions, de l’allemand et du français. La « théorie » n’existait pas. Pierre le Grand instruisit ainsi un de ses traducteurs : « Vysokih slov slavenskih klast’ nenadobjat’, no Posol’skogo prikazu upotrebi slova » (Il ne faut pas employer des mots slavons élevés mais ceux de la langue du Bureau des ambassades).

D’un côté émergea le type des littérateurs professionnels qui ressemblaient déjà aux littérateurs-fonctionnaires, littérateurs au service de l’État de l’époque de Pierre le Grand, de l’autre côté commença à se constituer un public socialement hétérogène de lecteurs laïcs. Au même moment l’art de l’imprimerie apparut en Russie. En 1708-1709, neuf premiers livres laïcs imprimés en caractères russes sortirent des nouvelles presses à Moscou.

Ce fut une grande innovation car, avant 1708, on n’employait en Russie que le format in-folio et les livres, imprimés sur du papier grossier, reliés souvent entre deux plaques de boisrecouvertes de cuir, étaient lourds et difficilement maniables.

La théorie de la traduction en Russie donnait lieu, depuis le XVIe siècle, à une véritable bataille. Les partisans de la technique la plus ancienne (la traduction « mot à mot », poslovnyj perevod) s’opposaient à ceux de la théorie grammaticale. Les premiers partaient de l’idée de la nature iconique du mot. Le principe du lien inséparable entre le sens d’un texte et sa forme imposait la nécessité de préserver la forme de l’original dans la traduction sans chercher à la rendre compatible avec la nature de la langue-récepteur. Les seconds insistaient sur la nécessité de comprendre les particularités structurales dela langue d’origine et de la langue-récepteur, et de chercher des adéquations entre elles.

La traduction de Mihail Zafirov, célèbre traducteur russe, appartient à ce dernier courant. Il s’efforçait de traduire et non pas de dire avec ses propres mots, d’être exact sans défigurer la syntaxe russe pour garder la phrase allemande ; il évitait le lexique religieux marqué du vieux slave. En même temps la traduction de Zafirov révèle les difficultés qu’il dut éprouver. La langue russen’étant pas encore appropriée à la conversation courtoise (ni écrite ni orale), il se trouva devant la nécessité de créer un style et même d’inventer des néologismes pour établir en russe la classification des lettres.

Si les réformes économiques et politiques lancées par Pierre le Grand concernaient également la noblesse, le clergé et les classes urbaines, les réformes du comportement social et la nouvelle littérature s’adressaient seulement aux nobles, et avant tout aux aristocrates. C’était pour eux que Pierre le Grand ordonnait des traductions et imprimait des livres sur l’histoire ancienne et moderne, sur l’héraldique, le bonton et l’art d’écrire des lettres. La plupart des textes allemands portaient sur des événement typiques de la vie aristocratique. En Russie il resta destiné à l’usage des aristocrates.

Les manuels traduits (la première édition - traduction de Der Allzeitfertige Secretarius (Nürnberg, 1693) )contenait cent modèles de lettres d’invitation (zvatel’nye), de remerciement (blagodarstvennye), de requête (prositel’nye), de recommandation (vruchitel’nye), de félicitation (pozdravitel’nye), d’intercession (zastupitel’nye), d’information (vozvestitel’nye), de condoléances (soÂaletel’nye) et de réconfort(uteÒitel’nye).

Le tirage n’est pas connu, mais les Exemples furent imprimés deux fois en 1708 puis deux fois encore : en 1712 (480 exemplaires).

La traduction commandée par Pierre le Grand, fut effectuée par Mihail Zafirov, traducteur du Posol’skij prikaz (Bureau des ambassades).

À la même époque, les traducteurs de Posol’skij prikaz travaillaient sans recourir à une théorie explicite, ils créèrent une école dont le principe majeur : produire des traductions exactes mais claires et faciles à lire.

Pour ces premiers lecteurs, les Exemples devaient présenter un contraste frappant avec la réalité qui leur était connue. L’usage épistolaire russe de l’époque imposait l’utilisation d’épithètes et de suffixes péjoratifs dans la « formule finale ». Ainsi, Pierre le Grand signait des lettres à sa mère (en 1689-1693) comme « nedostojnyj syniÒka tvoj PetruÒka » (Ton fils indigne, PetruÒka), la princesse Golicyn en écrivant à son mari, le prince Vladimir Golicyn (au début du XVIIIes.), signait « ÂeniÒka tvoja Dun’ka mnogo chelom b’et do lica zemnogo » (Ta femme Dun’ka qui se prosterne maintes fois).

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