L’interdiction internationale sur le commerce de caviar n’y a rien changé ou presque : les pêcheurs azerbaïdjanais continuent de se livrer au trafic des oeufs d’esturgeon au vu et au su de tous, malgré la disparition des stocks.
Environ 90% des esturgeons vivent dans la mer Caspienne, leurs oeufs, le caviar, constituant un hors-d’oeuvre hautement apprécié depuis des siècles. Mais le commerce illicite des oeufs d’esturgeon de la Caspienne, évalué à plusieurs centaines de millions de dollars, menace aujourd’hui de faire disparaître l’espèce à tout jamais.
"C’est sûr qu’il y a toujours du braconnage qui se fait dans la Caspienne", assure Julia Roberson de Caviar Emptor, une organisation pour la protection des esturgeons basée en France.
Les pêcheurs attendent tout de même la tombée de la nuit pour sortir en mer afin de ne pas trop attirer l’attention, la pêche à l’esturgeon étant, officiellement, strictement limitée en Azerbaïdjan.
Les pêcheurs affirment prendre deux à trois esturgeons par semaine et être payés jusqu’à 500 dollars pour un kilo de caviar. Un poisson femelle peut porter des dizaines de kilos d’oeufs.
Un détaillant de produits de luxe proposera du caviar d’Azerbaïdjan pour quatre à dix fois ce prix, soit entre 60 et 175 dollars l’once (28,35 grammes).
En janvier, une agence de l’Onu, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), a interdit les exportations de caviar de plusieurs pays, dont l’Azerbaïdjan, dans un tentative pour sauver l’espèce.
Mais Bakou demande la levée de l’interdiction en 2007, soutenant que la seule façon de combattre la contrebande est d’autoriser l’exportation.
"C’est un terrible coup, une partie non négligeable de notre budget provient de l’industrie liée à l’esturgeon", affirme Tariel Mamedly, responsable de la protection de l’esturgeon au ministère azerbaïdjanais de l’Environnement.
Les pays occidentaux devraient faire plus pour empêcher la vente de caviar de contrebande chez-eux au lieu de s’en prendre à l’industrie du caviar d’Azerbaïdjan, estime-t-il.
"Si vous n’achetez pas de caviar de contrebande, nos braconniers ne le pêcheront pas parce qu’il n’y aura pas de marché (...) Je peux entrer dans n’importe quel restaurant en Europe et commander du caviar de contrebande".
Près de 12 tonnes de caviar de contrebande ont été saisies en Europe entre 2000 et 2005. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, estiment les experts.
Les écologistes reprochent aux Etats de la Caspienne, qui se querellent depuis des années au sujet de la partition de cette mer riche en hydrocarbures, de n’avoir pas su mettre sur pied de plan sérieux pour sauver l’esturgeon.
"Rien ne prouve que les stocks de poisson se sont suffisamment rétablis pour reprendre le commerce. Nous espérons que Cites ne donnera pas son accord à de nouveaux quotas", affirme Mme Roberson.
Les pêcheurs reconnaissent qu’il y a un problème mais estiment que c’est la pollution causée par l’industrie pétrolière off-shore qui est à blâmer et non la surpêche.
"Nous devons aller toujours plus loin pour trouver des esturgeons. C’est tellement pollué", raconte Abbas, 46 ans, propriétaire d’un bateau en bois de six mètres propulsé par deux puissants moteurs.
Khalil, un vieux pêcheur portant une casquette et de grandes bottes en caoutchouc, se souvient de l’époque où il travaillait pour l’entreprise soviétique Azriba.
"On pêchait 600 kilos de caviar par jour. On mangeait le caviar à la cuillère", raconte-t-il.