En prenant la décision de canoniser l’empereur Nicolas II, l’impératrice Alexandra et leurs enfants, le Concile jubilaire des évêques a non seulement tenu compte de milliers de témoignages, mais aussi de l’amour pieux que les chrétiens leur manifestent ainsi que des miracles qui leur sont attribués.
Les icônes représentant le tsar Nicolas II et son auguste famille sont vénérées depuis bien longtemps dans de nombreuses églises de Russie. Et la vénération populaire a toujours été considérée, par l’Église orthodoxe russe, comme l’une des conditions les plus importantes d’une canonisation. De ce point de vue, celle de la famille impériale n’est donc pas une exception.
En prenant la décision de canoniser l’empereur Nicolas II, l’impératrice Alexandra et leurs enfants, le Concile jubilaire des évêques a non seulement tenu compte de milliers de témoignages, mais aussi de l’amour pieux que les chrétiens leur manifestent ainsi que des miracles qui leur sont attribués.
Cette canonisation n’est donc pas une constatation d’une vénération populaire, mais un acte de plénitude ecclésiale, dans lequel l’unité de l’Église - terrestre et céleste, militante et triomphante - se manifeste d’une façon visible. Cette unité mystérieuse se faisait d’ailleurs sentir, avec une force particulière, lors de la liturgie célébrée en la cathédrale du Christ-Sauveur, récemment reconstruite, quand, en présence des hauts représentants des Églises sœurs, de l’ensemble des évêques de l’Église orthodoxe russe, du clergé, des moines et d’un nombre important de croyants, nous avons accompli le rite de canonisation de l’ensemble des nouveaux martyrs et confesseurs de la foi, parmi lesquels la famille du tsar a pris une place si remarquable.
Ces minutes inoubliables furent celles du triomphe authentique de la foi chrétienne. La splendeur de la cathédrale rebâtie, le cours solennel et sévère de l’office religieux, tout était en quelque sorte relégué au second plan. Le sang des martyrs, leur fidélité à Dieu poussée jusqu’au sacrifice, voilà la beauté réelle et inaltérable de l’Église. L’héritage vivant d’une foi invincible, l’adoration de la grandeur du humble exploit de ceux qui ont souffert, le sentiment de leur proximité spirituelle, tout cela emplissait nos cœurs d’une joie indicible. Je suis persuadé que les milliers de personnes qui priaient dans l’église ressentaient la même chose que moi.
D’un point de vue spirituel, la canonisation de la famille impériale et d’un nombre imposant de nouveaux martyrs et confesseurs de la foi est, me semble-t-il, l’événement le plus important du dernier concile. Les évêques qui y ont pris part ont d’ailleurs tous exprimé l’espoir de voir cet acte devenir un moment crucial de notre histoire.
En témoignant de sa fidélité envers l’héritage de ses martyrs, l’Église russe a, en même temps, exprimé le repentir d’un peuple durement frappé, dans sa chair, pour être tombé dans l’abîme de l’apostasie.
Les grands desseins de Dieu se sont en effet accomplis en cette fin de siècle. De féroces persécutions de la foi, accompagnées de l’anéantissement de millions d’êtres innocents, se sont abattues sur la Russie. L’Église russe a vécu le Golgotha et elle vit, actuellement, la Résurrection. Les ossements d’un nombre incalculable de martyrs ont été enfouis dans notre terre et leur foi, semblable à l’or purifié par le feu (Révélation, 3, 18), s’est mise à resplendir avec encore plus d’éclat. Leur sang, selon le mot fort juste de Tertullien, est devenu la semence de cette chrétienté qui renaît dans notre pays. Ils sont morts afin de donner beaucoup de fruits, comme le grain de blé (Jean 12, 24). Dieu entend leurs saintes prières, et Il nous aide à trouver la guérison spirituelle qui transfigure la vie du peuple.
La canonisation du tsar et de sa famille a longuement été discutée, au sein de l’Église. Les opinions les plus diverses se sont exprimées avant le concile. Elles ont toutes été soigneusement étudiées par la Commission du Saint Synode, chargée de la canonisation, puis par les membres du concile épiscopal. Le premier examen de la question eut lieu au Concile des évêques de 1997, et la nécessité de soupeser attentivement le « pour » et le « contre » avait incité les prélats à reporter leur décision définitive. Cette démarche fut juste.
Bien des éclaircissements quant au chemin spirituel de l’empereur Nicolas II et des membres de sa famille ont été apportés ces dernières années, loin des débats politiques et des considérations conjoncturelles.
Ainsi, le concile d’août 2000 a particulièrement souligné le fait que cette canonisation n’a aucun lien ni avec l’idéologie monarchiste, ni avec la monarchie en tant que forme de gouvernement. Cela a balayé nombre de critiques, exprimées ces dernières années. Le concile a bien noté qu’elle n’était fondée ni sur l’activité gouvernementale de l’empereur Nicolas II ni sur son attitude à l’égard de l’Église, choses à propos desquelles s’exprimaient des jugements contradictoires, mais qui n’empêchent pas les croyants de voir, dans les souffrances des membres de la famille du tsar, la manifestation d’une patience et d’une piété chrétienne, qui sont autant de manifestations d’une indestructible foi en Jésus-Christ.
Alexis II,
patriarche de Moscou et de toutes les Russies