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imprimer cet article  Beslan : l’impossible deuil russe

Sur FRANCE 5 > C DANS L’AIR, le 6 octobre 2004
Il y a un mois, lorsque près de 350 enfants, leurs parents et leurs enseignants ont été tués à Beslan le matin du 3 septembre 2004 après une prise d’otages de deux jours, un media russe qualifia l’événement de 11 septembre de la Russie.

Après la tragédie, Beslan est devenue synonyme de terreur absolue. La télévision a fait entrer cette prise d’otages dans nos salons. Ce qui s’est passé à Beslan nous a tous profondément frappés parce que c’était le premier acte terroriste dirigé contre des enfants. Quand nous avons vu ces enfants fuyant se faire tirer dessus ou les survivants ensanglantés se mettre à l’abri, nous avons ressenti leur douleur.

Rappel des faits

Un mois après une vague d’attentats meurtriers en Russie et la tragique prise d’otages de Beslan, revendiquée par le chef radical tchétchène Chamil Bassaev, Vladimir Poutine tend à raffermir et à centraliser ses pouvoirs, justifiant ses positions, entre autres, par la lutte anti-terroriste. Cette soudaine remise en question des acquis démocratiques suscite l’inquiétude au niveau international...

Après l’annonce d’une centralisation autoritaire du pouvoir par le président russe, les députés s’apprêtent à voter une série de textes législatifs renforçant le contrôle des citoyens et de leurs déplacements tout en accroissant le pouvoir des services de sécurité.

La Douma (l’équivalent de notre Assemblée nationale) a adopté un texte "sur la sécurité nationale face au terrorisme international" qui prévoit notamment de revoir la législation "sur la liberté de mouvement des citoyens et le choix du lieu de résidence" et évoque des "mesures spéciales" pour la délivrance des passeports et visas.

Le 13 septembre 2004, le chef de l’Etat avait déjà annoncé plusieurs mesures destinées à renforcer la "verticale du pouvoir". Les gouverneurs régionaux, élus jusqu’ici au suffrage universel, seront nommés par le Kremlin, avant d’être avalisés par les parlements locaux. Les députés, dont une partie concourait dans des circonscriptions, seront maintenant tous élus sur des listes à la proportionnelle.

A quelques semaines du sommet entre l’Union européenne et la Russie, les Etats ménagent les relations avec Moscou et le président russe se veut rassurant à l’égard des pays occidentaux, affirmant "qu’il n’y a pas de changement de cap".

Pour autant, au Parlement européen, le maître du Kremlin est vivement critiqué pour sa tentative de réduire encore les libertés par une réforme des institutions.George W. Bush a par ailleurs officiellement lancé une mise en garde à Vladimir Poutine sur le maintien de la démocratie en Russie.

A l’intérieur du pays, les médias tirent la sonnette d’alarme et les intellectuels ne semblent pas rassurés, critiquant la gestion "déplorable" de la prise d’otage de Beslan et l’impuissance du pouvoir russe en Tchétchénie.

Une lettre signée par une trentaine de journalistes dénonce en effet la censure à la télévision. "On tente de nous imposer une ligne officielle à la place de l’actualité, de la propagande à la place des discussions libres", souligne le texte, publié par plusieurs journaux.

Vladimir Poutine a néanmoins appelé les organes de presse à "définir des règles pour se transformer en un instrument effectif de lutte contre le terrorisme". "Il est important non seulement de neutraliser les terroristes eux-mêmes, mais d’isoler totalement leurs représentants politiques et leurs idéologues", a-t-il déclaré par ailleurs.

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