Le milliardaire russe Boris Berezovski exilé en Grande-Bretagne, opposant au président russe Vladimir Poutine, a déclaré cette semaine financer un mouvement clandestin en Russie ’pour préparer les gens à descendre dans la rue’ en vue d’un renversement du régime russe.
"Je ne finance pas de partis qui sont représentés ouvertement sur la scène politique russe parce que c’est complètement inutile mais j’ai financé des gens qui sont dans la clandestinité et qui essayent de lutter contre le régime", a dit l’homme d’affaires recherché par la justice russe, en marge d’une conférence de presse à Londres.
Ce mouvement "fait ce que tous les mouvements clandestins au monde s’efforcent de faire, il prépare les gens à descendre dans la rue, à utiliser le pouvoir de la force contre un gouvernement", a-t-il précisé, citant en exemple la "révolution orange" en Ukraine en 2004.
Boris Berezovski a estimé qu’un soulèvement populaire déclenché par un mouvement clandestin "pourrait fonctionner entre les élections législatives et l’élection présidentielle", soit entre le 2 décembre et le 2 mars.
Ancienne éminence grise du Kremlin sous Boris Eltsine, tombé en disgrâce avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, M. Berezovski a obtenu le statut de réfugié politique en Grande-Bretagne en 2003. La Russie a cherché à plusieurs reprises sans succès à obtenir son extradition et l’a inculpé, entre autres, de "tentative de coup d’Etat", après une série d’interviews dans lesquelles il prônait le renversement du régime de M. Poutine.
Dans un discours mercredi devant un grand meeting de campagne, le président russe Poutine a décrit les dirigeants de l’opposition comme des "chacals" et mis en garde contre la menace de tentatives de coup d’Etat financées de l’étranger.
Né dans une famille juive de Moscou, Berezovsky étudie la sylviculture et les mathématiques appliqués, reçoit son doctorat en 1983, et devient Membre associé de l’Académie des sciences de Russie en 1991.
Berezovky débute dans le monde des affaires en 1989, au moment de la perestroika, en achetant et revendant des automobiles (principalement des Lada) de l’entreprise d’État AutoVAZ. Officiellement, Berezovky avait le titre d’expert en management dans cette société. En 1992, il devint le président d’une nouvelle compagnie, LogoVAZ, distributeur exclusif d’AutoVAZ. Durant la période d’anarchie du début des années 1990 en Russie, Berezovsky, comme de nombreux hommes d’affaires, a été la cible du racket de la mafia russe.
Pendant la présidence de Boris Eltsine, Berezovsky est l’un des hommes d’affaires qui parvient à avoir accès au président. Il utilise son réseau politique pour acquérir des parts dans plusieurs entreprises d’État privatisées dans des secteurs-clés de l’économie, dont AutoVAZ, la compagnie aérienne Aeroflot, et des enteprises de matières premières, en ne payant qu’une fraction de leurs valeurs réelles et en se servant d’une banque pour financer ces opérations. Ces opérations sont critiquées aujourd’hui, par les analystes économiques étrangers comme par le pouvoir russe, comme un pillage systématique des biens de l’État, par sociétés-écrans interposées.
Il acquiert aussi plusieurs holdings contrôlant des médias. Il devient ainsi le principal actionnaire (à 49 %) de la chaîne de télévision ORT, la plus regardée en Russie, et propriétaire des quotidiens Novaïa Gazeta et Nezavissimaïa Gazeta. Les médias que contrôle Berezovsky assurent un soutien essentiel à Boris Eltsine lors de sa réélection en 1996. Durant ces années, Berezovsky est l’un des principaux partisans de la libéralisation politique et économique en Russie. Il fait partie du « clan Eltsine », avec la fille du président, Tatiana Diatchenko, et le chef de l’administration présidentielle, Alexandr Volochine. Berezovsky s’est vanté d’avoir fait destituer trois Premiers ministres (Sergueï Kirienko, Ievgueni Primakov, qui avait décidé de centrer son action contre les oligarques, en 1998, et Sergueï Stepachine).
Berezovsky s’implique en politique en investissant dans les médias, en finançant des candidats libéraux, en prononçant des déclarations politiques et aussi en recherchant des fonctions. Il est le numéro deux du Conseil national de sécurité en 1996-1997, puis secrétaire général de la CEI (Communauté des États indépendants) de mai 1998 à mars 1999. À chaque fois, il est limogé par Boris Eltsine. En décembre 1999, il se fait élire député de la Douma dans une circonscription de la Kabardino-Balkarie, une république du Caucase du Nord où il ne se rend guère.
Pendant la première guerre de Tchétchénie, Berezovsky joue un rôle important. Ses relations avec la mafia tchétchène à Moscou ont fréquemment été évoquées par ses adversaires, on l’a accusé de profiter de trafics d’armes et d’être impliqué dans des projets liés à cette guerre, parmi lesquels un pipeline transportant le pétrole de la mer Caspienne, qui devait traverser initialement le territoire tchétchène. Selon Ramzan Kadyrov, président actuel de la Tchétchénie, Boris Berezovsky a contribué à lancer le commerce du kidnapping dans le nord du Caucase, alors qu’il était Conseiller national à la sécurité en 1996, en proposant à des chefs tchétchènes radicaux de se faire payer (en échange de la paix) indirectement par des rançons sur lesquelles les autorités fermeraient les yeux. Berezovsky lui-même a admis avoir été en contact avec Chamil Bassaïev, chef de la branche islamiste des indépendantistes tchétchènes, et n’a pas caché lui avoir donné plus de 2 millions de dollars, en affirmant que Bassaïev était un interlocuteur incontournable en Tchétchénie.
En octobre 2001 il s’exile à Londres, où il habite en alternance avec sa propriété du cap d’Antibes, sur la Côte d’Azur. Sous la pression du gouvernement russe, il vend plusieurs de ses holdings. Début 2002, Berezovsky est dépossédé de ses parts dans la chaîne de télévision ORT, et en mai, le Kremlin prend le contrôle de son autre chaîne, TV6.
Le journaliste Paul Klebnikov du magazine Forbes à écrit plusieurs articles sur les supposées activités criminelles de Berezovsky. Un procès pour libelle diffamatoire concernant un article publié en 1996 força Forbes à rétracter les allégations contenues dans l’article. Paul Klebnikov, assassiné en 2004, a également écrit une biographie sur Boris Berezovsky.