Dans la baie de Kola à quelques encablures de Mourmansk dans le Grand Nord russe, un immense tanker est immobilisé. Le Belokamenka est un terminal pétrolier flottant clé pour les exportations du groupe russe Rosneft vers l’Europe et les Etats-Unis.
Avec sa trentaine de membres d’équipage, le "Belokamenka est un terminal unique en Russie", souligne tout sourire le capitaine Igor Belov, se disant fier de travailler pour une compagnie publique qui a le vent en poupe grâce à la volonté du Kremlin de renforcer son contrôle sur les hydrocarbures.
Le bâtiment à la coque rouge, grand comme trois terrains de football, est la voie de sortie de 10% des exportations de brut russe de Rosneft (4 millions de tonnes sur un total de 40 millions) et fonctionne sans interruption dans cette zone de la mer de Barents qui ne gèle jamais grâce au Gulf Stream, alors que le reste de la côte arctique de la Russie est pris par les glaces l’hiver.
Les marins, combinaison rouge sur le pont vert, s’affairent surtout à vérifier les paramètres de sécurité, alors que le transbordement est automatisé.
le "Belokamenka" ne s’arrête jamais, les hommes travaillent trois mois puis se reposent trois mois à terre. Avec des réservoirs qui peuvent contenir jusqu’à 400.000 m3 d’hydrocarbures, les règles de sécurité sont primordiales. (L’alcool est strictement interdit à bord...par exemple)
Tout au long de l’année, marquée par plus plus de deux mois de nuit polaire et des températures arctiques, des tankers font la navette entre le terminal d’Arkhangelsk, où le brut de Rosneft débouche par rail plus à l’est, et les réservoirs du Belokamenka.
Puis à leur tour des tankers géants, jusqu’à 300.000 tonnes, viennent faire le plein de brut au Belokamenka avant de mettre le cap, en passant au nord de la Scandinavie, sur le port néerlandais de Rotterdam ou, moins nombreux, vers la côte est des Etats-Unis.
Ce système représente une alternative, face à l’engorgement du réseau d’oléoducs russe, pour exporter du brut extrait au nord de la Sibérie occidentale. Et il autorise l’approche des tankers géants dont l’accès est limité dans le golfe de Finlande et en mer Noire, autres grands débouchés maritimes du pétrole russe.
"Pendant plusieurs années on a parlé de construire un oléoduc jusqu’à Mourmansk, mais comme aucune décision en ce sens n’a été prise, on a décidé de construire notre propre infrastructure", explique le porte-parole de la compagnie située au siège moscovite juste en face des murailles du Kremlin.
Rosneft, longtemps un acteur secondaire du secteur pétrolier russe, connaît un développement accéléré grâce au soutien du Kremlin qui lui a permis d’acquérir la principale filiale de production de l’ex-numéro un du pétrole russe, Ioukos.
Fort de cette acquisition controversée, Rosneft - jusque là un assemblage épars et peu rentable d’actifs pétroliers jamais privatisés - a pu se hisser l’an dernier au rang de troisième producteur russe de brut et a des ambitions croissantes.
Son président, le très discret Sergueï Bogdantichkov, a annoncé que la compagnie prévoyait de doubler sa production de brut, de 1,5 million de barils par jour en 2005 à 2,9 Mbj en 2015.
Et le groupe compte franchir le pas d’une introduction en Bourse cette année à Moscou et à Londres, une opération qui agite les milieux financiers car elle pourrait battre un record de levée de fonds.