Près de 200.000 personnes ont formé samedi 28 mai 2005 une chaîne ininterrompue de 163 kilomètres autour du mont le plus élevé d’Arménie (Aragatz - 4.090m) et ont fait la ronde pour célébrer le 87ème anniversaire de la proclamation d’un Etat arménien indépendant ainsi que le 90° anniversaire du Génocide Arménien.
Tous coiffés d’un chapeau couleur abricot et de vêtements aux tons vifs et se tenant par la main, les participants ont commencé à 15 heures une ronde traditionnelle de 15 minutes autour du mont Aragatz.
Le chanteur français d’origine arménienne Charles Aznavour et des centaines d’autres Arméniens venant de l’étranger y ont pris part.
Le président arménien Robert Kotcharian était également de la partie."Le rétablissement d’un Etat arménien en 1918 a été un bouleversement non seulement historique mais aussi psychologique (...). Le 28 mai est la fête de la renaissance d’un peuple qui avait été poussé jusqu’aux limites de la destruction", a déclaré dans un message le président, faisant allusion au génocide arménien de 1915.
La ronde a été suivie d’un grand moment festif animé par environ 200 groupes de danseurs professionnels. Des rondes ont été aussi organisées dans d’autres pays par la diaspora arménienne autour d’églises, d’écoles arméniennes et de centres culturels. A Marseille, plus de 1000 personnes se sont rassemblées dans la soirée pour fêter le 28 mai 1918. Le kotchari (danse/ronde traditionnelle) dansée depuis des temps très anciens en Arménie, était par le passé censée chasser les mauvais esprits, sa forme symbolisait la vie de l’homme et le mouvement vers la droite, la réussite.
La première indépendance de l’Arménie
Après la révolution russe de février 1917 et l’abdication du Tsar Nicolas II, le pouvoir en Transcaucasie passe de l’administration russe aux partis représentants les trois grandes nationalités de la région, Géorgiens, Azéris et Arméniens.
En Arménie, c’est la F.R.A. Dachnaktsoutioun, parti arménien le plus puissant qui prend en main les destinées de la Nation.
La révolution bolchevik d’octobre et la conclusion de la paix entraînent le retrait des troupes russes du front turc. Il faudra toute la vaillance du corps d’armée arménien, composé de volontaires du Caucase et de Turquie, pour résister victorieusement à l’offensive turque, à Sardarabad, en mai 1918.
Après la proclamation de la république indépendante d’Arménie, le 28 mai 1918, une vie démocratique s’instaure dans un Etat National arménien. Dans les conditions difficiles qui étaient celles de la jeune république, le parti Dachnak majoritaire s’appliqua en effet à respecter les principes démocratiques de son programme : des élections législatives eurent lieu en juin 1919, avec le droit de vote accordé aux femmes ; les Dachnaks obtinrent 90% des voix, et les Socialistes-Révolutionnaires 5 %, les Populistes et les Sociaux-Démocrates boycottèrent les élections. Le gouvernement s’efforça tant bien que mal d’appliquer le programme socialiste du parti, notamment la réforme agraire, la création d’écoles publiques obligatoires etc., mais il manquera de moyens et surtout de temps.
En effet, menacée au sud par les troupes turques de Mustafa Kemal et au nord par les Bolcheviks de Lénine, la république voit se développer en son sein l’agitation communiste. Les sociaux-démocrates arméniens de tendance bolchevik restructurent en janvier 1920 le comité arménien du parti communiste russe d’Erevan ; un objectif lui est assigné : renverser le gouvernement Dachnak et créer une république soviétique d’Arménie, fédérée à la Russie.
Son action est hautement subversive : il s’agit de développer le mécontentement populaire contre les Dachnaks, par la propagande révolutionnaire, des meetings, des manifestes. Le 2 mai, à Alexandropol, c’est une véritable insurrection des Bolcheviks contre l’Etat, mais elle tourne court, grâce à l’intervention des troupes loyalistes.
L’attaque de l’armée kémaliste en septembre 1920, la déroute arménienne de Kars, obligent le gouvernement de Simon Vratsian à négocier la paix avec les Turcs à Alexandropol ; parallèlement le délégué du gouvernement russe à Erevan demande la soviétisation de l’Arménie.
C’est ce moment que choisit un groupe de Bolcheviks arméniens pour pénétrer dans le nord du pays le 29 novembre, pour proclamer la république soviétique d’Arménie et appeler à son aide l’Armée rouge. Le gouvernement Dachnak, ne pouvant lutter sur deux fronts, se résout à la soviétisation, le 2 décembre. Le coup d’état bolchevik a réussi, mais il faudra une nouvelle intervention de l’Armée Rouge en avril 1921 pour le consolider.
C’est la fin de la première indépendance de l’Arménie. Aujourd’hui, l’Arménie est redevenue une République.