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imprimer cet article  Allocution de V.V.Poutine à l’issue des pourparlers russo-français

Mesdames, Messieurs, bonsoir ! Je suis sincèrement heureux de rencontrer Monsieur Jacques Chirac, Président de la France. Cette année, nous nous sommes déjà rencontrés plusieurs fois. Pour la Russie, les bonnes relations de partenariat avec la France sont traditionnellement très importantes. C’est pourquoi nous apprécions surtout l’importance que le Président Jacques Chirac attache à leur développement.

Je crois qu’ici à Sotchi, nous saurons dans une atmosphère assez informelle discuter tout l’ensemble des relations bilatérales. Je dis - discuter, puisque nos pourparlers ne sont pas encore terminés. Mais nous avons déjà réussi à aborder pratiquement tout l’ensemble des liaisons bilatérales. Nous avons confirmé que l’intérêt de nos pays consiste en la création d’un système réellement démocratique des relations internationales.

Les pourparlers ont montré pratiquement la coïncidence ou la proximité des positions de la Russie et de la France en ce qui concerne le règlement des conflits régionaux. Nous croyons que seuls les efforts unis de la communauté internationale, un travail diplomatique suivi et systématique visant le règlement des crises, permettront un avancement qualitatif, une atténuation du degré du danger représenté par ces conflits pour des continents et pour le monde entier.

La Russie comme la France attache une grande importance à la coopération dans le cadre des organisations internationales, au sein de l’Organisation des Nations Unies. Nous avons aussi beaucoup parlé de la coopération entre la Russie et la Communauté Européenne. Dans le domaine de la sécurité, nous entendons développer la coopération également dans le cadre du « vingt » de l’OTAN.

Nous sommes reconnaissants au Président de la France pour son soutien concernant la participation pleine et entière de la Russie au sein du G8, et espérons un travail en commun, constructif pendant la présidence de la France.

Monsieur le Président croit que nous devons « débureaucratiser » au maximum nos relations, créer un mécanisme efficace de coopération. Je suis absolument d’accord avec lui, et je suis persuadé que nous obtiendrons cette qualité. Le Conseil pour les problèmes de sécurité avec la participation des ministres des affaires étrangères et des ministres de la défense commence son travail. La Commission pour les échanges commerciaux, la coopération scientifico-technique et culturelle entre la Russie et la France travaille toujours plus efficacement.

Nous avons prêté une attention particulière au besoin de l’avancement des projets perspectifs communs, en particulier dans le domaine aérospatial. Nous avons aussi parlé de la coopération humanitaire. Je soutiens ardemment certaines idées énoncées par Monsieur Jacques Chirac à propos de l’intensification de la coopération dans ce domaine.

J’espère que le séjour à Sotchi de notre cher invité - le Président de la France - sera à la fois agréable et utile.

- QUESTION : Monsieur le Président, votre représentant pour les droits de l’homme en Tchétchénie a fait une déclaration très dure. Il a dit que la situation y est intenable vu les « nettoyages ». Quelle est votre réaction aux actions des militaires ?

V.V.Poutine : Je dois vous dire que le Président Jacques, à chacune de nos rencontres non seulement s’intéresse aux problèmes afférents à la Tchétchénie et au Caucase du Nord, mais dit son avis, sa vision de la solution de ces problèmes. L’avis des autorités françaises, du Président français est pour nous un facteur substantiel dans la définition de notre propre position sur tout l’ensemble de ces problèmes.

Deuxièmement, je veux noter que la déclaration assez dure dont vous parlez a été faite par la personne que j’ai tout récemment nommée représentant pour les droits de l’homme en Tchétchénie, et je veux noter qu’il est Tchétchène de nationalité. Comme vous le comprenez, ce choix n’a pas été dû au hasard.

Je veux cependant noter ceci : tout type de violences, de lutte armée contre les terroristes est, certes, lié à certains problèmes avec la population civile. Voici un exemple tout trouvé - il suffit de voir les problèmes que nous affrontons en Afghanistan.

Cela veut dire que nous devons faire tout pour minimiser les problèmes des civils. Je veux noter cependant que la responsabilité pour cela n’incombe pas aux Forces armées, pas à ceux qui combattent les terroristes, mais aux terroristes mêmes. Ils se protègent de civils comme d’otages.

Nos actions à ce propos consisteront en ceci. Nous devons abandonner progressivement toute sorte de manifestations de force, y compris les soi-disant « nettoyages ». Et il sera possible de le faire à mesure du renforcement des structures de force de la République Tchétchène, en particulier du Ministère de l’Intérieur de la Tchétchénie. Autrement dit, au fond, il faudra donner au peuple Tchétchène la possibilité de se défendre lui-même. Ce travail de création des organes légitimes du maintien de l’ordre en Tchétchénie avance de manière assez consécutive. Il m’est difficile d’avancer des dates définitives, mais à peu près vers la fin de cette année, ce processus sera en principe terminé.

Après quoi, j’espère, seront créées les conditions pour l’application des procédures démocratiques afférentes au référendum, à l’adoption de la Constitution et aux élections des autorités légitimes.

Certes, des problèmes existent. Ils ne sont pas aussi horribles qu’il semble à la première vue, mais nous les connaissons et allons les résoudre, en utilisant tant les structure de force que les gens qui sont aussi sensibles à tout problème de pareil genre. Y compris ceux comme mon représentant pour les droits de l’homme en Tchétchénie.

- QUESTION : Que faut-il faire pour que les rythmes de croissance de la coopération économique rejoignent les rythmes et le niveau des contacts politiques entre la Russie et la France ? V.V.Poutine : Je dois dire que nos échanges commerciaux se développent assez positivement, en comparaison avec l’année passée, la croissance est évidente. Mais leur niveau est insuffisant, 3,7 milliards de dollars pour la Russie et la France sont un chiffre faible.

Dont 2,2 milliards sont pour la Russie, et 1,5 - pour la France. Je suis absolument d’accord avec Jacques Chirac en ce que nous devons augmenter et rendre la structure de nos échanges commerciaux acceptable pour les deux pays grâce aux sphères et produits des hautes technologies.

Il y a plusieurs pistes. Primo - le passage des échanges de marchandises simples à l’activité d’investissements et à la coopération. La France occupe la quatrième place pour les investissements accumulés en Russie. C’est un très bon chiffre, ce sont environ 10 % de tous les investissements étrangers accumulés.

Il faut créer les conditions administratives favorables. A ce propos, nos partenaires français ont fait plusieurs pas substantiels, dont je remercie vivement le Président de la France. La Russie a passé à un plus haut niveau parmi les groupes des pays à risques. L’extension du nombre de banques commerciales russes, dont les garanties sont acceptées lors de la conclusion des marchés, a eu lieu.

Le gouvernement français développe assez activement les rapports dans le cadre de la Commission pour la coopération économique. Nous croyons que le nouveau ministre de la recherche - Madame C.Haigneré, qui est très connue en Russie, - la cosmonaute française qui avait pris part aux missions conjointes, qui connaît la Russie, qui parle russe, - peut faire beaucoup pour l’avancement des liaisons bilatérales dans le domaine des échanges commerciaux.

- QUESTION : Au cours de la visite de M.M.Kassianov à Paris, il a été annoncé qu’Aéroflot achetait plusieurs Airbus. Jusqu’à présent, ce marché n’a pas été confirmé. Que pouvez-vous dire là-dessus ?

V.V.Poutine : Je suis persuadé que les transporteurs aériens russes doivent avant tout s’orienter sur le matériel national.

Ce dont vous avez parlé doit être interprété comme ceci. Aéroflot utilise déjà des avions de fabrication étrangère, et il s’agit du remplacement du parc des avions étrangers. Ce marché était accompagné d’une concurrence assez rude. Il est vrai qu’Aéroflot a pris la décision en faveur des Airbus 310. Ce sont les avions moyen courrier.

La décision a été prise pour beaucoup grâce à l’assistance du Président de la France, y compris puisque les autorités françaises avaient proposé un programme de coopération et de collaboration entre les fabricants du matériel aéronautique russes et européens. Autrement dit, ce n’est pas un simple achat-vente - il est suivi du programme qui prévoit le placement des commandes dans les entreprises aéronautiques russes.

Le montant approximatif du marché dépasse légèrement 600 millions de dollars.

- QUESTION : Il a été dit que, lors de la rencontre, avait été discuté le problème de Kaliningrad. Dites, quelles sont les issues que vous voyez à la situation, ne serait-ce qu’au sens général ? V.V.Poutine : Le problème de Kaliningrad a été discuté par nous avec assez de détails. C’est le cas où je n’ai pas eu à trop longtemps tourmenter mon cher homologue, puisque le Président de la France possède sa propre vision de l’évolution de la situation au monde, en Europe. Nous sentons le soutien de la France, nous l’espérons.

Je dois dire deux mots sur le fond du problème. Je pense que personne n’a de doutes à propos du fait que l’Union Soviétique, et, plus tard, la Russie, ont fait un apport décisif pour surmonter la scission de l’Europe, pour résoudre le problème du démontage du mur de Berlin, au sens propre comme au figuré du terme.

Je ne pense pas que le meilleur résultat de cette politique soit la disjonction du territoire souverain russe, l’instauration de nouvelles lignes de démarcation, la création de nouveaux « murs » en Europe, cette fois - autour des territoires russes.

Je pars du fait que personne ne désire diviser le territoire souverain russe, malgré toute l’histoire de la région de Kaliningrad. Tout comme personne en Europe ne désire réviser les résultats de la Seconde guerre mondiale. Et si de telles personnes existent, allons discuter ceci : pourquoi uniquement aux frais de la Russie ?

Je pense que la solution du problème existe, tout compliqué qu’il paraisse à la première vue. Elle existe, et non seulement sur le plan général, global, mais sur le plan absolument concret, appliqué. On n’y a besoin de rien de plus que du bon sens et de la volonté politique. J’espère fort que cette solution sera trouvée. Merci beaucoup.

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