L’histoire a défrayé la chronique. Une statue de Jean-Paul II érigée en plein centre de Ploërmel, dans le Morbihan, ...offerte... ? au maire de la ville par un sulfureux artiste russe Zurab Tsereteli... Retour sur cette drôle d’affaire avec notre envoyé spécial dans le 5-6.
L’histoire a défrayé la chronique. Une statue de Jean-Paul II érigée en plein centre de Ploërmel, dans le Morbihan, ...offerte... ? au maire de la ville par un sulfureux artiste russe... Retour sur cette drôle d’affaire avec notre envoyé spécial dans le 5-6.
La commune de Ploërmel, dans le Morbihan, est une petite cité tranquille connue notamment pour son horloge astronomique et sa communauté religieuse des frères de La Mennais. Mais cette quiétude a un prix : dans la ville, qui a connu en 2006 l’une des plus fortes hausses de la taxe d’habitation, les citoyens sont filmés nuit et jour par une quarantaine de caméras de surveillance. Ploërmel est aussi connue pour les frasques de son maire UMP Paul Anselin, qui fait sauter les chômeurs en parachute, pour prouver « qu’ils en ont », ou qui a écopé, en 1998, d’une forte amende et de prison avec sursis pour avoir provoqué un accident après avoir ordonné à son chauffeur de griller un feu rouge, à Rennes.
Aujourd’hui, Paul Anselin défraie à nouveau la chronique en fêtant la loi de séparation des Eglises et de l’Etat (9 décembre 1905) à sa manière. Le 10 décembre, il a inauguré une colossale statue de Jean-Paul II (plus de 9 m de haut), sur une place rebaptisée pour l’occasion Place Jean-Paul II.
Cette statue, œuvre de l’artiste russe Zurab Tsereteli, a été offerte au maire de Ploërmel en échange d’un service rendu. Le premier magistrat refuse catégoriquement d’expliquer la nature de ce service. La statue a, dans un premier temps, été naturellement proposée à la communauté des frères de La Mennais, qui n’ont pas donné suite à cette proposition. Anselin a donc décidé d’installer l’œuvre de son « ami Tsereteli » en plein centre-ville, faisant fi de la loi (Titre V, article 21 de la loi dite de la séparation des Eglises et de l’Etat), mais avec l’accord du préfet du Morbihan. Il est vrai que le divorce entre Marianne et le goupillon n’a pas encore été consommé à Ploërmel : il y a quelques années, des citoyens s’insurgeaient déjà contre la présence d’un crucifix dans la salle du conseil municipal.
Les bons comptes font les « bronzes » amis
Si l’installation de cette statue n’est pas au goût de bon nombre de citoyens, lors du conseil municipal de septembre 2005, au budget prévisionnel, on pouvait lire dans la catégorie « dépenses » : « Fourniture d’un socle et d’une arche pour la sculpture Jean-Paul II : 100 000 euros H.T. » Une pilule difficile à avaler !
Septembre 2006. Les subventions accordées par le conseil général, annoncées en conseil municipal, sont bien loin d’effacer cette grosse ardoise : 34 500 euros. Pourtant, le président PS de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian, dément cette information, précisant que la région n’a versé aucune somme pour la statue de Jean-Paul II.
Il précise néanmoins que le conseil régional a accordé une subvention de 10 000 euros à la communauté de communes de Ploërmel, mais pour une sculpture représentant un « lion ailé ».
Un collectif anti-statue s’est constitué. Il a décidé d’annuler la grande manifestation, prévue initialement le jour de l’inauguration. « Le collectif choisit de porter l’affaire au niveau national et de demander aux politiques, aux parlementaires, de prendre leurs responsabilités en ce qui concerne le respect de la loi. Un autre rassemblement, d’ampleur nationale, va être préparé dans la période à venir », explique t-on. Le collectif n’entend pas baisser les bras : « Nous avons alerté, par des moyens légaux, les pouvoirs publics sur le respect de la loi. Il nous semble que personne n’ait pris ses responsabilités dans cette affaire. Or le respect de la loi relève de la responsabilité de l’Etat. C’est donc à l’Etat, aux parlementaires et au pouvoir central de faire respecter la loi, même à Ploërmel. Il ne doit pas y avoir d’espace de non droit dans notre République. Nous allons donc, dans les heures qui viennent, interpeller l’Assemblée nationale et la Présidence. Nous nous mettons aussi en relation avec le groupe de parlementaires qui s’est créé à la suite de la publication du rapport Machelon (rapport commandité par le ministère de l’Intérieur et destiné à envisager la remise en cause de la loi de 1905, notamment son article 2). Ce groupe comprend 16 députés : 4 UMP, 4 UDF, 4 PS et 4 PC. »
De son coté, Anselin continue de se féliciter pour ce qui représente « un homme qui sera peut-être canonisé un jour. Où seront alors ses détracteurs ? », craignant toutefois avec beaucoup de modestie de faire de l’ombre à ses « amis de Sainte-Anne-d’Auray » (l’un des plus gros sanctuaires religieux bretons). Il envisage également de donner à un rond-point de la ville le nom de son « ami » sculpteur de l’Unesco Tsereteli. Qui a dit que ça ne tournait pas rond à Ploërmel ?